‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 35 sur 226 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

promener après son dîner. Paulet fat enchante d'être ainsi prévenu ; mais comme il n'avait pas encore mis la dernière main aux préparatifs du guet-apens qu'il méditait » il répondit sournoisement que la reine pouvait (aire une excursion , si tel était son désir, mais qu'il l'engageait à attendre jusqu'au lendemain. Ce joui^là» disait-il, un gentilhomme du voisinage^ sir Walter Aston , avait dessein d'offrir à Sa Grâce , dans son parc de Tixall y situé à trois milles, une chasse au cerf, et la reine, comme elle l'avait (ait depuis peu , pourrait se donner le plaisir de tuer la béte de sa propre main. Quelques jours auparavant, Marie s'était vantée, dans une lettre à Morgan , qu'elle ferait bien voir à ses ennemis , qui la représentaient « comme bridée et abattue » , qu'elle était encore capable de galoper derrière une meute, de manier l'arbalète et d'abattre des cerfs et des daims '. Aux jours de sa jeunesse et de sa liberté , elle avait aimé la chasse à courre avec délices ; aux jours de la captivité, lorsque, à de rares intervalles, ce passe-temps lui était offert y elle s'y livrait avec toute la passion du prisonnier qui, pendant quelques heures, y perd le souvenir de ses malheurs. Ce fiit donc avec la joie la plus vive qu'elle accueillit l'of&e de Paulet, et, bien que le jour fixé fût un vendredi, un jour de jeûne , après quelque hésitation , elle aima mieux passer outre que de perdre l'occasion d'une distraction si agréable. Mais il plut ce jour- là et le samedi suivant, et, le dimanche et le lundi, à cause des fêtes de l'Assomption, Marie fut encore obligée de rester au château. Enfin , le mardi matin ^ 16 août , comme elle n'avait garde d'oublier l'offre de sir Amyas, elle le fit prier de tenir sa promesse. Paulet parut s'exécuter de fort bonne grâce, et aussitôt la reine se mit en équipage de chasse. Elle était suivie des principaux de ses serviteurs ^ tels que Nau et Curie, ses secrétaires; Melvil, son maître d'hôtel; Bour-

1 Marte à Morgan, 87 jaillet 1586, Labanoff, t. VI, p. 421. Ce joar-Ià, Marie StaarC devait cliasser aa cerf.

T2 ' MARIE STDART.

going, son médecin; Bastien Pages, son porte manteau. Armés de leurs dagues et de leurs épées, ils étaient « tous à cheval et en honnête appareil pour lui faire honneur » . Le valet de chambre de la reine, Annibal Stuart, portait « les arbalètes et flèches » de sa maîtresse. Au moment du départ , un certain nombre de valets de pied, qui n^avaient point été autorisés à suivre la chasse, se disposaient à escorter la reine, lorsque Paulet, que la récente découverte de la conspiration rendait de plus en plus défiant , les obligea de rentrer au château ^

Pendant ce temps-là, Marie était partie au galop avec sa petite troupe. Le grand air, les aboiements des chiens, le son des trompes , Tattrait d'une course impétueuse à travers les hautes futaies, tout lui feisait oublier les tristesses de Theure présente , tout lui rappelait .sans doute les souvenirs lointains des grandes chasses de Saint -Germain et de Fontainebleau. Mais à peine eut-elle fait un mille , qu'elle fut avertie par Nau que sir Amyas était déjà bien loin derrière elle. Aussitôt elle fit halte pour Tattendre, et, dès qu'il l'eut rejointe, elle le remercia gracieusement de la distraction qu'il voulait bien lui donner. Elle s'excusa de la façon la plus délicate de l'avoir ainsi devancé : a Je crains ,yui dit-elle , qu'étant malade et mal commode de votre corps , vous ne puissiez aller si fort et suivre un si grand train '. »

On se remit en marche ; mais à peine avait-on fait quelques centaines de pas à travers la campagne, que sir Amyas, s'approchant de la reine, lui dit brusquement: « Madame, voici un des pensionnaires de la reine , ma maîtresse , qui a un message à vous faire de sa part '. » Et soudain un homme d'envi* ron cinquante ans , « vêtu de serge verte passementée », à la tête d'une troupe de cavaliers, barra le passage à la reine.

' Journal inédit de Bourgoing,

* Ibidem,

^ Les gentilshommes pensionnaires ^*Elisabetli étaient ses gardes du corps.

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