‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 49 sur 226 · CHAPITRE QUATRIÈME. iOl · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. iOl

étaient pas rigoureusement indispensables. Le sort tomba, ce. jour-là, sur cinq d^entre eux : Bastien Pages, un de ses deux valets de chambre, homme intelligent et des plus dévoués; Barbara Mowbray, une de ses femmes, celle qu'elle avait mariée à son secrétaire Curie, et trois autres serviteurs \ Depuis celte pénible séparation, aucun d'eux n'eut la consolation de revoir la reine. Tous furent étroitement renfermes dans leurs chambres et gardés à vue par les domestiques de Paulet, sans qu'il leur fût permis de sortir ni jour ni nuit. Peu de jours après, Marie Pages, fille de Bastien Pages, et filleule de Marie Stuart« fut arrachée de vive force au chevet du lit de sa maîtresse '.

«Je laisse à d'autres des excuses à leur sotte compassiou, écrivait à ce propos, à la cour, l'impitoyable geôlier. Quant à moi, je renonce à toutes les joies du ciel, si, dans aucune chose que j'ai pu dire , faire ou écrire , j'ai eu jamais en vue d'autre objet que le service de Sa Majesté la reine '. »

Marie Stuart, par sa douceur, par une générosité d'âme qui se révélait dans ses moindres actions et qui allait toujours audevant des besoins de ses serviteurs, avait conquis à ce point

* Bahhazard, tailleur de la gardc-robi; ; Charles PlouvarC, brodeur, cC Nicolas, pâtissier. Voir dans L\da?ioff, t. Vit, la liste des serviteurs de Marie Stuart.

2 Journal inédit de Dourgoing , De son côté, Paulet rend ainsi compte de cet rpisode : «i Voici ce que j*ai fait : j'ai réparti tous ceuK qui doivent quitter Cliartley dans deux ou trois chambres pouvant suFHre pour les contenir; ils y sont gardes à vue, et mes serviteurs leur portent leur nourriture... Les charges de Sa Majesté sont un peu allégées par le départ de ces gens, et mon .idministratian en sera plus facile. Ce sont tous, excepté Bastien, des âmes si candides et si simples qu*ils ne sont nullement à craindre, et là*dessu8 mon opinion était que tous ceux que Ton renvoie restassent avec leur maîtresse jusqu'au déménagement, et qu'alors on les renvoyât soudainement... » Ihe LeUer-Books of sir Amias Poulet, etc., lettre du 10 septembre 1585, p. 291.

3 Lettre de Paulet^ du 10 septembre, citée plus haut. The Letter-Bookx of sir Amias Poulet, etc.,- p. 288, 289, 290.

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leur afFection et leur dévouement qu'il n'y eut jamais parmi eux d'exemple d'une trahison « si ce n'est celle de Buchanan. Rien ne paraissait donc plus cruel à ces braves gens que d'être séparés d'une telle matlresse. Ce n'était pas non plus sans la plus vive peine que Marie» suivant sa touchante expression , voyait diminuer chaque jour « son petit troupeau ». Des nombreux domestiques qui lui avaient été laissés autrefois, il ne restait plus maintenant auprès d'elle que Bourgoing, son médecin ordinaire; Jacques Gervais, son chirurgien; Pierre Gorion, son pharmacien ; Ânnibal Stuart, son dernier valet de chambre; sept hommes de service ' et quatre de ses femmes : Jeanne Kennedy, Renée Beauregard, Gillis Mowbray et Elisabeth Curie. Mais sir Amyas trouva que, dans ce nombre, il y avait encore des bouchés hiutiles, et, autant pour se donner le barbare plaisir de tourmenter sa victime que pour complaire à la sordide avarice d'Elisabeth , il supprima le cocher et deux palefreniers, qui, en Tabsence de Melvil, servaient la reine à table. Sans autre motif que son caprice, il les fit enfermer et mettre au secret *.

A tous les instants, Marie et ses fidèles serviteurs vivaient dans la crainte de quelque nouvelle séparation, dans l'angoisse de quelque tragique événement, a Je m'attends à quelque poison ou telle autre mort secrète, écrivait la reine, à cette époque, au duc de Guise. Si Dieu et vous après lui, ajoutaitelle, ne trouvez moyen de secourir votre pauvre cousine, à ce coup , c'en est fait. Ce porteur vous dira comme je suis traitée et mes deux secrétaires. Pour Dieu , secourez-les et les sauvez, si vous pouvez. On nous veut accuser d'avoir voulu troubler l'État et fait pratique contre la vie de la reine , ou d'y avoir

1 Un sommelier, un panetîer, un écuyer de cuisine, un coclier, et deux ou trois hommes de peine.

2 Journal inédit de Bourtjoing; Miss Stricklakd, t. VII ; Liste des serviteurs de Marie Stuart, à Chartlejr, en date du 99 août 1586 ; Laba?(OFF, t. Vil.

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