‹ Marie Stuart, tragedie en cinq actesChapitre 4 sur 77 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Malgré moi , sous mes yeux , ils viennent de saisir

Ces lettres , ces écrits , fruits d’un triste loisir , •

Ce bandeau,, seul trésor, parure nuptiale !

Il ne vous reste rien de la splendeur royale.

Hélas ! c’en est donc fait !.. s

MARIE

Anna, console-toi.

Ce qu’on peut me ravir ne tenait pas à moi,

A de vains ornements je renonce sans peine :

Je n’ai pas reçu d’eux ma qualité de reine;

Titre saint, que le ciel nous veut seul accorder!

L’homme peut nous abattre , et non nous dégrader.

J’honore assez votre âge et votre caractère Pour vous plaindre, Paulet, d’un pareil ministère. ' Mais parmi ces écrits , dont vous fait possesseur Uu ordre que sans doute on arrache à ma sœur ,

Puis-je espérer du moins qpe d’une main lidèle On lui rende l’écrit que j’ai tracé pour elle ?

Me le promettez-vous ?

PAULET

Je ferai mon devoir. 1 MARIE.

» Ce qu’il contient , Paulet, le voulez-vous savoir?

D’Elisabeth encor j’implore une entrevue ,

D’elle que mes regards n’ont jamais aperçue.

Ses sujets m’ont jugée au mépris de mpn ran g.

Elle seule est d’un sexe et d’un titre et d'un sang Que puisse reconnaître, en dépit de sa haine,

Une femme, une sœur, etspr-tout une reine.

paulet. ' »

t N’ordonnez-vous plus rien ?

Quoi ! vous allez sortir !

Quoi ! sans que de mon sort vous daigniez m’avertir ! Saus me dire un seul mot ! du monde séparée , Aucune voix humaine ici ne trouve entrée.

Un mois pénible et long déjà s’est écoulé Depuis qu’en ce château, par la reine assemblé Un tribunal terrible , envoyé pour m’entendre ,

Au milieu de mon trouble est venu me surprendre. Il m’a fallu soudain paraître devant lui,

Seule, sans défenseur, sans conseil, sans appui, Abandonnée enfin à ma seule innocence.

Depuis ce jour, tout garde un sinistre silence. Parlez , à quel destin faut.il me préparer ?

Songez à Dieu , madame.

MARIE

Il m’est doux d’espérer

Que la bonté céleste à ma cause est propice;

Je n’espère pas moins de l’humaine justice.

PADIET.

Elle accorde à chacun* son véritable prix.

MARIE

De Westminster enfin n’avez-vous rien appris ?

PAtJLET.

Rien, madame. m

Aurait-on fixé ma destinée?

PADIET.

Je ne sais. *

Page 1