CHAPITRE VINGT ET UNIEME
bourreau lui-même. Il frappa d*une maio mal assurée, et la victime reçut une profonde blessure à I9 tête. Elle ne fit pas un mouvement; elle ne poussa pas un soupir. Ce ne fut qu*au troisième coup que la tète roula parterre'. L'exécuteur la saisit *f et y la montrant aux spectateurs, il s*écria : God save the Queen Elisabeth !
1 Au Collège écossais de filairs, près Aberdeen, se trouve actuellement un grand portrait en pied de Marie Stuart sur Téchafaud, peint sur toile, et que Miss Strickland attribue à Amyas Gawood, à qui Ton doit le portrait, diaprés nature, de la tète coupée de la reine d'Ecosse. Ce qu*il y a de certain, c*est que ce portrait en pied fut exécuté par les soins et aux frais d'Elisabeth Curie, qui en- fit don au Collège écossais de Douai, où il resta jusqu'en 1815. An moment de la Révolution française, pour le soustraire à la destruction, les séminaristes de Douai coupèrent la toile au bord du cadre, et, après l'avoir pliée autour d'un rouleau de bois, la placèrent dans la grande cheminée du réfectoire. En 1815^ après la dissolution du Collège de Douai, les survivants de la communauté transportèrent celte toile, qui «tait restée intacte, au Collège écossais de Paris. De là, elle fut transférée à filairs, ■ où l'on peut se convaincre, dit Miss Strickland, que la beauté de Marie Stuart n'était pas une fiction poétique, p uisque, jusqu'à la fin de son pénible pèl^ rinage, ses nobles traits conservèrent leurs lignes majestueuses et classiques, leur expression d'extrême douceur et d'intelligence, et sa figure son ovale régulier. La reine y porte le costume décrit ci«-dessus; d'une main, elle tient son missel ; de Tautre, son crucifix. A sa droite, au bas du portrait, se trouve une miniature dont l'exécution est d'une rare netteté. L'exactitude des costumes permet de supposer qu'elle a été dessinée d'après nature ou d'après les souvenirs authentiques fournis à l'artiste par Elisabeth Curie. On y voit le comte maréchal de Shrewsbury , avec son bâton levé ; le comte de Kent ; la shérif, avec sa baguette blanche; fieale, tenant l'arrêt de mort, auquel est appendu le grand sceau; le doyen de Peterborough, avec son livre, et les doux bourreaux, avec leurs sonquenilles noires et leurs tabliers blancs; enfin, la royale victime , les yeux bandés et la tête sur le billot. Le sang coule sur son épaule, d'une blessure béante, et le bourreau lève sa hache pour frappei le second coup. A quelques pas de là se tiennent Melvil et les deux femmes de Marie, vêtus de noir, dans l'attitude de la plus profonde douleur. • N-ous empruntons tous ces détails à Miss Strickland, t. VII.
2 • La tête séparée, il ia print par la coiffure, qui lui échappa, o^ apparut sa iête blanche et sans cheveux, qu'elle faisait ôter souvent par le mal de lète qu'elle avait, et ayant remis ladite coiffure, leva la tête, la montra 1
ff Ainsi périssent tous ses ennemis ! n dit le doyen de Peterborough. Une voix solitaire répondit : Amenl G^était celle du farouche comte de Kent ^
Mais le comte de Shrewsbury et la plupart des spectateurs avaient les yeux inondés de larmes, et les serviteurs de la reine faisaient retentir la salle de leurs profonds sanglots.
l'assistance, disant : « Dieu sauTe la reine d'Angleterre, la reine Elisabeth! > Le comte de Kent dit : « Tous ses ennemis eiî eussent autant ! » {La Mort dt la royne d'Ecosse, dans J£M, t. II.) — Blackwood donne les mêmes déuili dans Le Martyre de Marie Stuart, Jebb, t. II, p. 308 et 309. Voir aussi Le Vray Récit de C exécution; dans Teulbt, t. IV, p. i61. « Lors sa coiffure de linouple tombant de sa tête, apparut aussi grise que si elle eût eu Tâge de soixante et dix ans, ses cbeveux étant tondus fort courts, sa face en an moment tellement changée aux regards, lorsqu'elle était en vie, que peo l'eussent pu reconnaître ; et, son visage mort, ses lèyres remuèrent kaot et bas bien un quart d'heure après qu'elle eut la tête trancbée. • {Le Rapport sur la manière de V exécution de la royne^ dC Ecosse, volume spécimen do prince Lasaroff, p. 246.) — Cette tête abattue ne trouve pas grâce devant M. Fronde. Il renchérit sur le cruel fanatisme des hommes du seizième siècle; il insulte à la victime, il cherche à la rendre ridicule jusque dans le supplice même. « Alors, dit-il, on fut témoin d'une métamorphose ausi étrange qu'une de ces métamorphoses opérées par un enchanteur fsbuleax. La coiffe tomba ainsi que les fausses tresses. L'illusion obtenue par tant de travail s'évanouit. La dame qui s'était agenouillée devant le billot était dam la maturité de la grâce et des attraits; l'exécuteur, lorsqu'il éleva la tels, selon l'usage, pour la montrer à la foule, exposa aux regards les traits flétris d'une vieille femme ridée et grisonnante, t « ...La simple robe grise aurait suffi, ajoute-t-il, ai elle eût voulu remplir seulement avec simplicité le rôle qui lui était assigné. Elle voulait produire une sensation dramatique, et elle y arriva... C'était une mauvaise femme, déguisée en costume de martyre. ■ Amyas Paulet et le comte de Kent auraient rougi d'un tel langage. L'historien, cependant, subjugué, malgré lui, par l'héroïsme de Marie Stnart, ne peut s'empêcher d'avouer que « son empire sur elle-même ne lui fit pas défaut et que son courage fut sublime. Jamais une créature humaine, dit-il, n'avait affronté la mort plus bravement, m Fbouob's History of Elisabeth, vol. VI.
^ M. Froude prétend « qu'un amen bien accentué s'éleva de tous les coins de la salle » . Rien n'est plus contraire â la vérité. Tous les documents contemporains s'accordent à dire qu'une seule voix répondit amen, et que ce fat