CHAPITRE DEUXIEME
Marie faisait un premier pas vers Téchafaud. Suivant ce qui avait été convenu, Giffbrd ayant livré la lettre de Marie à Paulet, celui-ci la fit parvenir à Walsingham le 29 juin, a Elle est bien mince ^ lui écrivait le geôlier, pour contenir quelque chose d*important; je le regrette*. » Rien, en effet, dans cette lettre, n'était de nature à compromettre la captive. Walsingbam en éprouva autant de contrariété que Panlet. Afin de forcer la reine à sortir de cette prudente réserve, Phelipps proposa une autre combinaison qui fut aussitôt acceptée : ce fut d'envoyer à Chartley « un paquet mystérieux * que a Thonnéte bomme » devait faire tenir à la reine. Mais au dernier moment, dans la crainte que Marie se doutât du piège, et que tout vint à échouer, Paulet intercepta le paquet. « L'afEaire, Dieu merci! est trop bien commencée, écrivait-il; il serait bien malheureux d'en compromettre le succès en éveillant des soupçons ; d^autant plus qu'on s'attend à ce que , le 3 du mois prochain , la grande affaire viendra de ces gens-là euxmêmes*. »
Pendant ce temps-là, Babington s'occupait à Londres avec ses complices, et sous la surveillance de Poley qui ne les perdait jamais de vue , des détails de la conjuration et de la distribution des rôles, lorsqu'un a jeune garçon inconnu » lui remit le billet de Marie Stuart. Il est plus que probable que Fidée lui avait été suggérée de consulter sur ses projets la reine d'Ecosse, afin qu'il fût possible de l'impliquer dans le complot, et ce fut le billet qu'il reçut d'elle qui le détermina à prendre
^ Paulet à WaUin^ham, 29 jain 1586, State Papers Office; J. GAUTniEn, t. II, p. 406. '« Tout Ta bien, maintenant, grâce à Dieu, disait Paulet dans cette lettre, et je me trouverais fort malheureux si, par ma faute, des affaîressi bien menées se trouvaient renversées. » The Letter^Books of sir Amias Poulet, etc., edited by Jobn Morris.
' Paulet il Wabingham, 29 juin 1586, State Papers Office; J. Gauthier, t. II.
ce parti. II lui adressa une longue lettre ', qui, le jour même , fîit remise à Walsingham par GiCford, lettre dans laquelle , s'il fallait ajouter quelque confiance à la seide copie du temps qui en reste et qui fut produite par Walsingham, il nommait Marie sa chère dame et reine, en s*excusant de ne pas lui avoir écrit, à cause de Timpossibilité de lui faire parvenir ses lettres depuis qu'elle était sous la garde de Paulet. Il s'ouvrait à elle du projet d'invasion et du complot qu'il organisait avec Ballard et ses amis pour la délivrer, après avoir expédié la reine Elisabeth. Il la priait, ce qui parait de toute invraisemblance, de se mettre à la tète de l'entreprise^ l'engageant même à lui désigner des personnes capables de la seconder. Pendant ce temps-là, lui, Babington, avec dix gentilshommes et cent hommes de main, devaient l'enlever de sa prison , tandis que six autres des conjurés délivreraient l'Angleterre de l'usurpatrice, a Nous n'attendons plus, ajoutait-il, que votre approbation pour prêter sur l'hostie le serment de mener à bonne fin notre entreprise ou de mourir. » Enfin, il la conjurait de les autoriser à agir en son nom, de leur dicter ses instructions, et d'assurer des récompenses aux conjurés, ou à leurs enfants, s'ils venaient à succomber*.
« Les deux passages de cette lettre dans lesquels Babington^ sans circonlocution, sans préparation, parle « d'expédier l'usurpatrice » comme d'un sujet familier à la reine d'Ecosse , les contradictions qu'on y relève, la font ressembler bien plus à l'œuvre d'un agent provocateur qu'à celle d'un conspirateur. Sortit- elle jamais des mains de Babington telle qu'elle fut montrée par les ministres d'Elisabeth? C'est ce qu'il est impossible de décider. Marie nia qu'elle eût jamais reçu une semblable lettre; on ne la produisit point en original au procès, et il
i 6 juillet (v. s.), 16 (n. s.)-
2 Hardwick's Papers, t. I, p. 228-2S0; Staie Trials, t. I, p. 1174; J. Gac THIER, t. II, p. 407.