CHAPITRE VINGTIEME
impétueusement. Mais elle répéta de nouveau qu'elle n^aimait pas le moyen juridique , parce qu'il faisait retomber sur elle seule toute cette terrible responsabilité. Et comme Davison renouvelait sqs objections de la veille contre tout autre moyen, elle haussa les épaules, et, le fixant d'un regard plein de mépris, elle lui répliqua avec aigreur que a des hommes plus sages que lui étaient d'une opinion contraire » . Puis , abordant tout à coup le sujet le plus épineux de l'entretien , elle lui demanda s'il avait reçu une réponse de Paulet. Lorsque, tout tremblant, il l'eut mise sous ses yeux \ elle la lut avec des signes d'une extrême agitation, et, éclatant en expressions passionnées, elle tonna contre « tous ces parjures, ces formalistes affectés , qui promettent beaucoup , qui jurent au besoin et ne savent rien exécuter... Ils n'ont d'autre but que de rejeter sur moi tout le fardeau, s'écria-t-elle , les yeux enflammés de fureur et en faisant à grands pas le tour de sa chambre ; mais je saurai bien me passer d'eux ; j'ai Wingfield, qui ne reculera pas" ! » Quel était cet assassin à gages qui parait avoir si bien mérité sa confiance? Les historiens n'ont rien pu nous dire de<:e mystérieux personnage. Ne serait-ce pas l'un de ces deux Wingfield dont la signature se trouve au bas du procès-verbal de l'exécution % à côté des noms des comtes de Kent et de Shrewsbury et des autres témoins? S'il en est ainsi , il est probable que le bandit, peu de jours avant la mort de Marie Stuart, avait pu se glisser, parmi les commissaires, dans le château de Fotheringay, au moment des apprêts du supplice , et que ce fut sans doute la vigilance de Paulet qui rendit son zèle inutile.
Pendant plusieurs jours , Elisabeth , afin de ne pas trahir les vives émotions qui l'agitaient, resta muette et impénétrable. Mais comme , de leur côté , ses ministres la laissaient dans la
' Histoire de Marie Stuart, par Jules Gauthier, t. II.
2 Davison' s Apology; Nicolas 's Life of Davison y p. 103, et Appendix A. Tttlbii, t. YIII; Jules Gauthier, t. II; Hosack, t. II.
3 Jbbb, t. II> p. 642; Fhoude^ t. YI«
plus complète ignorance de ce qui se passait, elle perdit bienr tôt patience et jeta le masque. Le matin même du jour de Texécution, elle dit, toute frémissante, à Dayison, qu^il était temps d^en finir, ajoutant avec un affreux blasphème que « c^était une honte pour ses ministres que tout ne fût pas encore terminé » . Elle voulait même qu'il leur écrivit sur Theure de se hâter pour prévenir les dangers qui menaçaient sa vie'. Mais le Conseil avait mis fin à toute hésitation.
^ DavisorCs Apolo^y; Histoire de Marie Stuart, par Jules Gadtbibr, t. II.