‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 38 sur 226 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

« cœur royal » cette nouvelle épreuve et de céder à la force. Il ajouta à voix basse, en se penchant à Toreille de la reine, que puisqu'elle était entre les mains de ses ennemis , il n'était pas prudent qu'elle restât plus longtemps parmi eux, « de nuit, par les chemins » , en lui insinuant, ce qu'elle avait eu déjà tant de sérieux motifs de craindre, qu'elle s'exposerait à élre daguée à l'écart.

La reine demanda à son geôlier « si elle avait à aller loin » .

« — A trois milles environ » , lui répondit Paulet, qui, pour la décider au départ, répéta qu'elle « serait en un beau lieu où elle serait bien et mieux logée » qu'à Chartley, et « qu'elle n'aurait faute de rien ' » .

Enfin, cédant aux instances de ses serviteurs, et comprenant d'ailleurs que toute résistance était impossible, la malheureuse princesse, se faisant soulever et soutenir par-dessous les bras, se rendit à l'écart, « à une trentaine de pas, au bord d*un pâtis » , et, s'agenouilla nt au pied d'un arbre, elle adressa à Dieu cette fervente prière, dont Bourgoing a pieusement conservé le texte : « Je vous supplie, Seigneur, s'écria-t-elle, d'avoir pitié de votre peuple et de ceux qui travaillent pour moi. Accordez-moi le pardon de mes offenses, que je reconnais être grandes et mériter punition. Qu'il vous plaise vous souvenir de votre serviteur David, sur lequel vous avez étendu votre miséricorde et l'avez délivré de ses ennemis, et que sur moi votre main soit étendue, personne inutile à tous, et qui ne sers de rien , réservant votre peuple fidèle et le délivrant de la main de Pharaon. Faites votre volonté de moi qui ne désire rien en ce monde, biens, honneurs, puissance ou règne mondain , mais uniquement l'honneur de votre saint nom et votre gloire, et la liberté de votre Église et du peuple chrétien,

^ Gomme la reine se plaignait d*être privée « de ses gens pour la servir, et de ses habillements et garnitures de nuit « , Paulet lui assura <> qu'elle aurait ses gens, filles et serviteurs et garnitures, et qu'ils y seraient aussitôt qu'ellemême B, Journal inédit de Bourgoing.

VOUS offrant mon coeur, car vous connaissez bien quelle est ma volonté et mon intention ' • »

Bourgoingy soutenant sa maîtresse par-dessous les bras, la ramena vers Paulet, et, chemin Saiisant, lui fit part de ses conjectures : a Peut-être la reine Elisabeth était-elle gravement malade ou morte? Peut-être TÂngleterre voulait-elle appeler au trône Sa Majesté Marie Stuart, ou ses amis la mettre en sûreté, ou ses ennemis en plus sûre garde? Tout ce quHIs voyaient devait se passer par ordre du conseil privé. »

Marie, dans Tespoir d'arracher à sir Amyas son secret, lui demanda en vertu de quel pouvoir il agissait de la sorte , et soutint énergiquement que le conseil d'Angleterre n'avait aucune autorité sur elle.

(c — Ce n'est point par ordre du conseil , lui répondit rudement Paulet, mais par ordre d'une personne qui a autant d'autorité que le conseil et qui est le conseil même. » Et aussitôt il tira de son seiti une lettre , signée de la main d'Elisabeth , par laquelle il lui était enjoint de conduire Marie en un lieu sûr et de lui laisser tel nombre de serviteurs qu'il aviserait*.

La reine se plaignit de nouveau d'être victime de ses ennemis, et, protestant contre cette violence, elle prit Dieu à témoin. Enfiu, cédant à de nouvelles instances de ses serviteurs, elle remonta à cheval. Chemin disant, le vieux médecin de Marie, l'àme agitée par les plus sombres pressentiments et craignant que Paulet ne fût chargé de l'horrible mission de faire massacrer sa maîtresse dans un lieu écarté , l'accosta tout tremblant, et, d'une voix émue, lui fit part de ses appréhensions. Il le supplia de se comporter en homme de bien ; il lui

^ Journal inédit de Bourg oing,

3 Journal inédit de Bourgoing, Ces détails étaient inconnus jusqu'à ce jour. Voir la lettre d'Elisabeth à Paulet, dans The Letter^Books of Amias Poulet, etc., p. 255; c'est celle que nous avons donnée plus haut.

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