CHAPITRE DIXIÈME
Marie avoua qu^elle avait correspondu avec plusieurs personnes y mais qu'on ne pouvait induire de là qu'elle eût participé à leurs mauvais desseins.
On lui soutint qu'elle avait écrit à Babington , « depuis le mois de mars passé , pour lui Éadre prendre cœur et renouer avec lui des intelligences qu'il avait négligées pendant trois ans, craignant pour sa vie ^ » • L'attorney général Puckering et lord Burghley prétendirent que rien ne pouvait être plus clair que l'évidence ainsi produite, et , partant , que l'adhésion de la x'eine d'Ecosse au complot était certaine *.
Avec une grande présence d'esprit, Marie répondit sur-le- <îûamp , sans hésiter, que t évidence qu'ils disaient avoir démonte n'était que de seconde main ; qu'ils ne. produisaient que ^es copies d'une prétendue lettre que lui aurait adressée un ^^'itime qu'elle n'avait jamais vu et une réponse imaginaire /qu'elle n'avait jamais écrite. Était-ce donc une évidence, iahriifxée de la sorte, que Ton devait invoquer contre elle '? Si de pareils originaux ont existé , s'ils ont été saisis à Ghartley, au moment où elle les a écrits , il ne tient qu'à eux de les produire. Si la lettre de Babington est en chiffres, comme ils l'ont allégué , qu'elle lui soit montrée pour qu'elle puisse la compati! fallait en croire les Papiers fort suspects d*Hardwick, la reine aurait aToué, ce qui n*est constaté nulle part ailleurs, qu'elle s'était serrie de Sabinffton comme d'un agent, pour porter ses lettres et ses paquets.
1 Journal inédit de Bour^oing* Voir dans Labaroff, t. VI, p. 345 et 385, les lettres à Babington, attribuées à Marie Stuart. La dernière, du 17 juillet 1586, est celle qui a été falsifiée et interpolée par Phelipps, ainsi que Ta fait d'abord remarquer Camden, et après lui M. Fraser Tytler, qui a retrouvé dans les archives d'Angleterre le posUscriptum faux , rédigé et écrit par Phe- Upps. Le prince Labanoff a publié ces textes en plaçant entre des crochets les parties interpolées.
^ Tttlbb, t. VIII. La question des interpolations ne fait pas l'ombre d'un 4oate pour les deux plus savants critiques qui l'ont étudiée, pour MM. Hosack et Jules Gauthier.
^ Advis de ce qui m. été fait en Angleterre par M, de BeUièvre sur les affaires df la reine d^Ecoue, publié dans Eobutok, p. 98 et 103.
rer avec la copie quUls ont entrç les mains. Si la réponse qu'elle aurait adressée à Babington est aussi en chiffres , pourquoi Toriginal , qu'ils disent avoir intercepté , n'est-il pas produit sur-lechamp? Ses ennemis, d'ailleurs, n'ont-ils pu se procurer ses chiffres et en user par quelque machination contre elle ' ? Que si elle est en droit d'exiger l'original de la lettre de Babington, à plus forte raison ses ennemis sont-ils obligés de mettre sous ses yeux l'original de la réponse qu'elle lui aurait envoyée. Alors, elle pourrait confronter les originaux avec les copies et se défendre en connaissance de [cause. Jusque-là, elle doit se borner à affirmer solennellement 'qu'elle n'est coupable d'aucun des crimes qu'on lui impute '.
« Je ne nie pas , ajouta-t-elle en fondant en larmes , avoir désiré ardemment la liberté et avoir travaillé avec énergie à me la procurer. J'obéissais à un sentiment bien naturel ; mais je prends Dieu à témoin que je n'ai jamais ni conspiré contre la vie de votre reine , ni approuvé un complot contre elle dans le même dessein. J'ai écrit à mes amis, je le confesse ; j'ai £aiit appel à leur assistance pour me tirer de ces misérables prisons où je languis depuis près de dix-neuf ans; j'avoue aussi que souvent j'ai plaidé la cause des catholiques auprès des rois de l'Europe , et que , pour les délivrer de l'oppression où ils gémissent, j'aurais volontiers versé mon sang pour eux. Mais je déclare formellement n'avoir jamais écrit les lettres que l'on produit contre moi. Puis-je être responsable des criminels projets de quelques désespérés, formés en dehors de ma participation et à mon insu •? »
1 GamdeK) d'après Barker, et Advis de M, de Beliièvre, dans Egerton, p. 98 à 103. « Ce Phelipps, disait Marie, n*a jamais rien déchiffré de bon pour mon compte. »
2 Camden, p. 323, et Àdvis de M, de Belliêvj-e, dans Egerton , p. 98 et 103 ; Jules GAUTniER, t. II.
'^ Àdvis de M, de Betlièvre, dans Egerton, p. 103; Camden,' dans Kenstet, p. 527; Jnle» Gauthier, t. II.
Marie connaissait-elle le projet de meurtre? Il semble qu'elle devait an