‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 201 sur 226 · CHAPITRE VINGT ET UNIEME. MT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIEME. MT

dernière lui eut bandé les yeux % elle leur ordonna de descendre. En ce moment, les deux bourreaux, tombant à genoux anx pieds de la reine, la prièrent, comme il était d'usage en Angleterre, de leur pardonner sa mort*

«Je TOUS pardonne de bien bon cœur, leur répondit-elle, car à cette heure j'espère que vous ferez fin à tous mes troubles '. »

Alors, toujours assise, sans être liée (on lui avait épargné ce dernier outrage), tenant son crucifix, elle leva la tète et tendit le cou , pensant qu'elle serait décapitée avec une épée à deux mains, suivant le privilège réservé en France aux princes et aux gentilshommes. Elle disait avec ferveur : « Mon Dieu , j'ai espéré en vous , je remets mon âme en vos mains '. » Soudain , les deux bourreaux l'avertirent de son erreur, et, la soutenant par-dessous les bras , la conduisirent vers le billot et la firent agenouiller. Gomme elle continuait à tenir la tète haute.

1 Un récit qui se trouve dans Ellis (S« série, vol. II) dit que ce fat avec un Corpus Christi, (Vray Rapport de la mort de cette rare princesse et mar* tyrcy exécutée^ pour sa Jbi, à Fotheringay* Mss. de Marie, reine d^Écosse.) M. Froude, à propos du costume de Marie, se Iivi*e à ces étranges réflexions, dont rinconvenance,-pour ne pas nous servir d*un autre mot, n'échappora à personne : ■ Une dé ses dames, dit-il, lui Bt passer une paire de manches rouges, qu'elle mit vi\'ement à ses bras, et elle se montra ainsi sar ce noir échafaud, au milieu de ces noires figures. De la tête aux pieds « elle était rouge sang. Oo^ne peut faire que des conjectners au sujet des raisons qui lui avaient fait adopter un costume aus^i extraordin'aire. Ce qui est certain, c^est qu'il avait dû être soigneusement étudié, et que TeFfet qu'il produisit doit avoir été effrayant. • Nous croyons tout simplement que la reine choisit ce costume, qui n'était pas rouge sang y comme le ptéteuii M. Froude, mais cramoisi brun, afin de dérober, autant que possible, la vue du son sang à ses serviteurs.

3 Le Rapport de la manière de C exécution de la royne d^ Ecosse ^ etc., dans le volume spécimen du prince Labaxoff, p. 242 et 243, et Le Vray Rapport de r exécution, etc., dans Teulbt, t. IV, p. 100; Rapport officiel de t exécution par les commissaires, dans Jedd^ t. II, p. 642.

' Camdrk.

ne cessant de croire qu'elle aurait la tète tranchée arec Tépée ' , les deux maîtres des hautes œuvres la firent coucher à plat ventre et lui placèrent le cou sur le billot, à peine haut de quelques pouces. Tandis qu'elle disait distinctement ce verset : « In te. Domine, speravt, non confundar in œternum « , le comte de Shrewsbury leva son hâton pour donner le signal et détourna la tête en se couvrant le visage. Déjà le bourreau brandissait sa hache, lorsque son aide le retint d'un geste. Celuici venait de s'apercevoir que la reine , pour respirer, avait mis ses deux mains sous son menton *. Il les lui retira aussitôt pour qu'elles ne fussent pas mutilées, et, les lui ayant ramenées de^ rière le dos , il les tint serrées dans les siennes '. Au milieu du silence mortel qui régnait dans la salle, on entendait Marie qui récitait à haute voix ce verset : In mania tuas, Domine, commendo. L'émotion était à son comble et avait gagné le

' Tous les gentilshommes, en France, depuis Tépoque la plus recalée » , étaient, par privilège, décapités avec une épée à deux mains. Saint Louis, le grand justicier, avait aboli ce privilège en établissant, pour tous les criminels, sans distinction, Tégalité devant le supplice,' et, sous son règne, le noble comme le vilain étaient envoyés à la potence. Mais, aussitôt après sa mort, ce privilège fut remis en vigueur et subsista jusqu'à Richelieu, qui faisait abattre les tètes des gentilshommes non plus avec l'épée, ce qui était considéré comme un supplice sans déshonneur, mais avec la hache, supplice infamant. Boorgoing, dans son Journal^ confirme les détails que donne, sur ce point, Taoteur anonyme de La Mort de la reine tTÉcosse. Voici comment il s'exprime : m Elle se fit bander les yeux par ses filles, et, sans être aucunement liée..., levait la tête et étendait le col qu'elle tenait roide, faisant sa prière, attendait le coup sans se mouvoir aucunement, pensant qu'on lui dût donner ^ li mode de France, jusqnes à ce que on la fit coucher sur le devant, et mettft la tète sur un billot, où elle eut la tète tranchée avec une hache amanchèe de court, de celles de quoi on fend le bois, et, tant qu'elle put parler, elle rèpé* tait à hante voix ce verset : « Jn manus tuas. Domine, commendo, eCc. ■ Journal inédit de Bourgoing,

' La Mort de la royne d* Ecosse, dans Jbbi, t. Il; Le Vray BtciH de ttxé' cution, dans Teulbt, t. IV, p. 160.

3 Le Rapport de la manière de V exécution, etc., dans le volume spécimen du prince Labàkoff.

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