‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 99 sur 226 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

En ce qui touche le point capital , Taffirmation de la royale accusée était si vraie, que Ton sait aujourd'hui, à n'en pas douter, que la copie de la lettre chiffrée, du 17 juillet 1586, attribuée à Marie Stuart et adressée à Babington , qui fut produite aux débats, était falsifiée par Phelipps \ Déjà, à la fin du seizième siècle , Gamden , qui écrivit son Histoire d'Elisabeth d'aprè« les documents originaux des archives d'Angleterre, notamment d'après les papiers de Burghiey, Thonnéte protestant Camden déclarait, comme nous l'avons dit déjà, que Walsingham et son affidé, après avoir intercepté et ouvert la lettre de la reine d'Ecosse à Babington , y ajoutèrent frauduleusement un /^o^f-^criy^/iim écrit avec le même chiffre et dans lequel il était question des six gentilshommes qui devaient tuer Elisabeth. Camden découvrit ce post-scripium , qu'il qualifie de faux, dans les archives de l'Etat. De nos jours, M. Frazer Tytler, à qui l'on doit la meilleure histoire d'Ecosse, a retrouvé, au State Papers Office, cette même lettre avec le post^scriptum,

moins en soupçonner quelque chose depuis les lettres de Morgan, du 4 juillet, à elle «idrcssées et à Curie, à supposer, comme nous l'avons dit, que ces lettres fussent authentiques. Quant au témoignage de Nau sur ce point, M. Jules Gauthier a Tobligeance de me faire remarquer plusieurs contradictions dans ses dépositions qui les rendent suspectes, et sa supplique, bien qu*autographe , n'offre pas, suivant lui, un caractère de vérité absolue, car Nau pouvait fort bien Tavoir écrite pour se dégager et sous la crainte de la torture. Tytler est persuadé que Marie ne sut rien du complot de meurtre. Dans son Appendice, relatif à cette question, il dit que d'après un Sommaire de la main de Phelipps, il est certain que les ministres d'Elisabeth avaient entre leurs mains un Mémorandum des principaux points de la lettre, et que le Mémorandum était de la main de Nau, et non de celle de Marie. Ce qui viendrait à l'appui de l'opinion de Tytler, c'est le passage de la lettre de Harie à Babington où elle dit : Si cette reine me prenait derechef, etc. Cette phrase exclut la pensée que Marie connût le projet de meurtre; elle est en formelle contradiciion avec les passages interpolés.

^ Voir cette lettre dans Labanoff, t. VI, p. 387 et 389, ainsi que la dissertation qui la suit.

qu'il déclare être écrit de la main même de Phelipps. Ce commencement de faux est avéré, prouvé et certifié, non-seulement par plusieurs historiens, mais par les archivistes euxmêmes du State Paper s Office où est déposée la pièce, a Ce post'Scrîptum, dit M. Tytler avec une force de dialectique à laquelle il est impossible de ne pas se rendre , ce post-scrîptum était, de toute nécessité, ou un original de Marie, ou une copie authentique de cet original, ou une invention. Si c'était un original de la main de Marie, ou une copie authentique, pourquoi ne Tavoir pas produit au procès? Gela impliquait la complicité de Marie avec les six conspirateurs associés de Babington et aurait servi de preuve à Taccusation. Mais aucune mention n^en fut feiite au procès, et Ton peut conjecturer de ce silence qu'après avoir exercé son habileté dans cette fabrication, Phelipps changea de batterie pour établir la culpabilité de la reine d'Ecosse, et introduisit dans le corps de la lettre le post'Scriptum lui-même, cette invention se rapportant et la rattachant aux six conspirateurs qui devaient assassiner Élisa^ beth '. » Ainsi donc, les interpolations signalées par Tytler et .le prince LabanofF, dans la lettre du 17 juillet 1586, nous semblent manifestes , non-seulement par ce que vient de dire le premier, mais encore , comme l'ont si bien prouvé le prince LabanofF et M. Jules Gauthier, parce qu'elles ne concordent pas avec le sens général du texte , et qu'elles sont même en contradiction flagrante, surtout la dernière, avec ce qui précède et ce qui suit.

Tous les originaux des lettres écrites par Marie Stuart à Mendoza, à Charles Paget, etc., etc., qui furent saisis à leur sortie de Ghartley, furent tous produits aux débats, tous, à

^ Tytler, vol. VIII, Historical Remarks on <he i^ueen of Scott supposée accession to Babington s conspiracy, p. 390. Voir aussi LABàNOFF, t. VI, p. 385 et suivantes, ainsi que notre chapitre consacré à la conspiration de Babington.

