CHAPITRE VI
TENTATIVE d'aMTAS PAULET POUR ARRACHER DES AVEUX A MARIE STUART. TRANSLATION DE CETTE PRINCESSE A FOTHERINGAY.
Comme on Ta supposé récemment encore', Élisabetb, afin de désarmer et de rendre à tout jamais impuissante Marie Staart, lui écrivit-elle secrètement pour lui offrir son pardon, dans le cas où elle ferait des aveux et lui exprimerait par écrit son repentir? C'est ce qu'affirma Elisabeth, à quelque temps de là, dans un discours cité par Camden, et dans lequel elle s'exprimait ainsi : « Bien loin ^e garder contre elle (contre Marie) du mauvais vouloir, lors de la découverte de certaines machinations contre moi, je lui écrivis secrètement que, si elle voulait tout me confesser dans une lettre privée, tout serait enseveli dans le silence. Je ne lui écrivais pas cela pour lui tendre un piège, car j'en savais alors autant qu'elle eôt pu m'en confesser elle-même*. » Elisabeth disait si rarement la vérité qu'on ne saurait ajouter aucune créance à sa déclaration, surtout lorsqu'elle prétend que Marie fit peu de cas de sa lettre*. Bourgoing, qui, dans son journal, tient note des
> Froi]db*8 History of Elisabeth, t. VI.
* Gamdesi, liv. III «
' ■ En vérité, Thistoire est incroyable, dit M. Hosack, qui n'ajoute aucune foi à cette lettre. Nous savons que Marie était très-ponctuelle dans sa correspondance, et il est certain qu'elle ne laissa jamais sans réponse une lettre d'Elisabeth, quoique celle-ci, bien souvent, ait manqué de lui répondre. Il Ml, d'ailleurs, jKMsible qu'agitée comme elle l'était par des passions diverses, Elisabeth ait pu avoir l'intention d'écrire à Marie; mais si elle lui eût adressé Qne lettre, il est certain que Marie lui eût répondu, bien que sa réponse n'eut pu été probablement telle que l'eiit souhaité sa rivale. « T. II, p. 394.
moindres ëvénements, ne fait aucune mention de cette prétendue lettre, et il n^y est fait non plus aucune allusion dans la correspondance de Marie. Mais ce qu'il y a de certain, c^est que, pendant le procès de Babing^ton et les interrogatoires que Walsingbam faisait subir à Curie et à Nau, Elisabeth ordonna à Paulet de faire tous ses efforts pour tirer de Marie quelques aveux par surprise. C'est ce que nous apprend pour la première fois le Journal de Bourgoing.
Pour se conformer à ces ordres, sir Amyas fit prévenir sa captive qu'il désirait lui parler si, toutefois, elle voulait bien l'entendre m quiétement (tranquillement), dit Bourgoing, n'user point de mauvaises paroles à son endroit, et se contenir de l'injurier » . Sur l'autorisation que Marie lui donna, il se présenta cbéz elle, suivi de Bagot, dont le témoignage lui parut nécessaire pour appuyer le sien ' • Il parla à la reine des derniers événements, les plus formidables, lui dit-il, qui eussent éclaté jusque-là en Angleterre. « Jamais, ajouta-t-il, il n'y eut plus grande et plus horrible trahison. Si Votre Grâce y a consenti, si elle en est coupable. Dieu le sait; mais on a saisi quelques-uns des conjurés, entre autres un nommé Babington, qui ont feût les plus graves aveux. Six hommes avaient juré de tuer la reine Elisabeth; d'autres, au jour de l'exécution du crime, devaient mettre le feu aux • granges des environs de Chartley, pour forcer mes gardes à y porter secours, tandis qu'au même moment on devait m'assassiner, moi et mes serviteurs. D'autres conjurés, à ia faveur du tumulte, devaient enlever Votre Grâce, ainsi que plusieurs personnes de sa suite, tandis que, à deux ou trois milles de Chartley, vers les garennes, devaient se trouver un certain nombre de chevaux pour vous conduire en lieu sûr. C'est une affaire des plus graves, si vous y avez consenti, et il est impossible que vous n'en ayez pas été instruite. Vous avez été mal conseillée, et
I Journal inédit de Bour^oing,