ACTE' II',’ SCÈNE
> LEICESTER
Mortimer.... Mais d'abord , parlez, quel intérêt •A suivre son parti vous excite en secret ?
MORTIMER
, Quel intérêt, milord x dans son parti m’entraîne ? Celui que prçgd la France à son ancienne reine , Celui du roi son frère , et des princes lorrains ,
Qui daignent confier son salut à mes mains :
«-Quel intérêt? celui de la foi catholique Qui rejette du trône une reine hérétique,
De cette ardente foi qui brûle dans mon sein ,
Et fit naître , et nourrit, et guide mon dessein: Quel intérêt? celui de ma chère patrie j Par une usurpatrice indignement flétrie ;
Celui de tant d’amis^ de tant de jeunes cœurs ,
De Marie en secret généreux défenseurs , . .
Qui ne veulent , pour prix d’un dévoûment fidèle , Que vivre, que combattre et que mourir pouf elle. Eh ! quel homme si faible, à son céleste aspect , Ne sentirait, frappé d'amour et de respect, L’impérieux besoin de dévouer sa vie j
A la religion pour qui souffre Marie ! >
Voilà quel intérêt m’excite et me conduit. * ’ ■
LEICESTER. ,
Donnez-moi votre mai£ Déjà j’étais instruit <
Que vous avez de ^ome embrassé la croyance.
Pardonnez, Mortimer, un peu de défiance; ,
En cette cour jalouse , entouré d’ennemis ,
Quelque soupçon d’abord a pu m être permis ;
Mais je puis désormais dépouiller toute feinte :
3a MARIE STUART,:
A l’ami de Stuart je me livre sans crainte.
Ma conduite présente étonne vos esprits,
• Et d’un tel changement vous paraissez surpris.
Non , non , je ne suis point ennemi de la reine ;
Non, pour elle jamais je n’ai senti de haine;
Et même, ainsi que tous, vous avez $u savoir Que son hymen un jour a tenté mon espoir.
Je l’aimai , Mortimer ; que dis-je ? éloigné d’elle. Mon cœur en cette cour lui fut Jong-temps fidèle. Mais quel homme toujours peut répondre de soi ! Par les événements entraîné malgré moi ,
L’éclat d’Elisabeth , la faveur, la puissance v Ont vers un autre but tourné mon espérance.
Vous ne connaissez pas , ignorez-le toujours , Quelles séductions habitent dans les cours;
Vous ne connaissez pas l’influence inouie y Qu’exerce Élisabeth sur sa cour éblouie ;
L’atnout et le respect quelle commande à tous, 1 Les princes subjugués, les rois à ses genoux , .
Des courtisans muets la craintive contrainte ;
Eh bien, tout cet éclat, ces respects , cette crainte La fière Élisabeth s’en parait à mes yeux ,
D’un monde adorateur me reportait les vœux , Soumettait à moi seul toutes les renommées; Souverain de sa cour et chef ^ ses armées ,
Jeune , et, je l’avouerai , peut-etr^ ambitieux , Comment d’un tel combat sorffr victorieux ?
Avec tout l’univers je fus soumis moi-même.
Marie en vain de loin m’offrait un diadème ;
Je vis alors, je vis avec plus de froideur