SCÈNE PREMIÈRE
anna,paulet.
( Deux domestiques de Paulet, traversant le fond du théâtre , emportent une cassette et des papiers ).
, ANNA. %
essez, au nom du ciel , et daignez m’écouter! son malheur encor pourriez-vous ajouter !
Quand j’ai vu sans effroi ma reine infortunée Du château de Talbot dans le vôtre amenée ,
Mon espoir vainement nous avait-il promis Une prison plus douce et des cœurs plus amis P Est-ce enfin pour servir une implacable haine ' ' Marie Stuart. „* , , x.
Que vous avez reçu la g^ie de ma reine ?
Sa fidèle nourrice embrasse vos genoux;
Ne nous ravissez pas...
paclet , la relevant.
' i ' Madame !
ANNA
Rendez-nous
Ces lettres, ces écrits, ces secrets caractères,
De ses longs déplaisirs tristes dépositaires ;
Et ce bandeau royal de fleurs de lys orné ,
Dont son front fut jadis en France couronné.
Hélas ! de ses beaux jours, de son ancienne gloire Il lui vient quelquefois rappeler la mémoire;
C’est le seul souvenir qu’elle en ait conservé :
Faut-il que par vos mains il lui soit enlevé !•
PAULET
Mon devoir est sur moi plus fort que vos prières. * J’ai des ordres, madame.
ANNA
O comble de misères!
O crime ! à voir ces murs à peine ouverts au jour, Qui croira!,- qu’une reine y fasse son séjour !
A tant de maux , grand dieu ! l aviez-vous destinée , Cette belle Marie , au berceau couronnée ,
Qui vit de son enfance adorer les désirs,
Qu’éleva Médicis au milieu des plaisirs ,
Et qui, de trois états la joie et l’espérance,
Fut reine d’Angleterre et d’Ecosse et de France.