‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 29 sur 226 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

sein étant effectué,] je puisse quant et quant être tirée hors d'ici, et que toutes vos forces soient en un même temps en campagne pour me recevoir pendant qu^on attendra le secours étranger» qu'il faudra alors hâter en toute diligence. [ Or, d'autant qu'on ne peut constituer un jour préfix pour P accomplisse-' ment de ce que lesdits gentilshommes ont entrepris, je voudrais qu'ils eussent toujours auprès d'eux, ou pour le moins en cour, (juatre vaillants hommes, bien montés, pour donner avis en toute diligence du succès dudit dessein, aussitôt qu'il sera effectué, à ceux qui auront charge de me tirer hors d'ici, afin de iy pouvoir transporter avant que mon gardien soit averti de ladite exécution, ou, à tout le moins, avant qu'il ait le loisir de se fortifier dedans la maison ou de me transporter ailleurs. Il serait nécessaire qu'on envoyât deux ou trois de cesdits avertisseurs par divers chemins, afin que , F un venant à faillir, l'autre puisse passer outre; et il faudrait, en un même instant, essayer d empêcher les passages ordinaires aux postes et courriers^ .] » Ainsi , d'après ce dernier paragraphe qui , selon toute vraisemblance y doit être interpolé , Marie veut que ses partisans ne tentent de la délivrer que lorsque les six gentilshommes auront mis à mort Elisabeth. Puis elle ajoute : « De me tirer hors d'ici, sans être premièrement bien assuré de me pouvoir mettre au milieu d'une bonne armée ou en quelque lieu de sûreté, jusques à ce que nos forces fussent assemblées et les étrangers arrivés, ne serait que donner assez d'occasion à cette Reine-là, si elle me prenait derechef, de m'enclore en quelque fosse d'où je ne pourrais jamais sortir, si pour le moins j'en pouvais échapper à ce prix-là, et de persécuter avec toute extrémité ceux qui m'auraient assistée, dont j'aurais plus de regret que d'adversité quelconque qui me pourrait échoir à moi-même. » a Mais, dit M. Jules Gauthier, qui signale cette

^ Labaroff, t. YI, p. 389 et 390.

6) MAUÏE STUAUT.

contradiction énorme entre les deux passages précédents, si Marie a écrit, il n'y a qu'un instant, que le dessein des six gen^ tilshommes doit être exécuté avant que ses amis tentent sa délivrance, comment peut-^lle craindre de retomber derechef entre les mains d'Elisabeth^ In Le savant historien fiait ressortir encore d^autrés contradictions telles qu^il n'est pas permis de douter que certains fragments de cette lettre ne soient l'œuvre d'un faussaire. Ainsi Marie indique trois expédients pour la tirer de prison, « les seuls, dit-elle, dont on se puisse servir : ou de l'enlever de force pendant qu'elle ira à la promenade , ou de venir à minuit mettre le feu aux granges et aux étables , et de profiter du trouble pour surprendre la maison, ou enfin d'obstruer avec des charrettes les portes du château, et de s'en emparer avant que les gardes logés au dehors aient pu y pénétrer'. » Or, Marie a indiqué ou est censée avoir indiqué plus haut un autre moyen qui diffère entièrement de ceux-là, dont elle dit pourtant que ce sont » les seuls dont on se puisse ser^ vir » . a Qu'on retranche, dit en concluant M. Gauthier, les passages mis entre parenthèses, les idées s'enchatnent, et toute contradiction disparaît'. »

^ Le prince LabanofF a relevé de son côté ces contradictions, ainsi que M. JoKn Morris dans sa publication : The Letter^Books of Àmias Poulet, etc. M. John Morris, à cette occasion, a signalé que M. Fronde a supprimé entièrement le passage de la lettre de Marie dans lequel elle demande qu'il soit fait en sorte que la tentative pour sa délivrance ne puisse exciter Elisabeth à de nouvelles persécutions contre elle ou contre ses amis. Dans la version de cette lettre, résumée par M. Fronde, le sens est tout à fait obscurci, de telle sorte que tout semble se rapporter bien plus au projet d'assassinat d'Elisabeth qu'à l'évasion de Marie et à l'invasion de l'Angleterre. John Morris , The Letter^Books of sir Amias Poulet, etc.

^ Voir J. Gauthier, t. II, et note P de l'Appendice.

^ Le prince LabanofF, dans le texte qu'il a donné de cette lettre^ a mis entre crochets les passages qui lui ont paru interpolés; mais il nous semble qu'il a négligé d'en signaler ainsi plusieurs, entre autres celui-ci : • Je voudrais aussi qu'on tâchât à faire quelque émeute en Irlande, laquelle devrait commencer un peu auparavant qu'pn fit rien par deçà, [afin que l'alarme fût

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