‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 83 sur 226 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

femme livrëe à elle-même et sans défense. En parcourant les pièces du procès, il est impossible de ne pas être frappé de la rare présence d'esprit, du courage et de Thabileté avec lesquels, sans amis, sans avocats, Marie Stuart sut disputer le terrain à la subtilité, à la mauvaise foi , à Tacharnement de ses ennemis ' .

Dans Taprès-dlnée, les commissaires envoyèrent auprès d^elle sir Amyas avec le solliciteur Egerton , assistés de Barker et de Stallenge , pour lui annoncer que, sur son désir d'avoir un double de la commission ', ou tout au moins un sommaire des principaux points qu'elle renfermait , le chancelier et le trésorier avaient accueilli sa demande, et que le Conseil avait jugé à propos, en même temps, de lui communiquer le rôle des commissaires, rédigé en latin. Le solliciteur lui expliqua les points essentiels de la commission, qui était aussi écrite en latin. Elle ^tait principalement fondée sur les deux décisions du Parlement , publiées depuis deux années , dont nous avons parlé plus haut. Par Tune, il était défendu de parler des droits éventuels de la reine d'Ecosse à la couronne d'Angleterre , du vivant de la reine Elisabeth; par l'autre, ordonné que si quelqu'un, de quelque état, qualité ou dignité que ce fût, au dehors ou au dedans du royaume, attentait à la vie de la reine Elisabeth , ou consentait simplement à ce crime , un jury eiKtraordinaire, composé de vingt-quatre personnes, aurait le droit de se prononcer sur la question. « Et partant, était-il dit dans Tacte, Marie Stuart, soi-disant reine d'Ecosse, fille de Jacques cinquième, étant accusée d'avoir consenti à l'horrible complot ayant pour but la mort de la reine d'Angleterre et l'invasion du royaume , sera interrogée par les commissaires

* TmER, t. VIII.

' Marie, à la fin de sa troisième réponse aux commissaires, lear srsnt demandé un double de la commiasioa ou «Dut «u moins un sommaire , afin qu^elle pût y réfléchir, ajoutant qu'elle .donnerait sa réponse définitive dans la soirée. Labasoff, t. YII, p. 42.

sur ce &it et il sera procédé à Tinquisition de ce, pour en juger, selon quHls trouveront bon '• » Ils lui donnèrent ensuite lecture d'une partie de la commission.

Marie ne récusa aucun des commissaires , mais elle s'éleva avec énergie contre la loi récente sur laquelle reposait tout entière Tautorité de la commission. Elle dit que cette loi était injuste , imaginée et forgée de parti pris contre elle , qu'elle était sans exemple et telle enfin qu'elle ne s'y soumettrait jamais. Elle leur demanda en vertu de quelle loi ils entendaient procéder, si c'était par la loi civile ou par la loi canonique.. a En ce cas , dit-elle , il faudrait que l'on envoyât chercher desinterprètes à Pavie, à Poitiers ou dans d'autres université» étrangères, car en Angleterre on n'en saurait trouver deconvenables*.» Elle ajouta qu'il était manifeste, d'après les termes mêmes de la lettre de la reine d'Angleterre , qu'elle était présumée coupable du crime qui lui était imputé , avant même qu'elle eût été entendue ; c'est pourquoi , disait-elle , elle ne voyait aucune raison de comparaître devant eux. Elle leur demanda des explications sur certains passages de la lettre de la reine , qu'elle n'avait pas bien compris. « Elle les avait notés, disait-elle, à la hâte, par fragments et séparément;, mais elle ne voulait pas leur remettre ces notes par écrit, car il ne convenait pas à sa royale dignité de remplir, dans cette af&iire, les fonctions d'un scribe, en l'absence de ses secrétairesdont elle était privée '.s

Les délégués du Conseil [étant revenus dans l'après-midi,, en moindre nombre que le matin , et avec les mêmes cérémonies, la reine leur demanda avec une grande force de logique ce qu'ils entendaient par ce mot de protection qui se trouvait

1 Journal inédit de Bàurgoing^ et CAMDEti, d'après ie registre de Barker.

' Ibidem.

3 Journal inédit de Bourgoing; Camden, d*aprèâ Barker, et Howbll's State Trials, t. I.

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