PRÉFACE
J e dois cette Tragédie à Schiller. J’aime à reconnaître hautement que l’invention lui en appartient, et qu’il y ÿ peu de scènes dans mon ouvrage qui ne m’aient été prêtées ou inspirées par le sien. Il existe une traduction de sa Marie- Stuart : le public décidera si j’ai eu raison , tantôt de suivre de près Schiller , tantôt de l’abandonner entièrement. Je rendrai peut-être compte plus tard des différences que deux systèmes de théâtre tout -à-fait opposés ont dû nécessairement établir entre nos deux ouvrages, tant sous le rapport de l’ordonnance et des caractères , que sous celui de l’exécution et des détails. Les critiques français m’ont reproché une imitation trop suivie de la pièce allemande; les critiques étrangers trouveront peut-être que je ne l’ai point assez imitée : j’aurai quelque chose à dire en ma faveur aux uns et aux autres. Quant à présent , il me suffit de faire hommage à Schiller de cette Tragédie, et de reporter à leur premier auteur les applaudissements quelle reçoit , et les larmes quelle fait couler.
Vj PRÉFACE.
s C’est avec une sorte de défiance que j’offre au public mon ouvrage, dépouillé du prestige de la scène, et du charme que de beaux, talents lui ont prêté. Quand on a réussi au théâtre , on n'a qu’à moitié réussi : il reste à subir une épreuve difficile , celle de la lecture. Ce nouveau succès peut seul rendre l’autre durable; et il me sera d’autant plus précieux, si je l’obtiens, qu’il me semblera plus particulièrement à moi.
Quel que soit le jugement que l’on porte de cette pièce, peut-être nie saura-t-on gré d’avoir essayé un rapprochement entre la Melpomène étrangère et la nôtre; d’avoir opéré l’alliance de deux muses qui semblaient ennemies irréconciliables, et enfin d’avoir introduit sur le théâtre français, sans blesser la sévérité de notre goût et de nos règles, des formes et des couleurs qui manquaient à notre littérature dramatique, et que je crois indispensables à la tragédie moderne. le n’étais pas sans quelque crainte en entrant le premier dans une route nouvelle; j’avais besoin de m’appuyer sur la force d’un autre; je ne me suis pas senti, je l’avoue , le courage de courir seul les risques d’un essai qui ne paraissait pas sans danger.
Je ne saurais finir sans parler de l’ensemble rare avec lequel cette tragédie a été représen-
PRÉFACE. vij
tée , et sans acquitter ma dette envers tous ceux qui lui ont prêté leur appui. Certes, je dois une' grande reconnaissance à l’actrice admirable qui a répandu tant de âiarrae et de pathétique sur le rôle de Marie; et à l’étonnant acteur dont le talent prodigieux a protégé un personnage qui, nouveau sur notre théâtre, avait besoin, pour y être accueilli avec faveur, de tout le génie d’un Talma.
Personnages. ■ Acteurs.
ÉLISABETH , reine d’Angleterre. M m ' Paradol. MARIE STUART, reine d’Écosse. M' Ue Duchesnois. ROBERT DUDLEY, comte de Leicester , grand écuyer d’Angleterre. Tai.ma.
CÉCIL , baron de Burleigh , ,
grand trésorier d’Ang|eterre. Saint-Eugène.
MELVIL , ancien surintendant de '
la maison de Marie. Desmousseaux.
AMI AS PAULET, gouverneur du , château de Fotheiângay. Dumilatre.
GEORGE MORTIMER, neveu de sir Amias Paulet. • Michelot.
ANNA KENNEDY, noumcç de
la reine d’Écosse. . M me Tousez.
Seigneurs et dames de la suite de la reine d’Angleterrè,
Femmes et domestiques de la reine d’Écosse.
Le Schérif du comté, gardes, pages , écuyers , etc.
La scerte est en Angleterre ( i58y ) au château de Fotheringay. Le premier et le cinquième acte se passent dans l'appartement de Marie; les antres, dans une salle ouverte de toutes parts sur les jardins de Fotheringay.