CHAPITRE PREMIEn
lui rendit enfin la liberté. Elle lui écrivit des lettres suppliantes, mais ses lettres restèrent sans réponse.
Lorsque Henri III monta sur le trône, Marie vit luire encore un rayon d'espoir. C'était celui de ses beaux-frères qui lui avait montré le plus d'afiFection. Elle lui écrivit pour le supplier de ne pas reconnaître son fils comme roi d'Ecosse, de former avec elle une ligue secrète pour l'aider à reconquérir sa couronne, et de ne pas renouveler le traité conclu entre Charles IX et Elisabeth en 1572. Mais ce faible prince, d'après les conseils dé sa mère , souscrivit bientôt à ce même traité d'alliance , et Marie, abandonnée par lui, se tourna de nouveau vers Philippe II. De son côté, le pape Grégoire XIII le sollicita de tenter une expédition en Angleterre pour y rétablir le catholicisme, pour délivrer la reine d'Ecosse et la marier à don Juan d'Autriche, l'illustre vainqueur de Lépante. Ce projet ne fut pas mieux accueilli par Philippe que Toffre que lui fit Marie de remettre son fils entre ses mains pour qu'il le ramenât au catholicisme. Rien ne put entraîner ce prince, alors absorbé tout entier par le projet de conquérir le Portugal. Du côté de l'Ecosse , Marie n'eut rien à espérer non plus tant que dura la domination tyrannique de Morton ; mais lorsqu'il eut été renversé par l'influence d'Esmé Stuart d'Aubigny et de James Steward, les deux jeunes favoris de Jacques YI, et qu'il eut porté sa tête sur l'écha&ud , comme complice du meurtre de Damley, Marie entra en relations avec Esmé Stuart. Ce dernier, qui était catholique , avait été envoyé auprès du jeune roi par le duc de Guise, et c'était probablement d'après ses conseils qu'il avait mené à bonne fin cette révolution de palais. Jusque-là Marie avait refusé à son fils le titre de roi. Dans l'espoir de ruiner l'alliance de l'Angleterre avec l'Ecosse et de recouvrer une partie de son autorité, elle consentit à régner conjointement avec Jacques, mais à la condition qu'il ne devrait son titre de roi qu'à elle-même. Elle avait confié au duc de Guise le soin de cette négociation.
15 MAIUE STUART.
En même temps s'ourdissait dans Tombre luie conjuration nouvelle. Rétablir le catholicisme en Ecosse et Marie Stuart sur son trône, tel était le double but que se proposaient les princes lorrains et les jésuites, de concert avec le pape et le éivori de Jacques, Esmé Stuart, récemment créé comte de Lennox. Pour entretenir, en Angleterre, une propagande aussi active que secrète en foveur du catholicisme , deux séminaires de prêtres anglais avaient été établis, Tun en France, à Reims, par le docteur Alleu, Tantre, à Rome, par le pape Grégoire XIII. De ces deux centres partaient des recrues de missionnaires, qui , au péril de leur vie , se répandaient mystérieusement en Angleterre pour y prêcher Tancien dogme. Nombre d'entre eux y cueillirent la palme du martyre , entre autres le jésuite Edmond Campian. Plus heureux que ses compagnons, un autre jésuite , Robert Parsons , avait pu visiter l'Angleterre et l'Ecosse, y étudier à fond l'état religieux des deux pays, sans être surpris, et revenir en Flandre pour y rendre compte de sa mission. «
Au commencement de 1 581 , deux autres jésuites , l'un Écossais, Creigton, l'autre Anglais , Holt, furent envoyés, par le général de leur ordre, auprès de Lennox, pour concerter avec lui les moyens de rétablir le catholicisme et de rendre la liberté à Marie Stuart. Après avoir visité, à Paris, l'agent de cette princesse, l'archevêque de Glasgow, et, à Londres, l'ambassadeur de Philippe II, don Bernardino de Mendoza, ils obtinrent facilement l'adhésion de Lennox, et celui-ci leur promit d'aller en France pour y lever des troupes. Holt et Creigton se rendirent sur-le-champ à Paris, munis de leurs instructions, et chez Tassis, l'ambassadeur d'Espagne, où s'étaient réunis le duc de Guise, l'archevêque de Glasgow et le docteur Allen, on arrêta le plan de l'expédition. Il fut convenu qu'elle aurait lieu au nom du pape seul, et non directement par Philippe II, afin qu'elle ne fût point traversée par Henri III ; que le roi d'Espagne fournirait des subsides pour lever des