CHAPITRE VIII
nouvelle tentative de paulet pour obtenir des aveux de sa
captive. mise en jugement de marie par les commissaires
d'élisabeth Séant en la chambre étoiles. — attitude des
ROIS DE FRANCE ET d'ÉCOSSE.
Lorsque Paulet fut entré dans Fotheringay, un de ses premiers soins, pour mettre sa captive à Fabri d*un coup de main, fut de feire condamner et murer nombre des ouvertures du château ^
Le samedi 1*' octobre, il envoya .dire à ]a reine qu'il aurait « volontiers » cinq à six mots à lui communiquer. Depuis longtemps, Marie et ses serviteurs avaient fait la rémarque que, toutes les fois que Paulet avait à donner quelque mauvaise nouvelle, c'était surtout alors qu'il usait des formules les plus polies et qu'il prenait son ton le plus patelin. A peine se trouva-t-il en présence de Marie, qu'il lui dit brusquement: «La reine d'Angleterre , ma maltresse , ayant ouï le rapport de M. Gorges, a été fort ébahie et s'émerveille fort que Votre Majesté ait soutenu qu'elle était innocente, attendu que l'on peut prouver tout le contraire de ce qu'elle a dit » . En même temps, il lui
' Journal inédit de Bourgoing, Paulet, dans une lettre qu*il adressait à VValsiogham, le Î9 septembre, se réjouissait d'avoir quitté l'insalubre maison de Gbartley. • Je suis heureux d*apprendre, lui disait- il, que vous allez mieux et que vous êtes Tua des commissaires devant venir ici. J'espère que f aurai le bonheur de vous voir avant de mourir, ce que je n'aurais pas eu le droit de souhaiter si nous étions restes dans cette maliaine habitation de Chartley. Je me trouve déjà mieux depuis mon ar ée ici. « The Lelter- Books of Amias Poulet, p. 294.
annonça qu'Elisabeth enverrait bientôt à Fotheringay quelques seigneurs 'et plusieurs conseillers pour Tinterroger. « De quoi , ajouta-t-il , afin que vous ne pensiez qu^on vous veuille surprendre, je vous avertis » . Puis, radoucissant sa voix, Paulet aborda la partie la plus délicate de son message, que Bourgoing va nous révéler pour la première fois, et dont il est superflu de signaler au lecteur toute Timportance. « Vous feriez mieux , Madame , dit-il à Marie , de demander pardon à Sa Majesté et de confesser vos fautes et vos offenses, que de vous faire déclarer coupable. Je vous conseille &>rt de prendre ce parti y et, si vous y consentez , je le manderai, car je suis prêt à écrire votre réponse.
— C'est de la sorte que Ton a coutume d'en user avec les petits enfants, lui répondit Marie, lorsqu'on veut leur faire confesser quelque faute. Je reconnais véritablement avoir offensé nombre de fois mon Créateur comme pécheresse , et je lui en demande humblement pardon, mais, en tant que reine souveraine, je n'ai à rendre compte à personne de foutes ou d'offenses, hors à Dieu et à son Église. Et comme je ne puis commettre fautes ni offenses, aussi ne veux-je point de pardon, et n'en cherche ni n'en veux recevoir de personne vivante. Il m'est avis, sir Âmyas, que vous prenez beaucoup de peine inutilement, et que vous « n'avancerez pas beaucoup ».
— Sa Majesté la reine , s'écria Paulet, a des preuves en main de ce qu'elle m'a mandé, et, partant, vous feriez mieux
, de confesser votre faute, la chose est trop notoire. Mais je manderai à la reine votre réponse.
Alors il prit soin de répéter à Marie tout ce qu'elle venait de lui dire, afin de bien s'assurer du sens de ses paroles, et, lorsqu'elle lui eut déclaré qu'il les avait fidèlement reproduites , il se hâta d'aller écrire à la cour pour lui rendre compte de cet entretien *.
^ Journal inédit de Bour^oing,