CHAPITRE VINGT ET UNIEME
Elle insista sur ce point qu'étant venue en Angleterre sur les promesses formelles d'Elisabeth , elle n'avait trouve , au lieu d'un inviolable asile, qu'une prison, et que, pendant près de dix-neuf ans, en violation de la foi jurée, des traités, du droit des gens, de toutes les lois divines et humaines, elle avait été gardée à vue entre des murailles, et soumise à toutes les humiliations et aux traitements les plus iniques et les plus durs ' .
Puis, posant la main sur une Bible ou un Nouveau Testa-
ment catholique en anglais qui était devant elle sur sa petite table, elle jura et protesta de la manière la plus solennelle qu'elle était innocente du crime qu'on lui imputait. Jamais, dit-elle, ce crime n'était entré dans sa pensée; jamais elle n'avait donné son consentement à ceux qui pouvaient l'avoir conçu ; jamais elle n'avait « cherché ni poursuivi la mort de la reine d'Angleterre " » .
« Cette Bible est de la version du pape, s'écria le comte de Kent, en interrompant brusquement la reine; elle est fausse, et nous n'en faisons nul cas, et, partant, votre serment est sans valeur.
— Cette traduction est . celle que l'Église approuve, lui dit Marie; et lorsque je jure par ce livre que j'estime vrai,' Votre Seigneurie ne doit-elle pas mieux ajouter foi à mon ser- . ment que si je jurais sur une traduction à laquelle je ne crois pas? »
1 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jbbb, t. II, p. 609 à 669. « Elle ne «emblaic éproàver aucune terreur, écrivait alors à Burghley un de ses confidents qui avait accompagné les lords à Fotheringay; rien de semblable ne se montrait ni dans sa contenance ni dans ses gestes ; au contraire, elle acceptait avec un calme souriant et joyeux cet avertissement de se préparer à son exécution, disant ■ que la mort serait la bienvenue. » Miss Strickland, t. VII.
2 Journal inédit de Bourgoing; La Mort de la royne d* Ecosse y dans Jebb, t. II, p. 609 à 669; Le Martyre de Marie Stuart, etc., par Blackwood, dans Jebb, t. II; Ire Rapport de la manière de V exécution de la royne d' Ecosse , etc., relation du temps, traduite de Tanglais au seizième siècle, dans Labanoff, voluaie spécimen, p. 230 et suiv.
Le comte de Kent, espérant la convertir, l'engagea avec une fanatique insistance, puisqu'elle n'avait plus que quelques heures à vivre, à penser à sa conscience, à reconnaître ses fautes, à embrasser la vraie religion, à renoncer « à ses folies de papisterie, abominations et sottises d'enfants » . Il lui offrit, pour Féclairer et l'assister à ses derniers moments, de faiire venir auprès d'elle le docteur FJetcher, doyen de Peterborough, qui, disait-il, était l'un des hommes les plus doctes de l'Europe*.
Marie répondit que, depuis longtemps, elle avait été suffisamment instruite dans sa religion; que non-seulement elle avait lu et entendu les plus célèbres docteurs catholiques, mais encore ceux du protestantisme, et qu'elle n'avait rien trouvé dans les ouvrages et les prédications de ces derniers qui pût la détourner de sa première croyance. Elle ajouta que, lorsqu'elle était sous la garde du comte de Shrewsbury, dont elle invoqua le témoignage, elle avait consenti, pour faire preuve de bon vouloir envers les protestants, à assister, pendant tout un carême, ce dont elle se repentait, aux prêches des plus habiles d'entre leurs ministres, mais qu'elle ne crut pas devoir se rendre à leurs arguments. Le comte de Shrewsbury attesta la parfaite exactitude de ce que disait la reine, et il l'invita de son côté, mais d'un ton plein de modération, à se convertir*.
Marie répondit de nouveau qu'elle n'avait trouvé dans les ministres protestants aucune édification; qu'ayant vécu jusqu'ici dans la vraie religion, il n'étai£ pas temps d'en changer, et que c'était « à cette heure surtout qu'il fallait qu'elle demeurât ferme et constante » . Elle ajouta que n plutôt que d'y faillir, elle voudrait perdre dix mille vies, si elle les avait autant, répandre à plusieurs fois, s'il était possible, tout son
* Journal inédit de Bourgoing; La Mort de la royne d* Ecosse, dans Jbib Le Martyre de Marie Stuart^ par Black WOOD, dans Jebb, t. II, p. 301.
* Journal inédit de Bourgoing,