CHAPITRE NEUVIÈME. W
Hatton , en touchant précisément à cette question délicate de rhonneur de la reine, avait donc frappé juste. Ce fut sous Tin*^ fluence de ses paroles que Marie, au dernier moment, se décida à comparaître devant les commissaires.
Dans la matinée du 14, elle envoya donc chercher les délégués des seigneurs. Parmi eux se trouvait Walsingham, Todieux auteur de cette monstrueuse trame. C'était la première foî& qu'il osait se montrer devant sa victime. ,
Voici textuellement le discours que la reine adressa aux commissaires, tel que l'écrivit certainement, sur une minute, ou sous sa dictée, son fidèle médecin, devenu son unique secrétaire depuis l'arrestation de Curie et de Nau :
i Messieurs , considérez la qualité dont je suis , étant reinenée, étrangère, proche parente de la reine, ma honne sœur, je ne puis que je ne m^offense de la façon dont on procède à mon endroit, et ne puis que je ne refuse votre assemblée et votre façon de procéder, comme n'y étant tenue, ni sujette à Tos lois, ni à la reine, et ne puis répondre sans préjudicicr à mon état de moi et des autres rois et primats de ma qualité. Et comme de tout temps j'ai eu mon honneur en recommandation , pour Jequel défendre je n'épargnerai ma vie , et plutôt que de faire tort aux autres princes et à mon fils, je suis prête de mourir et endurer tels tourments que Ton voudra, s'il est ainsi que la reine, ma bonne sœur, ait quelque mauvaise opinion de moi et qu'elle ait été mal informée, et que j'aie attenté quelque chose à Tencontre de sa personne, pour lui faire paraître de mon innocence et du bon vouloir que je [lui porte] et lui ai porté, comme j'ai démontré, par plusieurs fois en mes offres que je lui ai faites et par mes déportements ; afin aussi qu'on ne pense que je refuse de répondre pour ce que je suis coupable, et que l'on pense que l'ambition m'ait induit à faire aucun acte [reprochable] ou indigne de ma sacrée personne, j'offre de répondre à ce point seulement i.sur la vie de la reine, de
quoi je vous jure et proteste que je suis innocente, et non d^autre chose que ce soit, quelque intelligence, amitié ou accord que j'aie eu envers les autres princes étrangers. En fisiisant protestation de ceci, j'en demande acte par écrit '. »
Les délégués des commissaires, enchantés de l'avoir amenée au point où ils voulaient, lui répondirent {/u'ils ne V inquiéteraient d! autre choie que ce soit, et qu'ils n'avaient d'autre mission que {télucider si elle était coupable ou non. Ils lui assurèrent de nouveau que leur mattresse serait bien contente ; qu'elle avait dit qu'elle trouvait cette entreprise bien étrange et qu'elle ne l'eût pas pensé » . Enfin ils lui promirent de recevoir sa protestation, « et l'engagèrent à se préparer pour venir au Conseil ' » .
Burghley lui demanda subtilement si elle comparaîtrait dans le cas où sa protestation serait reçue par le Conseil et mise en écrit, sans être pourtant admise en droit '.
La reine demanda aux délégués s'il fallait absolument qu'elle se rendit dans la salle du Conseil , contiguë à sa chambre. Ils répondirent que l'on ne pouvait faire autrement, que cette salle , assez vaste , avait été disposée pour les recevoir et que là ils l'entendraient , comme si la reine d'Angleterre était présente, afin de pouvoir lui adresser un rapport. Sans attendre la réponse de Marie , ils allèrent soumettre aux commissaires cette nouvelle protestation, et presque sur-le-champ ces derniers envoyèrent avertir la reine que cet acte serait consigné par écrit; puis, ils la sommèrent de nouveau de se rendre auprès d'eux *.
La reine céda enfin et promit « d'aller incontinent qu'elle
1 Journal inédit de Bour^oin^.
2 Ibidem. Les documents anglais sont muets sur ces détails. * Howkll's State Trials; Gamoek.
^ Journal inédit de Bourgoing, .