ACTE II, SCÈNE IL Sa beauté , sa jeunesse et même sa grandeur
Et d’un plus haut hymen caressant la chimère , l 'élevai mes regards au trône d’Angleterre.
MORTIMER
Jusques à ce moment j’avais même pensé Qu’au trône votre espoir n’avait pas renoncé. Chaque pas en effet semblait vous y conduire.
. LEICBSTER.
Long-temps cette apparence a trop su me séduire. Et maintenant enfin , après dix ans perdus ,
Après dix ans amers de respects assidus,
De pénibles devoirs, d’une dure contrainte...
Ah ! Mortimer, il faut que je parle sans feinte,
Il faut qu’à vos regards, de chagrins consumé,
Je soulage mon cœur trop long-temps comprimé.
On me croyait heureux! on enviàit ma vie !
Ah! si l’on connaissait le sort que l’on m’envie, Depuis que , poursuivant de trompeuses lueurs,
Je me suis laissé prendre à l’appât des grandeurs ! Livré par ma fortune à la haine publique ,
Esclave d’une femme altière et despotique,
Soumis à son caprice, et jouet incertain Tantôt de son amour, tantôt de son dédain;
Outragé , soupçonné , persécuté sans cesse Par sa sévérité comme par sa tendresse ;
Ah Dieu ! jusqu’à ce jour ai-je pu le souffrir !
Et quand je touche au but qu’elle semblait m’offrir, Prêt à cueillir le fruit de dix ans de constance ,
Je vois en d’autres mains passer ma récompense;
Un autre devant moi l’emporte , et Médicis
Au trône des Anglais met son troisième fils !
MORTIMER
J’entends. Quand de vos vœux Elisabeth se joue. Quand, au vent de la cour, votre fortune échoue. Cherchant quelque débris qui vous conduise au port. Vous voulez à Stuart rattacher votre sort.
Un trône vous échappe , il vous en faut un autre ;
Et je comprends, milord, quel amour est le vôtre. LEICESTER.
Certes , si de ces murs je la sauve une fois ,
Je puis au trône anglais faire valoir ses droits. Elisabeth en vain me dédaigne et m’offense;
J’ai du pouvoir peut-être, et plus que l’on ne pense. Mais quels que soient enfin mon espoir et mes vœux. Vers Marie en effet j’ai reporté les yeux. 1 Si j’ai pu la trahir dans les temps de sa gloire,
Du fond de sa prison , trop chère à ma mémoire
L’image de Marie avec tous ses attraits
Vint se montrer à moi plus belle que jamais.
La pitié l’entourait encor de plus doux charmes;
Je plaignis ses beaux jours écoulés dans les larmes ; Et, par son malheur même à mon amour rendu.
Je sentis quel trésor mon cœur avait perdu.
D’un œil épouvanté je mesurai l’abyme Où tombait sans secours cette tendre victime.
Alors s’éveille en moi l’espoir de la sauver.
Au trépas qui l’attend je> saurai l’enlever.
J’ai su déjà , j’ai su par une main fidèle Lui transmettre l’espoir que je fonde sur elle;
Et Marie , acceptant mes secours et ma foi ,