‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 74 sur 226 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

Elisabeth eut-elle le sincère désir, dans le cas où Marie lui ferait des aveux par écrit » de lui accorder la vie? Si, daus Tespoir de se sauver, la reine d'Ecosse eût pu descendre à une telle humiliation , consentir à un tel mensonge , par là même , elle eût été à tout jamais déclarée inhabile à succéder à la couronne d'Angleterre, et peut-être alors son existence eût-elle pu devenir compatible avec celle d^Elisabeth. Mais il nous paraît plus vraisemblable, eu égard au caractère d'Elisabeth, qu'elle ne voulait arracher un aveu à Marie Stuart que pour éviter le dangereux exemple d'un tribunal jugeant une reine indépendante. Maîtresse d'un tel aveu , elle n^eût pas manqué de le publier dans toute l'Europe , ce qui lui eût alors permis de faire disparaître plus facilement sa victime , sans que personne lui en demandât compte. Mario comprit le piège. Elle estimait d'ailleurs son honneur à un plus haut prix que sa vie. Avant de quitter sa captive, Paulet lui avait annoncé que son maître d'hôtel Melvil lui serait rendu, et, en effet, peu de jours après, il arrivait au château avec sa fille et Marie Pages, filleule de la reine d'Écosbe et fille d'un de ses valets de chambre '. Le retour de ce fidèle compagnon de sa captivité fut une grande consolation pour la reine, mais cette joie ne fut que de courte durée. Paulet ne tarda pas à congédier le cocher de Marie et d'autres domestiques qui la servaient à table. En payant les gages de ces pauvres gens, la reine leur fit quelques libéralités pour les mettre en état de retourner dans leur pays.

Le 22 octobre, Paulet écrivait à AVaUingliain : ■ Je yous envoie la copie oca articles notés par vous, avec les noms des serviteurs de la suite de la reine d'Éi'osse qui sont à Cbartley, et suivant Tordre de milord Trésorier et ® ^^tre, j*ai envoyé deux de mes serviteurs à Chartley pour amener ici

"• kelvin (Melvil), la fille de Bastien, et le serviteur de M. Melvin... Je ^^^ prie de me faire savoir, ajoutait Paulet, si je dois voir souvent ma pri- ^»nierc, ce que je ne désire pas, et je ne vois pas quel bien il peut en ***>tGi^^ du moment que je sais qu'elle se soutient. > The Letter^Books of

^*nins t>oulety etc.

iJiS MARIE STUART.

Ces mesures rigoureuses lui annonçaient qu'elle était à la veille de quelque grave événement * .

Cependant une réunion des pairs et dès légistes, qui avaient . été nommés membres de la commission destinée à examiner Marie, eut lieu à Westminster, le 8 octobre, trois jours après sa formation. Le chancelier y fit un rapide exposé du complot. Il y lut les copies des lettres de Babington à Marie, et les prétendues réponses de celle-ci, les confessions supposées de Babington, les interrogatoires suspects de Curie et de Nau, et il demanda aux membres^présents leur opinion sur la conduite à tenir. Presque tous furent d'avis que la reine d'Ecosse devait

être sur-le-champ mise en jugement*. Alors ils furent requis par le chancelier, ainsi que tous les autres membres de la Chambre des lords, qui n'étaient pas présents, à l'exception de ceux qui exerçaient des fonctions publiques, de se rendre sans délai à Fotheringay et de s'y constituer en cour de justice '. Au grand mécontentement d'Elisabeth et de Burghiey, le comte de Shrewsbury s'excusa d'en faire partie, sous prétexte d'indisposition. Ainsi firent dix autres membres inscrits sur la liste.

Ghàteauneuf, l'ambassadeur deTrance à Londres, s'empressa de prévenir Henri III de l'extrême danger que courait la reine ' d'Ecosse. Ce prince efféminé, et réduit d'ailleurs à l'impuissance par les ligueurs, se contenta d'adresser à l'ambassadeur d'Angleterre une longue harangue dans laquelle il lui déclarait qu'il ne pouvait abandonner sa belle-sœur et son ancienne souveraine*. En même temps, il écrivait à Châteauneuf de tenir le même langage à Elisabeth. Admis en présence de la reine, l'ambassadeur finançais lui lut une lettre de son mattre

^ Journal inédit de Bourgoing»

2 Froude*8 History of England; Reign of Elisabeth^ t. VI.

3 LiHGARDi Ellis, Papiers de Talbot,

^ Mendoza a Philippe H, 20 octobre 1586; Papiers de Simancas, lettre citée par M. Jules Gautbier, t. II.

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