‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 214 sur 226 · CHAPITRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIEME

Mais si m^étant hasardé de monter en ce lieu, je mé tais maintenant, sans faute on dira que j'ai plus de soin de ma réputation que d^affection à Thonneur de cette très-chrétienne , trèsvertueuse et très-constante reine pour laquelle est préparée la célébrité de cette cérémonie... »

Rappelant la haute naissance de Marie Stuart , sa descendance de tant de rois écossais , « les plus anciens rois chrétiens de TEurope » , Torateur, cédant aux passions du temps, en face de Henri III , qu'il accabla sous le poids d'un dédaigneux silence, porta aux nues les aïeux maternels de la reine d'Ecosse, ces princes de la maison de Lorraine , « chez qui la gloire de vaincre et de triompher est héréditaire » , et qui « opposent leurs biens et leurs vies à l'impiété pour affranchir, au prix de leur sang , l'honneur de Dieu , assiégé et combattu par l'hérésie... »

Avec une délicatesse et une grâce de langage dignes du sujet , l'orateur raconta l'arrivée en France de Marie Stuart , à Tàge de six ans, et les premières années de sa jeunesse si pleine de charme, d'éclat et d'espérance. « Elle y fut, par l'exquise sollicitude de sa mère et de ses parents, élevée et nourrie, et y huma avec l'air du pays la douceur des mœurs du peuple , et , enfin , par une singulière grâce de nature et soigneuse instruction des siens, devint avec Tâge la plus belle, la plus agréable et la plus vertueuse princesse que le soleil ait vue du siècle où nous vivons... Outre cette émerveillable beauté qui arrêtait les yeux de tout le monde, elle avait l'esprit si excellent , l'entendement si net , le jugement si certain, que Tâge ni le sexe ne le semblait endurer. Cela lui causait une grandeur de courage , qui était toutefois détrempée et amollie d'une telle douceur et modestie , qu'il ne se pouvait rien voir de plus royal, rien de plus gracieux. Ses mœurs et actions particulières étaient tant pleines de piété et dévotion, qui sont les semences de toutes autres vertus, qu'elle semblait proprement un soleil entre les dames de son temps. Gela fiit cause que le roi Henri second...

et la reine sa femme. .. si admirable en prudence... , désirant marier leur fils atné , Dauphin de France et héritier de la cou« ronne, et procurer en son mariage la félicité de ce grand et fleurissant État, choisirent cette princesse comme une perle exquise, pour la lui donner à femme... »

Renaud de Beaune, en un sombre et rapide tableau, peignit la fatale situation de Marie Stuartau milieu des passions et des difficultés sans nombre qui Payaient attendue dans sa sauvagepatrie. Saisissant avec une grande sûreté de coup d'œil la véritable cause de sa captivité et de sa fin tragique, il rappela que la courageuse princesse, en refusant d'embrasser la religion protestante, avait signé elle-même son arrêt de mort, a Les hommes, dit-il, qui avaient aboli le cathoUcisme en Angleterre, craignant que , si elle montait un jour sur le trône , elle ne le rétablit et ne leur demandât un compte sévère de leurs actions, resserrèrent de plus en plus les liens de sa captivité, et, lors^ que Elisabeth commença à vieillir, leurs craintes redoublant, ils conspirèrent la mort de leur victime. Alors, dit Tarchevéque de Bourges, ils imaginent qu'elle « a machiné la mort « d'Elisabeth » , et celle-ci, devenue a plus défiante, plus souptt çonneuse, plus cruelle, comme c'est le naturel des dangers « de rendre ceux qui vivent parmi, plus farouches et revéches* , finit par céder aux conseils de ses ministres. « Sa mort est donc a résolue, sa vie est vouée à l'expiation de leur peur. » ... Elle est accusée de quel crime? Accusée d'être catholique. O benreux crime ! ô désirable accusation ! C'est donc contre la piété... que sont publiées vos lois et dressés vos prétoires ! Nul donc n'est innocent devant vous, s'il n'est coupable devant Dieu d'avoir renoncé à sa religion? Cessez vos artifices, ne &briquez plus de témoins, elle avoue ce crime, elle le publie, elle le prêche!...

«Comme une sainte Agnès, dont l'Église célèbre la mémoire , elle fut immolée à la rage de ses ennemis et lui fsit la tête tranchée... Et cette tête pleine de majesté, qui avait porté

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