‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 164 sur 226 · CHAPITRE DIK-SEPTIÈVIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIK-SEPTIÈVIE

avait pas d^exemple d^un tel acte en aucun temps et dans aucun royaume. Elle était suppliée de considérer quel coup fatal elle porterait ainsi à sa réputation de douceur; quel blâme elle encourrait en donnant un tel démenti à sa clémence habituelle » si elle trempait les mains dans son propre sang. Les deux envoyés étaient invités à suggérer à Elisabeth que la mère du roi pourrait être gardée « dans une prison confortable » , sous la promesse qu'elle cesserait de troubler TAngleterre, elle-même devant trouver sa sécurité à rester en paix'. » Le Parlement écossais voulait qu'à ces instructions on ajoutât une menace de guerre dans le cas où Elisabeth voudrait passer outre, et que Ton y supprimât certaines expressions trop humiliantes pour le roi. Jacques, tout entier à son ambition, n'accueillit ces remontrances qu'avec colère. Il répondit qu'il n'avait aucun compte à rendre de sa conduite ; que l'état des choses ne lui permettait pas de menacer Elisabeth , et que s'il venait à retrancher quelque chose à ses instructions, c'était sur la tête de ceux qui le lui auraient conseillé a que retomberait le sang répandu • » .

Jacques jouait alors un rôle si double et si équivoque que les habitants d'Edimbourg le huaient lorsqu'il passait dans les rues. Il soutint dans un repas public que les liens de l'amitié engageaient plus que les liens du sang '. Il déclara même aux partisans de la guerre qu'il ne ferait rien de tel , et qu'ainsi il laisserait exécuter sa mère sans prendre les armes, à moins qu'on ne voulût le frustrer de ses droits à la couronne d'An-

^ Instructions de Jacques VI au maître de Gray et à sir Robert Melvit, The History of Scotiand, by John Hill Burton, vol. V.

* Jules Gactuier, t. JI. Rapport de Courcelles à Henri III, 31 décembre 1586, dans Rauaier, cité par J. Gactuier.

^ « Que le sang de parentage ou d'affinité ne nous oblige tant que l'amitié <lue nous avons envers ceux qui ne sont pas de notre sang. • Courcelles à d'Esneval, 20-30 décembre. Egertons Papers,

gleterre*. « Le roi, écrivait alors Courcelles, désire évidemment régner seul. L'unique souhait qu'il forme pour sa mère, c'est qu'elle soit reléguée dorénavant dans une chambre si étroitement qu'elle ne puisse parler à homme ou femme qui vive. Il voudrait qu'elle fût déclarée formellement sujette des lois anglaises, et, si elle conspirait encore, jugée et mise à mort, non plus comme reine , mais comme une personne ordinaire et une vassale de la reine d'Angleterre". » C'est en vain qu'une partie de l'Ecosse faisait éclater son indignation , et que plusieurs des seigneurs, restés fidèles à la cause de Marie, s'étaient armés pour attaquer les frontières anglaises. Jacques, qui avait reçu de Walsingham une lettre confidentielle, paralysa ce noble et patriotique élan. Au fond, il était bien plus soucieux de sauver ses droits à la couronne d'Angleterre que la vie de sa mère. Intimidé par les violences d'Elisabeth, il jugea qu'il était plus prudent de l'apaiser que de l'exaspérer. Ce qui laisse même planer un doute terrible sur la sincérité des démarches qu'il tenta, c'est le choix qu'il fit, pour intercéder auprès d'Elisabeth^ d'un homme aussi pervers que le maître de Gray; c'est le maintien à Londres , comme ambassadeur, de cet Archibald Douglas tt dont on ne cessait de lui dire qu'il tremperait ses mains dans le sang de la mère, comme il avait fait dans le meurtre du père ' » . — « Tout bien qui arrivera à Marie, écrivait le fourbe maître de Gray à son digne ami Douglas, le 11 octobre, pèsera sur nos propres tètes *. »

' He would not go to war, he said, « mesme advenant la mort de sa mère, sinon en cas qu*on le voulût frustrer de son titre à la succession d'Angleterre ». Courcelles à d*£sneval, 20-30 décembre. Egerton's Paper s.

3 Courcelles a (TEsTieval, 20-30 décembre. Egertons Papers,

3 Jules Gauthier, t. II ; Miss Stricklahd, t. VII.

^ Tttlbr, t. VIII ; Miss Strickland, t. VU. M. Froude va même jusqu'à dire, sur le compte de Jacques, que, « sans nul doute, il arrangeait un marché pour son acquiescement à la mort de sa mère, mais qu'Elisabeth ne voulant pas lui accorder le prix demandé, il était fort possible qu*il se vengeât

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