CHAPITRE NEUVIEME
dans la lettre d*ÉIisabeth : a Je suis venue en Angleterre » dit-elle; pour demander secours et assistance, et j'ai été aussitôt emprisonnée. Est-ce là une protection ' ? »
Burghiey, pris à Timproviste, essaya d'éluder la question par UD détour. « J*ai lu , dit-il , cette lettre, et celle qui Ta écrite a fort bien entendu ce qu'elle a écrit. Nous ne sommes point assez présomptueux pour oser interpréter les lettres de notre maîtresse ; un tel rôle ne nous appartient pas ; ce n'est point aux sujets à expliquer les lettres de leurs souverains. Ejus est explicare cujus est condere allegaiionem. Nous ne sommes venusque pour entendre la cause*. »
Il importait au plus haut degré à Marie d'obtenir de Burghley une explication nette et précise sur ce point, a Vous êtes trop avant dans les Conseils de la reine d'Angleterre, lui ditelle, pour ne pas savoir quelles sont ses volontés , et puisque TOUS et les autres lords êtes investis du mandat dont parle votre commission , comment n'auriez-vous pas le pouvoir d'interpréter une lettre de votre reine • ?
— Tout ce que je puis dire , répondit Burghley, c'est que , dans l'intention de la reine ma maîtresse, toute personne qui est en son royaume est sujette aux lois. » Et il demanda à Marie d'un ton impérieux : « Voulez-vous ouïr Texamination ou non? nous sommes venus seulement pour cela afin de procéder outre*.
— Cette lettre, s'écria Marie, est de l'invention de M. de Walsingham, qui m'a confessé être mon ennemi, et, pour cela,.
1 Joum/al inédit de Bourgoing, Tytler dit que l'interlocuteur de la reine,, à ce moment, était lord Bromley; mais ce doit être une erreur. Ce dernier était d'an caractère bien moinn âpre que Buiighley, nommément désigné dan», le Journal de Bourgoing.-
^ Journal inédit de Bourgoing,
3 ibidem. Tous ces détails ne sont ni dans Howell ni dans Hardwick.
^ Ibidem,
je le tiens pour suspect, et je sais bien ce qu^il a fait contre moi et contre mon fils * . »
A ces mots, les seigneurs, tout surpris de la vivacité de lattaque, s'interrogèrent entre eux pour savoir si Walsingham se trouvait, en effet , ou non, à Londres, au moment où avait été écrite la lettre d'Elisabeth» oiais aucun d'eux ne put rien dire de certain sur ce point '•
Elle demanda ensuite en vertu de quelle autorité ils procé> deraient. Il lui fut répondu que ce serait en vertu de la commission et de la loi commune de T Angleterre. « Mais, dit-elle, vous faites des lois à votre gré, et je n'ai aucun motif de m y soumettre, puisque les Anglais, au temps passé, oot refusé de reconnaître la loi salique de France. Et si vous voulez procéder suivant la loi commune de l'Angleterre , il faut que tous produisiez des précédents et des exemples, car la loi se compose, en grande partie, de coutumes et de faits anciens. Si c'est suivant la loi canonique , elle ne peut avoir d^autres ioterprètes que ceux qui l'ont faite'. Seuls, les catholiques de l'Eglise romaine ont le droit de l'expliquer et de l'appliquer*.» Burghley lui répondit que les Anglais usaient ordinairement du droit canon , et qu'ils le suivaient en beaucoup de matières et d'affaires , telles que mariages et autres, mais non en ce qui touchait à l'autorité du pape, qu'ils ne reconnaissaient pas*. « Par conséquent, lui répliqua Marie, vous ne pouvet vous servir du droit de celui dont vous ne reconnaissez pas l'autorité. Seuls le pape et ses mandataires peuvent interpréter le droit canon , et je ne sais personne en Angleterre qui ait reçu du Souverain Pontife un tel pouvoir*. »
* Journal inédit de Bourgoing*
2 Ibidem. . ,
^ Journal inédit de Bourgoing, et Howbll's State Triais^ t. I .
^ Journal htédit de Bourgoing,
* Ibidem.
^ Ibidem, Tous ces détails ne se trouvent que dans le Journal de, Bif^rgçiug*