CHAPITRE DIXIEME
conspire contre la vie de la reine d'Angleterre. Elle soutint qu'afin de prouver un tel fiaiit , il fallait que Ton produisit des lettres écrites et sig^nées de sa propre main; qu'elle n'avait envoyé aucun secoure à Ballard et qu'elle ne le connaissait même pas; que beaucoup d'inconnus lui avaient, il est vrai, offert leurs services, mais qu'elle n'avait suborné personne, ni excité qui que ce fût à conspirer en sa faveur; que, prisonnière comme elle l'était, elle n'avait pu ni connaître ni empêcher les
convaincue, ajoutait-elle, que sur sa propre parole ou son écriture, et elle était sure qu'ils n'avaient ni Tune ni l'autre h lui opposer ». (Hardwick\s Papers, t. 1, p. S24 et suiv.) Lorsqu'elle répondit à Gawdy qu'elle n'avait pas reçu une telle lettre, ni fait une telle réponse, any such letter, si une telle déclaration est vraie, elle voulait dire par là que les deux lettres avaient été falsifiées. (Hosack, t. II, p. 423, note; J. Gauthier, t. II, p. 433, texte et note 3.) Une lettre de Burghley adressée à Davison, le 15 octobre, dernier joar du procès, est absolument conforme à la version des Papiers cTHardwick. I Cette reine du cbâteau, lui disait-il, fut contente de paraître devant nous en public, afin d'être entendue pour sa défense; mais elle ne répondit que négativement sur les poit\ts des lettres qui concernent les complots contre Sa Majesté la reine» Elle soutint quils n'avaient jamais été écrits par elle et quelle n*en avait jamais eu la moindre connaissance. » (Gotton. Lib. mss., Califfula, G. iT, fol. 533.) Ainsi donc, deux témoignages contradictoires sont en présence. Les procès- verbaux officiels du procès et le Journal de Bour^ going sont d'accord, sur ce point, que Marie nia absolument qu'elle eût reçu des lettres' de Babington et qu'elle lui eût répondu. Les Papiers d'Hardwick disent, au contraire, que Marie nia seulement avoir reçu de Babington une telle lettre (celle qu'on lui présentait en copie), et avoir écrit une telle réponse (celle également en copie que l'on plaçait sous ses yeux). Sur ce point, la version de Burgbley est à petif près conforme à celle d'Hardwick. D'après lui, Marie reconnut avoir reçu la lettre de Babington et y avoir fait réponse: elle ne nia que les passages de sa réponse relatifs au meurtre d'Biisabeth. Le récit des Papiers (CHardwick et celui de Burghley sont assez plausibles et vraisemblables, car il est difficile d'admettre que Marie ait pu soutenir devant set juges, dont plusieurs savaient le contraire, qu'elle ne connaissait pas Babington, puisqu'elle l'avait certainement vu cbez le comte de Shrewsbury, lorsqu'il était page de ce seigneur, et que, de plus, elle avait été en correspondance, à la même époque, avec ce même Babington, ainsi qu'il résulte du Recueil de Murdin, formé en partie avec les papiers de Burghley. Peut-être Marie ne parla-t*elle jamais à Babington, mais à coup sûr elle se servait de
complots ' . ff II est possible , ajouta Marie , que Babington ait écrit la lettre dont vient de parler l'ayocat de la reine , mais qu'il prouve que cette même lettre a été entre mes mains * ; quant à mes propres lettres, quUl se hâte de les produire et de me les montrer, et je me défendrai '• »
Alors, un justicier, qui portait le même costume que Gawdy, le sergent royal *, lut, u mais en copie seulement *, la longue lettre du 6 juillet, dans laquelle Babington avait communiqué à Marie le but du complot et ses moyens d'exécution, et aussi la lettre du 17 juillet que, suivant V accusation, elle avait adressée à Babington pour Tentretenir dans son dessein * » •
Lecture fut ensuite donnée des confessions vraies ou supposées de Babington , de Tichboume, de Ballard et de Down ^.
lui, lorsqu'il était page de Shrewsbury, pour faire parvenir ses lettres. Dans tons les cas, elle nia énergiquement, jusqu'à la fin, toute complicité avec lui dans le projet du meurtre d'Elisabeth.
D'un autre côté, le Journal de Bourgoing est trop explicite et trop d'accord avec les procès- verbaux rédigés officiellement par le notaire Barker, pour que l'on ne soit pas obligé d'admettre que la reine se renferma, au moins pendant la première journée des débats, dans des dénégations absolues et sans nuances; qu'elle nia, en un mot, avoir reçu une lettre de Babington et y avoir répondu.
^ Howell's State Trials, t. I, etc.; Camdkn, d'après Barker; Gh^tbaureuf,. dans Tedlet, t. IV, p. 508; Ck)TTON. Mss. Caligula, G. ix, fol. 333.
3 C4MDBN, d'après Barker.
3 Tttler, t. y III; Camden, dans Kemnet; J. Gauthier.
^ Journal inédit de Bourgoing,
^ Copies of letters, etc.; Howell's State Trials, etc., t. I. Voir dans ce recueil, t. I, la lettre de Babington à Marie Stuart.
^ M. MiGNET, Histoire de Marie Stuart, t. II, p. 313 de r.édition de 1854. On voit, par ce passage textuel de l'illustre historien, qu'il a lui-même des doutes sur l'authenticité de la réponse attribuée à Marie Stuart. Plus loin, cependant, il la considère comme ayant été entièrement dictée par la reine.
7 HowELL, ibid. Alors, dit Bourgoing, le sergent royal fit lecture ■ de certaines lettres quil disait que Babington avait dictées avant que mourir, n* ayant aucun original, mais seulement comme s'en souvenant bien, et n'étant en aucune sorte contraint , ains de bonne volonté ». A ce moment,