‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 64 sur 226 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

après Tautre, et finit par les rejeter tous, les uns n^étaut point des places assez fortes pour une telle prisonnière, les autres pas assez spacieux pour les logements des commissaires anglais ^ Elisabeth était inquiète, irritée. Burghiey n'ayant pas jugé à propos de la tirer d'af&ire par un coup hardi, elle lui fit sentir tout le poids de sa mauvaise humeur en lui enlevant son titre et sa fonction de lieutenant du comté de Hertford. Enfin, il fellut se décider : elle fixa son choix sur Fotheringay, qui d abord lui avait paru trop éloigné. C'était un vaste château fort, situé dans le comté de Northampton, et appartenant à la couronne. Il était à une journée et demie de Londres, et de tous les châteaux royaux le plus rapproché de Gharlley, ce qui rendait plus facile, plus prompte et plus sûre la translation de la reine d'Ecosse.

Voici en quels termes Burghley et Walsingham notifièrent cette décision à Paulet : « Sa Majesté la reine, d'après les informations données par M. Waad, et suivant le plan que vous aviez proposé, pense qu'il serait bon que la reine dont la garde vous est confiée fût transférée dans une autre place de jsûreté. Elle a pensé au château de Fotheringay, dans le comté de Northampton, et désire que nous prenions la chose en considération. Sur quoi nous avons écrit à sir Walter Mildmay d'examiner le château, de s'assurer s*il est en bon état et de quelle foçon il peut être approvisionné... Elle vous prie aussi d'envoyer Darell ', ou quelque autre personne capable, avec un serviteur de la garde-robe, afin de voir si les tentures de Ghartley pourront suffire pour installer convenablemen cette reine. Désormais, elle ne devra plus jouir de la liberté qui lui a été accordée jusquMci, mais elle sera traitée comme

' BurghUy à Walsingham, 10 (20) septembre 1586, Mss. particuliers cités par M. Froude.

^ L'un des maîtres cl*hôtel d* Elisabeth, qu'elle avait envoyé, en la même qualité, auprès de la reine d'Ecosse pour administrer sa maison. (

i34 MARIE STUART.

une prisonnière, toutefois avec les égards dus à sa qualité. Nous avons écrit des articles sur lesquels nous désirons avoir votre opinion, et nous espérons de vous une réponse aussi prompte que possible '. tu

Paulet se hâta de leur écrire : « Je prie Vos Honneurs d'être avertis qu'à la réception de vos lettres du 26, j'ai, suivant vos instructions, envoyé M. Darçll à Fotheringay pour y examiner les logements, et sans doute ils pourront être arrangés avec les tentures d'ici, dont nous avons une bonne provision de toutes sortes de hauteurs et de largeurs. Je vous envoie ma simple opinion touchant les articles que vous m'avez adressés, et j'en ai envoyé copie à sir Walter Mildmay, afin que, dans ses lettres, il puisse suppléer à ce qui manquera. • . Je m'estime très-heureux de quitter ce pays, et je le serais doublement si celte reine, en changeant de demeure, changeait aussi de gardien. En vérité, un gentilhomme du pays pourrait bien mieux remplir cette fonction, et avec moins de dépense pour Sa Majesté, ayant ses serviteurs, ses clients et de bons voisins sous sa main. Quoique je sois bien hardi de vous laisser entrevoir ce que je souhaite, cependant, je ne le veux jamais désirer qu'autant que cela plaira à Sa Majesté '. »

Peu de jours après, Paulet reçut Tordre de Burghley de conduire Marie à Fotheringay *.

Homme de précaution et de ruse, sir Amyas, afin de donner le change à sa prisonnière, lui fit dire, vers le 10 septembre, que, dans l'intérêt de sa santé comme pour sa commodité, il avait jugé utile de la transférer dans un château de la reine d'Angleterre, beaucoup plus sain qu.e Ghartley .et à trente

1 Burghley et Walsingham a Paulet, 26 août 1586, The Letier^Books o tir Amias Poulet, etc., p. 272 et 273.

* Paulet à Burghley et à Walsingham, 30 aoât 1586, The Letter-Books o sir Amias Poulet, etc., p. 279 et 280.

3 Post'Scriptum de la lettre de Paulet à Walsingham, du 10 septembre, The Letter^Books of sir Amias Poulet, etc., p. 292.

