‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 6 sur 226 · CHAPITRE PRBMIEU. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRBMIEU. il

ses troupes et tenta d'abuser encore sa captive par de Élusses promesses de liberté. Gécil et Midlmay vinrent la trouver à Ghatsworth , où elle avait été transférée. Toujours aveugle et bercée de Tespoir de sa délivrance, Marie finit par souscrire au traité d'Edimbourg; elle renonça à tous ses droits à la couronne d'Angleterre durant la vie d'Elisabeth et de ses descendants légitimes , s'il venait à lui en naître ; elle consentit à la ligue offensive et défensive entre l'Ecosse et l'Angleterre , qu'elle avait refusé de signer; elle s'engagea à n'entretenir aucune intelligence avec des sujets d'Elisabeth sans l'autorisation de cette dernière , à lui livrer son fils en otage , pour qu'il fût élevé en Angleterre jusqu'à Tàge de quinze ans ; enfin à (JEiire ratifier le traité par le parlement écossais , consentant, si elle en violait les clauses , à être dépossédée de tous ses droits aux couronnes d'Angleterre et d'Ecosse. Ces négociations illusoires se prolongèrent plus de quatre mois, pendant lesquels Elisabeth , bien résolue à ne jamais lâcher sa proie , souleva difiScultés sur difficultés. Enfin tout fut rompu. Alors Marie n'eut plus d'espoir qu'en Philippe II. Elle le pressa d'envoyer en Angleterre une expédition au moment où éclaterait un soulèvement des catholiques. Du fond de sa prison , elle avait pu nouer jusqu'au fond de la Tour de secrètes intelligences avec Norfolk , et le duc avait consenti à entrer dans le complot. Un agent italien, Ridolfi, se prétendant autorisé par Marie, se rendit en Espagne. Il demanda à Philippe II une armée de dix mille hommes pour opérer une descente en Irlande, promettant qu'une autre armée, dont il élevait le chiffre à vingt mille hommes, délivrerait Marie de sa prison, la placerait sur le trône d'Angleterre, et que la religion catholique serait rétablie dans ce royaume. Sur ce dernier point, la reine d'Ecosse faisait la même promesse ; elle offrait même d'envoyer son fils auprès de Philippe II , pour qu'il fût élevé dans la foi catholique; enfin elle demandait au pape la rupture d'un mariage que Bothwell n'avait obtenu d'elle que par violence. En

plein conseil d'Espagne , on discuta non-seulement les moyens d'envahir rAngleterre, mais encore le projet du meurtre d'Elisabeth , qui 9 suivant Ridolfi , devait être frappée par un nommé Grafis. Gomme toujours, Philippe II ne montra qu'incertitude et indécision : pour éviter de se prononcer, il confia le soin d'examiner cette afi&ire au duc d'Âlbe , qui ne la jugea pas praticable.

Cependant Elisabeth faisait édicter par son parlement les lois les plus terribles contre quiconque nierait ses droits à la couronne d'Angleterre, ou, de son vivant, y élèverait des prétentions. Ces deux articles étaient formulés soit contre la bulle du pape , soit contre Marie Stuart. Pendant que Norfolk hésitait à se mettre à la tète du complot avant le débarquement de l'armée espagnole , et Philippe II à opérer une descente avant le soulèvement des conjurés , Burghley parvint à surprendre les fils de la conspiration par des lettres saisies sur des agents de Norfolk. L'évéque de Ross, agent de Marie Stuart, fut arrêté. Menacé de la torture, il fit des aveux complets, et l'on s'empara des lettres de Marie adressées au duc de Norfolk. Tout fut révélé à Elisabeth , et la sentence d'excommunication du pape préparée contre elle , et le projet de mariage de Marie avec le duc , et le plan d'invasion. Norfolk fut condamné et mis à mort. Marie était alors enfermée à Sheffield : on redoubla de rigueurs contre elle , on la mit au secret dans une chambre étroite du château. La mort de Norfolk ruinait pour jamais le parti qui , en Angleterre, s'était formé en sa faveur. Le protestantisme avait gagné sa dernière bataille.

Par le traité de Blois, signé le 29 avril 1572, entre Elisabeth et Charles IX , il fut stipulé que l'Angleterre , dans le cas d'une invasion par Philippe II , obtiendrait des secours de la France. Quant à Marie , elle était passée sous silence , implicitement abandonnée aux mains de sa plus cruelle ennemie. En Ecosse , son parti était toujours menaçant. Le régent Lennbx avait été assassiné et le comte de Marr appelé à lui succéder.

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