CHAPITRE DEUXIEME
Diaprés les confessions vraies ou fausses de ses secrétaires, Marie leur donna plusieurs instructions pour rédiger la lettre incriminée, soit de vive voix, soit par écrit. La minute en fiit écrite en français par Nau, puis traduite en anglais par Curie et par lui mise en chifires ' . La reine , suivant son habitude , avait lu et approuvé le texte français de la rédaction de Nau et la version anglaise de Curie "• La responsabilité devait donc remonter jusqu'à elle, à moins que son secrétaire Curie, en cfaiffirant la lettre, n'eût fait des additions au texte, ce qui était tout à fait invraisemblable, eu égard au caractère Êaible et timide du personnage. La lettre, approuvée par la reine, ne passa pas seulement par les mains de Curie; elle resta onze jours au pouvoir de Pbelipps et de Walsingham*. Pendant ce
donnée en un endroit tout contraire î\ celui où Ton prétend faire le coup\» Peut-être aussi le mot coup peut-il signifier le coup de main sur Chartley pour délivrer Marie.
* On sait que les seules copies du temps qui restent de cette lettre sont en françaia.
* Confession de Nau, 5 et 6 septembre, State Papers Office, Hardwiclis papers, J. Gauthier, t. II.
^ ■ L'original, dit M. Froude, qui s'en rapporte à la parole de Pkelipps, 1 original ne fat jamais retrouvé. » Ce qui est certain, c'est que l'original, ou la copie de la main de Phelipps, était en la possession des ministres d'Elisabeth, car lord Bu]||Uey avait écrit ces mots en marge : m Petit complot pour la suite du procès de la reine d* Ecosse; notex que le chiffre soit porte avec nous, m Ces derniers mots désignent, comme il semble, l'original. Plus tard, on ne produisit pourtant que le déchiffrement de Phelipps, mais il est à remarquer que ce ne fut pas celui qu'il envoya de Chartley à Walsingham et sur la couverture duquel il avait dessiné un gibet. J. Morris, The Letter" Books ofsir Àmias Poulet, etc.
M. Froude prétend que Phelipps envoya sur-le-champ l'original chiffré à Babington et que la raison pour laquelle il y eut un retard de onze jours, c'est que Bames ne put pas le trouver. Ceci, ajoute M. Froude, est pour répondre à l'argument du prince Labanoff, qui soutient que Phelipps garda longtemps la lettre originale afin de Varranger. A cette assertion gratuite et sans fondement, M. John Morris oppose un argument irréfutable. Lors même, dit-il, que la date du jour où la lettre fut reçue par Phelipps et celle du jour où il la renvoya seraient les mêmes que celles que suppose le prince Laba-
temps-là, ils purent à loisir la refaire en entier. Phelipps était un Bsiussaire de profession, coutumier du fait, et ce n'était certes pas un faux qui eût arrêté Walsingham, homme capable de tous les crimes au nom de la raison d'État. Tout permet de les suspecter, et les provocations de Walsingham et de ses agents pour feire naître, la conspiration, et la suppression des pièces fondamentales du procès. On possède encore aujourd'hui en originaux toutes les lettres que Marie écrivit le 17 juillet, à Charles Paget, à sir Francis Englefield, à l'archevêque de Glasgow, à Thomas Morgan, à Ghâteauneuf, à Mendoza ; on a les lettres de Nau, de Curie, de Gifford ; deux seules lettres ont disparu dès Torigine : celle de Babington à Marie et la réponse de la reine , c'est-à-dire les deux seules pièces capitales d'après lesquelles elle pouvait être ou condamnée ou déclarée innocente. Ces deux lettres originales ne furent pas produites au procès; on ne plaça sous les yeux des commissaires que les traductions du chiffre, des copies. Pourquoi ne se servit-on pas des originaux, surtout de celui de la lettre de la
noff, la question présente ne serait nullement changée, car Toriginal ne paraîtra jamais, on n*aura affaire qu*à la copie ou traduction en français, et quant à celle-là, Phelipps eut tout le temps de la manipuler à loisir.
M. Fronde ajoute que la lettre de Marie du i7-S7 juillet fut envoyée à sa destination le lendemain même du jour où elle fut remise à Phelipps, « comme le reste des lettres ». On sait déjà que toutes les lettres de Marie restaient plusieurs jours entre les mains du déchifFreur et qu'elles n*étaient remises au brasseur qu'une fois par semaine. La lettre de Phelipps, du 19 juillet, adressée à Walsingham, ne prouve aucunement que l'original soit sorti de ses mains. Walsingham savait bien à quoi s'en tenir sur ce point, car, en lui écrivant pour le rappeler, il lui ordonne <f apporter Voriginal avec lui, Phelipps l'emporta le 26 juillet (v. s.), Babington ne reçut la lettre que le 29, et il dut croire facilement que le retard n'avait été causé que par son absence de Lichfield. (J. Morris, The Letter^Books of Amias Poulet, etc.) Les lettres chiffrées de la reine n'étant point signées par elle, et l'écriture de ses secrétaires pouvant n'être pas connue de Babington, celui-ci put recevoir sans défiance la copie de Phelipps; le chiffre était suffisant pour lui garantir l'au-> dienticité de la lettre.