‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 19 sur 226 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

de lettres pour son ambassadeur, Tarchevéque de Glasgow. En même temps elle conseillait à ce dernier d*ayoir pleine confiance dans son messager et recours à lui pour distribuer ses lettres soit en Angleterre , soit en France ' . Les lettres de Marie, suivant ce qu*en dit GifFord à Gbàteauneuf, étaient remises à Londres par deux gentilshommes dévoués à la reine, dont Tun , résidant près de Chartley , allait les prendre chez le brasseur pour les feire parvenir à Tautre qui les envoyait à Chàteauneuf par un de ses gens , « vêtu tantôt en serrurier, tantôt en charretier, et ainsi de diverses sortes » • Vingt-quatre heures après, le même valet retournait à l'ambassade pour y prendre les dépêches et les paquets veiïus de France ou d'autres lieux*. Abusé enfin par GifFord, comme l'avaient été Paget, Morgan et Marie Stuart, Chàteauneuf consentit non-seulement à lui Élire remettre toutes les lettres à l'adresse de la reine d'Ecosse et à (sàre parvenir ses réponses , mais il lui livra tous les paquets des correspondances adressées à celte princesse ', que lui avait remis son prédécesseur, Casteinau de Mauvissière. Ainsi toute la correspondance de Marie tomba d'un seul coup

* Mémoire de Chàteauneuf , dans LàBitioFF, t. YI, p. 283; Jules Gàu- THiBR, t. Il; p. 396. Gifford sachant, quoique bien jeune, que les senrices gratuits sont souvent suspects, écrit à Marie en lui disant qu'il était trèshonoré de lui être utile, mais il lui rappelait qu'il y risquait sa vie et marchandait une pension. (J. Morris, The Letter-Books ofsir Amias Poulet, etc., p. 147.) ■ Je pense, écrivait Paulet à Walsingham, que Tenvoyé de votre ami recevra sa récompense des mains de cette reine, car si on ne lui demandait rien, elle aurait juste cause d'en penser du mal. n (Ibidem, p. 147.) M. John Morris dit, dans sa publication de la correspondance de Paulet, que le brasseur recevait de l'argent de toutes mains, de Marie Stuart et de Wal singham. Quant à Gifford, il extorquait de l'argent à Morgan, prétendant que c'était pour le remettre au brasseur. (The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 190-191.) « Je vous ai di'ju prévenu, écrivait Pnulet h Walsingham, que Vhonnête homme fraude tout le monde, eic. •{Ibidem, p. 191. J

' Mémoire de Chàteauneuf; Tytlbr, Miis Stricklasd, J. GiuraiER, t. II, p. 306-397.

^ HosACK, t. 11, p. 337.

de filet au pouvoir de Walsingham. a Ses lettres, dit M. Gauthier, étaient remises ainsi tantôt au secrétaire, tantôt à Paul et * ; elles étaient ensuite déchiffrées par Phelipps, copiées, puis recachetées par Grégory. Quand elles avaient sUbi ces opérations, Torig^inal ou la copie, et quelquefois une copie falsifiée, étaient envoyés au destinataire '• Il est évident qu*un système aussi savamment combiné d'espionnage et de falsification mettait Marie Stuart à la discrétion de Walsingham et, qui plus est, de Phelipps, et qu'ils pouvaient, comme dit Tytler, la&ire à leur gré paraître coupable, fût-elle la plus innocente du monde*. »

Après avoir ainsi organisé ce plan diabolique, et confié le soin de Texécuter en son absence à un de ses amis, Thomas Bames , GifFord retourna en France pour avertir les partisans de Marie qu'il avait trouvé un moyen sûr de correspondre avec elle. Plusieurs conciliabules furent tenus, et diverses opinions exprimées sur les< moyens de délivrer la reine d'Ecosse. Gifford déclara qu'il pourrait être dangereux d'employer la force, de peur qu'à la première alarme , Paulet ne ftt mettre à mort sa captive. Il insinua, d'un autre côté, que si l'on se débarrassait de la reine Elisabeth, la reine d'Ecosse serait immédiatement

1 On savait déjà quel rôle ignoble joua Paulet dans cette affaire, pour faire tomber dans le piège la reine d* Ecosse. Sa correspondance complète, que vient de publier M. John Morris, offre de nouveaux détails très-circonstaociés sur les honteux services qu*il rendit à Phelipps et à Walsingham, en leur livrant toutes les lettres de Marie, (r/te Letter^Books of sir Àmias Poulet, etc., passim.)

2 Correspondance de Paulet avec Walsingham, State Papers Office; Mémoire de Chàteauneuf, LiBiNOFF, t. VI, p. 284-286.

3 Jules GiUTHiER, t. II, p. 397. Il est k remarquer qu'aucune des lettres de Paulet révélant ses communications secrètes avec Phelipps ou Walsingham, à propos du rôle ignoble qu'il joua dans cette affaire, ne se trouve dans son recueil de lettres manuscrit intitulé : The Letter^Books of sir Amias Pou^ , lety etc. M. John Morris a eu soin de les ajouter à la publication de ce registre de correspondance.

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