CHAPITRE SIXIEME
vos senriteurs se sont montres aussi méchants que possible. Nau est d^un caractère si remuant et si arrogant, que rien ne saurait l'arrêter ; tout ce qu'il pense doit être incontinent exécute. Il est sii orgueilleux et si ambitieux qu'il ne peut souffrir personne au-dessus de lui, qu'il prét^d commander à tous, être partout le maître et ne céder à qui que ce soit. Il tous a porté le plus grand préjudice ' .
— Je ne sais rien de tout cela, lui répondit Marie, qui ne pouvait admettre que son geôlier fût en droit de l'interroger, et qui se croyait encore moins obligée de lui dire tout ce qu'elle pouvait savoir. Je ne connais point Babington, et je n'ai jamais entendu parler de telles entreprises contre la reine d'Angleterre. Quant à mes serviteurs, ils ne m'ont jamais conseillé que choses bonnes et louables, et, lors même qu'ils eussent tenté le contraire, je ne suis pas assez dépourvue d'entendement pour ne pas savoir choisir ce qui est bon ou mauvais.
— Babington, s'écria Paulet avec force, a confessé de grandes choses; les catholiques se devaient révolter, et je pense qu'il a chargé Votre Grèce. Vous ne pouvez nier que vous avez été en relation avec lui, que vous lui avez écrit, qu'il vous a répondu, et que vous avez eu des intelligences pour la même entreprise avec plusieurs personnes qui sont en pays étrangers.
— Autrefois, lui répondit la reine sans s'émouvoir, j'ai entendu parler d'un certain Babington, mais il y a plus de dix ans ' ; je ne sais ce qu'il est devenu, et je n'ai eu d'intelligence avec personne, ni pour rèntreprise dont vous parlez, ni pour aucune antre. J'ai quelquefois reçu des lettres de mes amis, qui, de leur plein gré, m'ont offert leurs services, mais je ne me suis mêlée en rien de ce dont vous m'accusez, et n'ai
' Journal inédit de Bowyoing.
^ Pendant qu'elle était sous la garde du comte de Shrewsbury, Marie Stuart a?ait connu Babington, qui était attaché au comte en qualité de page.
suborne qui que ce soit. Bien souvent, j*ai reçu des lettres de personnes inconnues dont je n'avais jamais entendu parler. Au surplus, ajouta Marie, on ne peut m'empécher d'avoir des intelligences avec qui bon me semble pour mes intérêts particuliers, et je n'en dois rendre compte à personne, »
Et, comme sir Amyas Paulet la pressait par de nouvelles împortunitës a de confesser quelque chose, dit Bourgoing, et essayait de découvrir quelque consentement par ses paroles » , la reine ne daigna pas lui répondre un seul mot.
Alors, Paulet s'inclina et lui dit d'un ton bref, en se retirant : « On vous interrogera plus amplement ; il faut que tout soit éclairci. » Ces derniers mots donnèrent lieu à la reine de penser qu'elle serait bientôt examinée par quelques envoyés d'Elisabeth, mais elle était loin de se douter que ce serait avec l'appareil judiciaire que Ton déploya peu après'.
Dans quelle résidence assez sûre et assez vaste serait transférée la reine d'Ecosse pour y être publiquement interrogée par les lords du Parlement et les membres du Conseil d'Angleterre, assistés d'hommes de loi? Telle était la question qui s'agitait depuis quelque temps au sein du ministère anglais. Dès la découverte de la conjuration de Babington, cette question avait été soumise à Élisabetli, mais quelques jours se passèrent sans qu'elle voulût se fixer et se prononcer*. On lui proposa la Tour; mais, comme Marie Stuart comptait de nombreux partisans dans la Cité et qu'ils auraient pu tenter un coup de main pour sa délivrance, elle rejeta bien loin ce projet. On lui désigna Hertford; elle y consentit pendant un jour; le lendemain, elle le trouva "trop près de Londres. On lui nomma les châteaux de Grafton, de .Woodstock, cle Norihampton, de Coventry, de Huntingdon ; elle les accepta l'un
1 Journal inédit de Bourgoing,
3 Burghley à Paulet, 26 août 1586, The Letier-Books of sir Àmias Poulet, ctc.,p. 272-S73.