‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 37 sur 226 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

cité où il la menait. Et comme il se bornait à lui dire que ce n'était pas loin : « J'entends retourner à Ghartley, lui dit Marie d'un ton résolu , et je ne passerai pas outre! » Aussitôt elle descendit de cheval , « et fort indisposée , dit Bourgoing, ne pouvant cheminer ni aller » , sous Fétreinte de la plus vive émotion y elle s'assit par terre. Là, s'appuyant sur le sein d'une de ses filles de chambre , Elisabeth Curie , elle interro^ gealt avec inquiétude sir Amyas, pour savoir où il la voulait conduire.

« — Votre Grâce sera en un bon lieu, et plus beau que Chartley, lui répondit Paulet pour la rassurer; mais vous ne pouvez retourner au logis, et c'est peine perdue de demeurer là et de résister ^ .

— Je mourrai plutôt là ! » lui répliqua la reine avec feu '.

Paulet la menaça d'envoyer chercher son coche et de l'y faire entrer de vive force. Il en donna même l'ordre incontinent; mais comme les chevaux du -coche avaient été transformés en chevaux de selle pour emmener Nau et Bastien Pages, il Fut contraint de renoncer à ce moyen d'exécuter ses menaces.

Pendant ce temps-là, les soldats de l'escorte qui marchaient en avanty ne s'étant pas aperçus de l'altercation de Paulet avec la reine, avaient continué leur chemin. Bientôt ils furent à une telle distance, que sir Amyas les perdit de vue. Il ne restait

plus autour de lui que huit ou dix cavaliers, ce dont il ne laissa pas que d'être assez inquiet, bien qu'il essayât de garder son sang-froid et de feire bonne contenance '.

1 Journal inédit de Bourgoing, Le plus souvent, dans le Journal, les dialogues entre les interlocuteurs sont à la troisième personne de l'imparfait de Tindicatif. Afin de donner plus de mouvement au récit, nous les avons mis ^ la première personne du présent, avec Fort peu de changements.

^ Journal inédit de Bourgoing,

' Ibidem»

La reine 9 toujours assise à terre, ne pouvait contenir ses larmes et son indignation. « C^est une grande pitié que je sois nenée de la sorte! s^écria-t-elle en interpellant Paulet avec véhémence. Je suis princesse libre, étrangère, et c'est procéder traîtreusement avec moi. On vous a donné une charge de geôlier; un honnête homme ne se fût point chargé d^une telle commission. » Et elle ajoutait, en élevant la voix « aussi haut qu'elle pouvait » : « Je suis reine aussi bien que la reine d'Angleterre, d'aussi bonne maison qu'elle. De quel droit me traiter de la sorte, à la sollicitation de mes ennemis, qui ne demandent que ma ruine? Qu'ai-je feit pour subir un tel traitement? Je ne pense pas que la reine votre maîtresse en ait connaissance ; mais « c'est son mauvais conseil » , dans lequel je compte d'implacables ennemis , qui , seul , a pu donner de tels ordres ^ » Puis, comme si elle eût entrevu dans un éclair le tragique dénoûment de sa destinée , elle s'écria d'un ton menaçant : a Que l'on prenne bien garde à ce que l'on fera ; il peut advenir que cet acte soit cause de répandre beaucoup de sang et de la mort de beaucoup ; les rois et princes étrangers s'en pourront ressentir quelque jour et en prendre vengeance sur l'Angleterre*. »

Sir Amyas , qui ne se sentait pas suffisamment en force pour user de violence, prit un ton moitié doux, moitié ferme. Il engagea la reine à s'apaiser, à ne pas « se molester n davantage, lui assurant que ce que l'on faisait était « pour juste cause et qu'il n'y avait point de remède » ; — « que plus elle demeurerait là » , plus elle aggraverait sa situation, « et qu'il fallait passer outre » •

Alors le vieux médecin de Marie , s^approchant de sa mattresse, la supplia, de concert avec les serviteurs qui étaient restés auprès d'elle, de s'armer de courage, de supporter d'un

1 Journal inédit de Bourgoing, ' Ibidem.

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