CHAPITRE PREMIER
troupes , et que le duc de Guise en serait le chef. Lennox promettait son concours pour lever, de son côté, quinze mille hommes à Tétranger, dans le dessein de rétablir le catholicisme soit en Ecosse, soit en Angleterre, et de foire monter Marie sur le trône d'Elisabeth. Lennox s*ouvrit à Marie de ce projet par UDe lettre qu'elle communiqua à Mendoza, en lui recommandant que TafiEaire fût conduite avec une prudence extrême, car, disait-elle , « il y va de ma vie et de TÉtat entier de mon fils » • L'ambassadeur, fondant peu d'espoir sur ce plan et sur une invasion , se contenta de conseiller un soulèvement simultané en Ecosse et en Angleterre , et il écrivit à Philippe II une dépêche dans ce sens, qui vint augmenter encore les hésitations naturelles de ce prince.
Pendant ce temps-là, quelle était la conduite d'Elisabeth? Après le supplice de Morton, son vieil allié, dont elle avait en vain sollicité la grâce, inquiète du changement qui s'était opéré en Ecosse et qui était si contraire à sa politique, elle eut encore la pensée de faire mettre à mort sa prisonnière, après un simulacre de jugement. Elle s'ouvrit de cet horrible projet à son conseil, mais elle n'osa passer outre. Pour faire face aux dangers dont elle se croyait menacée, elle soufHa de plus en plus la discorde entre la France et l'Espagne ; elle envoya Howard et Leicester, avec quelques troupes, dans les Pays-Bas, pour y alimenter l'insurrection; elle encouragea le prétendant, don Antonio de Grato, à reconquérir le Portugal, dont il avait été expulsé par Philippe II; elle tenta de semer la division entre les deux Baivoris de Jacques YI. En même temps, elle envoyait auprès de sa captive le secrétaire de son conseil, Beale, auquel elle donna pour mission de pénétrer les secrets desseins de Marie et de la leurrer "par de nouvelles promesses de liberté, afin qu'elle renonçât à toute négociation avec les princes catholiques. Marie tomba encore dans le piège. Elle commit la grave imprudence de s'ouvrir à Beale de son projet d'association avec son fils, sans lui laisser deviner pourtant la ligue
secrète qui existait entre le pape , le roi d'Espagne , Lennox et le duc de Guise. Mais déjà, par quelques lettres saisies, Elisabeth était sur la voie de cette vaste conjuration. Maîtresse du secret de Marie , elle fit divulguer aux presbytériens d'Ecosse, par son envoyé Robert Bowes, le projet d'association à la couronne, de cette princesse avec son fils. Aussitôt il se forme une ligue pour maintenir le protestantisme, rejeter l'association de Marie et renverser Lennox. Le jeune roi est enlevé à la chasse, séparé de ses deux fevoris, conduit et enfermé à Stirling, Arran fait prisonnier. Quant à Lennox, il s'enfuit en France, où il trouva bientôt la mort. Jacques était retombé sous le joug d'Elisabeth. A cette nouvelle, Marie perdit tout espoir d'être rendue à la liberté. Jacques YI, prince d'un caractère extrêmement faible et sans la moindre volonté , servit tour à tour d'instrument docile soit aux catholiques, soit aux presbytériens, soit aux Guise, soit à Elisabeth. Comme il n'aimait pas sa mère, dans le mépris de laquelle il avait été élevé, il ne tenta jamais rien de sérieux pour sa délivrance.
Pendant ce temps-là, le grand projet d'invasion, débattu entre Philippe II, le pape et le duc de Guise, suivait son cours. L'exécution en fut ajournée à 1584. Le duc de Guise avait été nommé chef de l'entreprise et demandait cent mille *écus d'or pour l'exécuter. Sur ces entrefisiites , Jacques, ayant pu se soustraire au joug de la faction anglaise, avait repris à la fois son favori , le comte d' Arran , et son projet d'association avec sa mère. En apprenant cette nouvelle, le duc de Guise écrivit au pape que si Jacques n'était secouru à temps, il retomberait aussitôt sous la main d'Elisabeth, et qu'il était utile de se hâter. Il le pressait de lui envoyer les subsides nécessaires, et lui annonçait que la flotte espagnole, portant quatre mille hommes, devait aborder en Ecosse, tandis que l'armée destinée à envahir l'Angleterre par les côtes du nord, où devaient se réunir à elle vingt mille cathoUques en armes, partirait de Flandre, d'où l'on pourrait la secourir. Enfin , il priait Grégoire XIII de lancer, à