CilAPITRE SIXIÈME. 135

milles seulement de Londres; quant à ce château, il refusait de le lui nommer. Le messager de Paulet ajoutait, de la part de son mattre, et pour que cette translation se fit du plein gré de la reine, « qu^elle y serait très-bien, qu'elle se préparât tout à son aise pour y aller quand il lui plairait, et que ce serait à son choix, aussi tôt ou aussi tard qu'elle voudrait'» . En même temps il lui promit, au nom de Paulet, que, dès qu'elle serait arrivée au lieu de sa destination, tout l'argent qui lui avait été enlevé lui serait rendu. Cet argent, disait le messager, n'avait été saisi, d'après l'opinion de son mattre, que dans la crainte « que Sa Majesté n'en donnât et n'en mal usât par les chemins» pour occasionner quelque soulèvement en sa faveur'.

La reine , dit Bourgoing , fit répondre à Paulet « qu'elle ne désirait autre chose que de partir, tout indisposée qu'elle était; qu'elle aimait mieux quitter Chartiey de bonne heure, de peur de devenir pis " » , et qu'elle estimait être prête dans deux ou trois jours.

Le départ fut fixé au 21 septembre. La veille, sir Amyas, à la prière de plusieurs des serviteurs de la reine, qui se trouvaient dans le plus grand dénûment depuis leur séquestration, fit demander à sa captive qu'il lui fût permis de prélever quelques sommes sur l'argent dont il était détenteur, pour les leur distribuer. Marie s'y refusa d'abord , exigeant que cet argent

^ Journal inédit de Bourgoing,

^ Une lettre de- Paaiet à Walsingham, du 15-25 septembre, confirme 1 empressement que témoigna la reine à quitter CKartIey. Les mesures ordinaires, est-il dit dans cette lettre, furent prises pour le soin de son corps. Des chars traînés par des bœnfë furent envoyés, avant elle, pour transporter son énorme bagage. (Frodde*8 Hiitory,) « Cette dame, disait Paulet à Walsingham, est très-heureuse de sa translation, car elle espère avoir souvent des nouvelles de Tambassadeur de France, n'étant plus qu*à trente milles de Londres. Vingt chariots seront chargés demain mattin, et je pense que nous partirons d*ici vers le milieu de la semaine prochaine, sauf avis contraires. « Tkt Letier^Books of sir Àmias Poulet, etc., p. 292 et 203.

lui fût rendu afin qu'elle pût en disposer à son gré, et n'entendant pas que Paulet fût son trésorier. Après un refus formel de celui-ci y elle demanda qu'on lui remit du moins quelques centaines d'écus pour qu'elle les fit distribuer à ses serviteurs par les mains mêmes de Paulet. Mais l'intraitable geôlier, qui s^en tenait aveuglément à la lettre rigoureuse de ses instructions , lui manda a qu'il donnerait tout ce qu'elle voudrait, sous sa propre signature et sa décharge » , mais, résolument, « qu^elle ne manierait point d^argent » . Enfin, la pauvre princesse , dominée par un noble sentiment de générosité pour ses serviteurs, fit taire ses justes griefâ, et, bien qu'elle pût à peine se servir de sa main droite , fort endolorie par son rhumatisme , elle écrivit et signa un mémoire des sommes qu'elle voulait distribuer aux fidèles compagnons de sa captivité. « Ce que j'en fais, dit-elle, est par contrainte et pitié, parce que les pauvres gens sont en danger de nécessité et dépourvus de tout par les chemins. Pour le reste, je les adresse à Tambassadeur de France, qui leur donnera pour achever leur voyage en France, où ils seront payés de leurs gages et auront récompense , chacun en son endroit ' • »

Cependant sir Thomas Gorges, gentilhomme pensionnaire d'Elisabeth, après avoir mené prisonniers à Londres Nau et Curie , élait revenu à Chartley pour assister sir Amyas Paulet dans la mission de conduire la reine d'Ecosse à sa nouvelle prison '. En le voyant arriver avec Stallenge ', huissier du Parlement , les serviteurs de la reine, qui avaient surpris quelque émotion sur son visage , furent dans la plus vive anxiété ;

1 Journal inédit de Bourgoing, Cet argent ne fut remis que fort longtenaps après aux serviteurs de Marie Stuart. Ibidem r

3 Ce ne fut point à sir Walter Mildmay et à Barker, comme il est dit dans Howell et ceux qui Tont copié, que fut confié le soin de cette translation.

3 II est question de ce ]iersonnage dans une lettre de Paulet à Wal» singham, du 25 octobre 1586. (The Letter^Books of Amias Poulet^ p. 300.} Bourgoing écrit son nom Standlin.

Page 1