‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 163 sur 226 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

la cour. L'une d'elles était adressée à Walsingham , que Jacques considérait à bon droit comme le principal instrument des malheurs de sa mère. Il le sommait impérieusement d'avoir à suspendre ses machinations contre elle, sous peine d*encourirtôt ou tard sa colère '. L'envoyé, qui avait reçu pleins pouvoirs d'offrir à Elisabeth tout ce qui pourrait être raisonnablement demandé pour sauver la vie de Marie Stuart, avait aussi pour mission de s'entendre avec l'ambassadeur de France, afin de combiner ses efforts avec les siens. Après avoir fait attendre son audience, Elisabeth, avec sa duplicité ordinaire, affecta, en présence de Keith , la plus grande sollicitude pour la vie de Marie; mais elle lui représenta en même temps qu'elle était poussée aux dernières extrémités par les remontrances de ses ministres et par les craintes de son peuple. « Je jure par le Dieu vivant, s'écria-t-elle , que je donnerais à couper un de mes membres pour trouver quelque moyen de nous laisser vivre, elle et moi, en toute sûreté '. Lorsque ses propres sujets réclamaient sa mort, je lui ai déjà sauvé la vie; et, maintenant, jugez vous-même laquelle de nous deux , ou moi qui suis innocente, ou elle qui est coupable, doit périr*.» De nouvelles entrevues eurent lieu entre Keith et Elisabeth. Dans la dernière, elle lui jura que jamais puissance humaine ne l'amènerait à signer le warrant de l'exécution, et, à peu de jours de distance, l'envoyé du roi d'Ecosse put entendre proclamer à son de trompe la sentence de mort. Jacques parut inquiet et mécontent. Il envoya de nouvelles instructions à Keith, avec une lettre menaçante qu'il était chargé de mettre sous les yeux

• Courcciles à Henri ÏII, 30 novembre 1586; Miss Stricklakd, t. VII; TyTLER, t. VIII ; Lettre de Jacques a Keith, dans rApjiendice de Robertsox; HoiACK, t. II, p. 447.

^ Archibald Douglas à Jacques VI, 8 décembre 1586; lettre citée par

Tttlf.ii, t. VIII.

3 Archibald Douglas au maître de Gray, 22 novembre 1586; lettre citée

parTfTLER, t. VIII.

d^Élisabetb ' . En la parcourant, « elle entra dans un de ces paroxysmes de colère soudains et formidables qui parfois, suî« vaut Toriginale expression d^un historien de nos jours', faisaient trembler la salle et rendaient ses ministres et ses conseillers aussi timides que des cailles » . Elle voulait chasser Keith pour le punir de sa hardiesse. Seul, Leicester eut le pouvoir de la calmer. Le jour suivant, elle adressa au roi d'Ecosse une lettre dans laquelle, sous des expressions assez mesurées, perçait tout son mécontentement. Jacques prit peur. Gomme il venait d^e^prendre que le Parlement demandait par une adresse la mort de sa mère , il envoya à Elisabeth le maître de Gray et sir Robert Melvil , porteurs d^une lettre dans laquelle il lui déclarait que, a dans tout ce qu'il avait (ait jusque-là, il n'y avait rien que de très-humble et rien de menaçant ' » . — « Les instructions écrites des deux ambassadeurs étaient d'un ton très-radouci , afin d'éviter tout ce qui pourrait ressembler à une menace. Elisabeth était priée de réfléchir que' la condamnation à mort, par ses propres sujets, d'une princesse souveraine et à tous les de(jrés du meilleur sang de l'Europe, serait un dangereux précédent pour tous les princes, et qu'il n'y

1 Àrchihald Douglas à Jacques VI, 8 décembre 1586; lettre citée par Tttler, i. VIII.

* Tttleii, t. VIII.

3 Jacques à Elisabeth, 15 décembre 1586; lettre citée par Tttler, t. VIII; H08ACK, t. II. Avant de quitter l'Ecosse, Gray avait demandé que la malheureuse reine, en faveur de laquelle il était envoyé à Londres, fût miie à mort par le poison, et Walsingham, .1 qui ce conseil fut donné, si nous en jugeons par sa conduite, n*était pas opposé à cet expédient. (Courcelles < Henri Ili, 31 décembre, Egbrton, p. 97.) On a d'autres preuves que Grty avait conseillé Tassassinat de Marie, car, peu après sa mort, accusé de ce crime, il fut déclaré couptiblc. Il avait écrit en Angleterre pour dire qu il trouvait mauvais que, depuis si longtemps, on n'eût pas trouvé le moyen de supprimer secrètement la mère du roi. (Calderwood, t. IV, p. G13.) Il fat jugé en mai 1587. Sa vie fut épargnée, grâce ù lord Claude Hamilton, mais il fut banni d*Ëcosse. Hosagk, t. 11^ p. 448.

Page 1