CHAPITRE QUATRIÈME
consenti; mais je leur ai dit, comme il est vrai, que je ne sais, ce que c^est. Ils disent qu'ils ont pris certaines lettres à un Babington, et à un Charles Paget et à son frère, qui témoignent cette conspiration, et que Nau et Curie Font avoue. Je dis qu'ils ne sauraient, s'ils ne leur font dire plus qu'ils ne savçnt, par la force des tourments... Je leur ai déclaré que, pour moi, je suis résolue de mourir pour ma religion..., car, bien qu'ils m'aient rendue quasi impotente (même cette main droite m'est si enflée et fait tant de mal qu'à peine puis-je tenir la plume)... pour cela le cœur ne me manquera *... »
Elisabeth, à chaque séance de son Conseil privé, témoignait « son immense satisfaction » des services que venait de lui rendre sir Âmyas Paulet. Sans aucun respect pour sa dignité de reine, elle lui écrivit, de sa main, une lettre pleine d'affectation et d'humiliantes flatteries, dans laquelle elle s'abaissait à le tutoyer parfois, selon l'usage des puritains: « Amyas, lui disait-elle, le plus dévoué de mes serviteurs, que Dieu té récompense au double et au triple pour la très-pénible mission que tu as menée à si bonne fin. Si vous saviez, mon Amyas, avec quelle affection, sans compter ma reconnaissance, mon coeur approuve et loue vos fidèles actions, vos ordres prudents, vos sages précautions, le parfait accomplissement de vos devoirs dans une charge si dangereuse, combien serait allégée voire tâche et comme se réjouirait votre cœur! Soyez bien certain qu'il m'est impossible de peser équitablement l'estime que je fiaiis de vous, que je ne sais aucun trésor qui soit digne dune telle fidélité, et que je commettrais une feute, que je n'ai point à me reprocher jusqu'à présent, si je ne récompeur sais de tels services. Oui, que je manque de tout, si je n'accorde à un tel mérite un prix non orhnibus datum. Apprenez à votre méchante meurtrière avec quel profond chagrin je me
* Marie au duc de Guise, sepluinbrj 15S3 ; Laba^OFF, t. VI, p. HO.
104 MAUIE STUAUT.
rois contniinte par ses viles actions à donner de teU ordres, et engagez-la, de ma part, à demander pardon à Dieu de sa criminelle trahison envers cellç qui, pendant tant d^années, lui a sauve la vie au péril de sa propre vie. Et pourtant, non contente de tant de preuves de ma clémence, il faut qu^elle retombe dans des projets si horribles que Ton a peine à les concevoir de la part d'uire femme, et encore plus d'une princesse. Au lieu de s'excuser, ce qui ne servirait de rien , son crime ayant été pleinement avoué par ceux qui avaient comploté mon innocente mort, qu'elle ne songe plus qu'au repentir, qu'elle ne se laisse point posséder par le démon, afin de ne pas perdre son âme pour laquelle je prie, les mains levées vers Celui qui peut à la fois sauver et perdre. Reçois mon adieu le plus affectueux et mes prières pour ta longue vie.
«( Vôtre {sic) très-assurée et affectionnée souveraine, comme Font si bien mérité vos bons services.
tt Elisabetha Regina ^ »
Cette lettre, comme bn le verra plus tard, cachait une insidieuse provocation au meurtre de la reine d'Ecosse. Paulet feignit de ne pas comprendre. Aussi n'eut-il jamais la récompense promise*.
Pendant ce temps- là une véritable panique, habilement suscitée et entretenue par Walsingham, s'était emparée de l'Angleterre protestante. 11 n'était bruit que d'assassinats, d'invasion, de trône vacant, de succession royale disputée. Des prophéties menaçantes annonçaient de grands changements, tantôt courait la nouvelle que le duc de Parme avait débarqué à Newcastle, tantôt que le duc de Guise s'était jeté sur les
1 Elisabeth à Paulet y août 1586, Mgs. Mary Queen of Scots; Howell's State Trials, etc.; FnouDB*s History of Englandy etc., vol. XI f; The Letter^ Books of Amias Poulet, p. 266-267.
2 Jules Gautuier, t. II.