‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 184 sur 226 · CHAPITRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIÈME

elle avait été contrainte de céder aux importunités de ses sujets, et il pria la reine d^Écosse de vouloir bien entendre la lecture du ^varrant.

Alors Beale, ayant déroulé son parchemin , auquel était appendu le grand sceau équestre d'Elisabeth en cire jaune, le lut à haute voix. La reine , sans Tinterrompre et sans montrer la moindre émotion^ Técouta avec une majestueuse dignité '. Cette lecture finie, elle inclina la tète en témoignage de sou-

1 M. Froudc, se fondant sur une Relation anonyme, qui n'a point été écrite par un témoin oculaire, prétend que la reine « était affreusement agitée ■• {^History of Elisabeth ^ vol. VI.) Il dit de plus, d'après cette même Relation, ce qui est démenti par tous les témoins et les documents officiels, que « Marie paraissait si abattue que les comtes la quittèrent emportant la crainte qu'elle ne se suicidât pendant la nuit, ou que, refusant de marcher à réchafaud, il ne fallût l'y conduire de vive force «. Cette Relation anonyme, intitulée : Vray Rapport de C exécution de la royne d Ecosse (Teclet, t. IV), est attribuée, par M. Froude, à Bourgoing, sans la moindre preuve. Il n'est pas un Listorien anglais, même parmi le» protestants, qui ne parle, sinon avec respect, du moins avec convenance, des derniers moments de Marie Stuart. M. Froude fait exception à l'attitude générale i il est impossible de ponsser plus loin que lui le fanatisme, le dénigrement systématique et le cynisme de l'outrage. En le lisant, on se croirait en plein seizième siècle. Camden, Egerton, plusieurs des historiens recueillis par Jebb, et d'autres autorités contemporaines, s'accordent parfaitement sur ce point, que Marie entendit la lecture du warrant d'exécution avec un calme parfait.

« M. Froude paraît avoir choisi la Relation intitulée le Vray Rapport^ etc., parce qu'il était possible de l'embellir et d'en faire la grossière et impitoyable parodie qu'il s'est permise; c'est aussi parce que le Vray Rapport contient cette assertion que Marie était horriblement agitée lorsqu'elle reçut le message de mort des deux comtes. Pour faire croire que l'auteur anonyme était présent à l'exécution, M. Froude nous le représente comme un témoin oculaire, un des serviteurs de la reine, et peut-être son chirurgien; mais la narration démontre que l'écrivain, quel qu'il fût, ne pouvait être un des serviteurs de la reine, car il désigne les deux dames qui assistèrent Marie comme ■ deux damoiselles , tune Françoise^ nommée Ramete, et Vautre « Ecossoise, qui avoit nom Ersex ». Il n'y a jamais eu de tels noms dans la maison de Marie. Les deux femmes étaient Ecossaises, Jeanne Kennedy et Elspeth Curie, la sœur de Gilbert Curie. «John Monnis, The Letter^Books of Amias Poulet, etc., p. 370 et 371.

mission à la volonté d^en haut; puis, faisant le signe de la croix, elle s'écria d'un ton joyeux et en poussant un cri de délivraDce : « Au nom de Dieu ! bien venue soit telle nouvelle ! Vous me faites un grand bien de me retirer de ce monde duquel je suis très-contente de sortir pour la misère que j'y vois, et y étant en continuelle affliction , ne servant de rien et ne pouvant être utile à personne. Il y a longtemps que je me doutais de ce qui m'advient, et je ne fais que l'attendre de jour en jour depuis dix-huit ans. Par la grâce de Dieu , tout indigne que je m'estime , je suis née reine , reine sacrée » je suis proche parente de la reine d'Angleterre , petite-fîlle du roi Henri VII*, et j'ai eu cet honneur d'être reine de France. Mais toute ma vie n'a été qu'une suite de malheurs , et je suis bien heureuse qu'il ait plu à Dieu de me tirer de tant de maux et d'afflictions par la main de mes ennemis. Je suis prête et très-joyeuse de répandre mon sang pour la cause du Tout-Puissant , mon Sauveur et mon Créateur, pour celle de l'Église et pour le maintien de mon droit à la couronne d'Angleterre. Je proteste que j'ai toujours fait ce qui m'a été possible pour la prospérité de ce pays; que j'ai aimé là reine , ma bonne sœur, et l'Ile aussi chèrement que moi-même , et que j'en ai souvent donné la preuve , en faisant des ofli^es avantageuses pour tout pacifier et pour arriver à quelque bon accord ; mais on a toujours repoussé mes propositions , et j'ai été retenue prisonnière sans l'avoir mérité. Et pourtant j'étais venue « de franche volonté en ce pays » , dans l'espérance d'obtenir des secours que m'avait promis la reine d'Angleterre. S'il m'avait été permis de lui parler une seule fois , je me serais bien accordée avec elle ^ et nous eussions réglé nos différends à la satis&ction de tous ' • »

1 Journal inédit de Bourgoing, Le texte que donne Bourgoing est conçu à peu près dans les mêmes termes que dans la Mort de la royne d*Ecosse^ etc. (Jebb, t. Il), cette touchante Relation dont il a fourni tous les éléments à un auteur anonyme.

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