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rezception des deux lettres les plus importantes , c'est-à-dire la lettre de Babington à Marie et la réponse de cellé-ci à Babington. Ces deux dernières ne furent produites aux débats qu'en copies. Si l'original de la lettre de Marie, du 17 juillet, ne fut pas mis sous les yeux des juges à Fotheringay, c'est que , évidemment, il ne contenait pas les passages incriminés. Insistons sm* ce point capital de la solution duquel dépend la démonstration de la vérité. Si Walsingham et Phelipps avaient eu en main une lettre en chiffres, écrite par Curie ou par Nàu, dans laquelle la reine d'Ecosse eût consenti au meurtre d'Elisabeth^ ne serait-il pas de toute invraisemblance qu'ils s'en fussent dessaisis pour l'envoyer à Babington , ainsi que Phelipps, afin de donner le change, le prétend dans une lettre? Ne serait-il pas impossible de supposer que des hommes si habiles, si prudents, aient pu renoncer à la pièce qui, à défaut d'une lettre écrite de la main de Marie Stuart, était la plus importante, la plus essentielle du procès? Donc, si l'on tint soigneusement cachée la lettre écrite par Curie , c'est qu'évidemment elle ne renfermait pas les passages incriminés. Ce fut uniquement sur une copie que s'appuya l'accusation et que fut motivée la condamnation.

Pendant la lecture de la confession vraie ou feusse de Babington, lorsque mention y fut faite du comte d'Arundel, de ses frères et du jeune comte de Northumberland , comme impliqués dans le complot, la reine ne put retenir ses larmes : « Hélas! s'écria-t-elle, pourquoi &ut-il que cette noble maison d'Howard ait tant souffert pour moi! » « Babington, repritelle , a pu confesser ce qu'il a voulu ; et c'est un insigne mensonge que de supposer qu'il ait pu imaginer les moyens de fiiite dont on parle; mes adversaires ont pu fecilement s'emparer des chiffres que j'ai employés en écrivant à d'autres personnes et s'en servir pour écrire des choses fausses. Est-ii vraisemblable que j'aie réclamé l'assistance d'Arundel que je savads être en prison ou celle de Northumberland qui est si

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jeune et qui m'est inconnu '? Ai-je pu vémfier si .la confeseion de Babingtoh est ou non écrite de ^ main? 8i Babington .a véritablement avoué de pareilles choses^ pourquoi a-nt-il été mis à mort avant d'être (Confronté avec »moi pour qu'il pût les soutenir en ma présence et me oonvainore? C'est ipour«mpécher cette confrontation, qui 'Cût fait éolater au grand jour la vérité, que l'on «'est hàlé deleiiaiFe disparaître^. »

Un statut du règne d'Elisabeth (16' année) contenait tex. tuelLonfient cette disposition : « Nul ne (pourra être convaincu de complot contre la vie de ^son souverain que par le témoignage et le serment de deux témoins confrontés avec bii, conformément à Ici loi, » Un autre statut tdu règne d'Édouavd VI ordonnait aussi la confrontation des témoins avec l'accusé , et un autre, de la première année de Marie Tudor, exigeait « que l'accusé fût pourvu de toute l'assistance nécessaire pour sa défense, même dans le cais où le souverain serait rsa partie adverse ' » . Marie ignorait l'eKistence de lous oes statuts, et, parmi tous ces juges iniques, il n'y «en eut pas un seul pour l'éclairer !

Peu touchés des justes récriminations et des arguments déoisifs que faisait valoir pour sa défense la royale accusée, Burghley et ses séides s'acharnaient avec l'ardeur d'une meute sur cette noble proie. Ils ne cessaient de la presser et de .la harceler sans paix mi trêve. Ils lui coupaient la parole, iU voci« feraient tous à la fois «ans l'éooutQr, et trépignaient «t s'agitaient sur leurs sièges coonme dés furieux. Pendant les deux ilongues journées que dura cette dérisoire procédure , Ja rmalheureuse princesse, seule et saas défense, fut livrée ^ dans oue lutte inégale, à oes juristes sans conscience et saos pitié qui «osaient prendre le nom de juges. Bourgoing, qui assiâtatt aux

' HowELL*8 State Triats, etc., t. I.

^ iGamde» et Jutes Gautoibs, t. II.

3 Bmoksvoiie, ^61. IV, p. .352.

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