‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 20 sur 226 · CHAPITRE DEUXIEME. 4L · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME. 4L

reconnue par la plus haute noblesse comme rhéritière légitime de la couronne. Mendoza, qui nourrissait contre Elisabeth une haine mortelle, approuva vivement le plan de Tassassinat, et promit de contribuer à son exécution jusqu^aux dernières limites de son pouvoir ' .

De retour à Londres, GifFord, en se glissant dans les familles catholiques, y rencontra un jeune gentilhomme, fort riche, d'une ancienne famille du comté de Derby, nommé Antony Babington*. Ancien page du comte de Shrewsbury, pendant les derniers temps où Marie avait été placée sous ses ordres, Babington avait connu la reine captive, pris ses malheurs en grande pitié, et pendant deux ans il s^était mis à son service pour distribuer sa correspondance secrète. C'était une nature enthousiaste, ardente et simple. GifFord avait trouvé son homme. Il s'ouvrit à lui du projet du meurtre d'Elisabeth , de la réalisation duquel, disait-il, dépendait la délivrance de Marie Stuart'. a Le principal, dit Chàteauneuf, était de persuader audit Babington, catholique, et aux autres, qu'ils pouvaient tuer la reine d* Angleterre sans faire tort à leur conscience ^. »

< UosACK, t. II, p. 340; LàBÂNOFF, t. VI, p. 287.

^ • Il était fort jeune, sang barbe et assez simple. ■ (Chàteauneuf, dans Labahoff, t. VI, p. S98.)

' Gifford avait offert, afin de délivrer la reine d'Ecosse, de recruter B quelques gentilshommes qui pussent mettre cent ou six vingts chevaux ensemble pour l'enlever. Mais il fallait, pour réussir, en avoir d'autres qui, en même temps, tueraient la reine d'Angleterre, et d'autres qui se saisiraient de la Tour... » ■ Voilà, dit Ghâteauneuf , les desseins de Gifford projetés à Paris par gens mal pratiqués, qui se laissèrent aller aux propositions dudit Gifford, suscité par le conseil d'Angleterre, lequel ne demandait autre chose que de faire tomber la reine d'Ecosse en une conjuration contre la vie de la reine d'Angleterre, laquelle étant découverte, ils pussent inciter ladite reine d'Angleterre à la, faire mourir, chose qu'ils n'avaient su obtenir encore. • {Mémoire de Chàteauneuf,. Labahoff, t. VI, p. S86 et 287.)

^ La confession de Savage confirme pleinement ce que dit Ghâteauneuf, que le véritable organisateur du complot fut Giffurd. Mais on eut soin de

W MARIEE STUART.

Après avoir ainsi semé dans Tàme hésitante de Babington les premiers germes du complot, GifFord retourna à Paris pour lui préparer des Complices. Il s*adressa tout naturellement aux réfugiés catholiques anglais. Parmi eux se trouvait un nommé « John Savage , qui avait servi en Flandre sous le prince de Parme comme officier de fortune , et qui avait été déjà poussé à commettre le meurtre d'Elisabeth par le docteur GifFord, professeur au séminaire anglais de Reims et oncle de Gilbert GifFord. Habitué apx scènes de carnage qui ensanglantaient les Pays-Bas, d*un fanatisme farouche, Savage avait embrassé avec enthousiasme la pensée du crime, comme un acte utile à sa religion et méritoire aux yeux de Dieu. Il jura de frapper Elisabeth , soit dans la galerie de son palais , soit dans ses jardins, soit dans sa chapelle , ou lorsqu'elle irait seule à la campagne avec ses dames ' .

Sur le point de partir pour TAngleterre, Savage fut mis en rapport avec un nommé Ballard, ancien séminariste de Reims, autre agent non moins dévoué des catholiques anglais et d'un fanatisme égal au sien. Ce Ballard, sous un cosluipe militaire et sous le faux nom de capitaine Fortescue , avait longtemps * voyagé en Angleterre et en Ecosse pour en explorer les côtes, pour y sonder l'état des esprits, « pour se procurer tous les renseignements propres à faciliter une invasion » . Un agent provocateur de Walsingham, Maude, s'était insinué si avant dans sa confiance qu'il avait pu lui servir de compagnon dans tous ses voyages. Au retour de ses explorations, Ballard revint à Paris, fut présenté à Bernardino de Mendoza, le nouvel ambassadeur d'Espagne, et le sonda sur les dispositions de Philippe II, dans le cas d'un soulèvement des catholiques anglais. L'ambassadeur, sans vouloir toutefois engager son mattre, lui

supprimer toutes les révélations qui compromettaient GifFord, parce que Walsingham en eût ressenti le contre-coup. (J. Gauthier, t. II, p. 398, note.} < Howell's StatC'Triab, t. I; J. Gauthier, t. II; Hosack, t. II.

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