‹ Marie Stuart, tragedie en cinq actesChapitre 40 sur 77 · ACTE III, SCÈNE IV. S · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV. S

\ ^ Et ne profanez pas la gloire de deux reines.

Et le sang des Tudor qui coule dans nos veines.

Je n’ai plus qu’un espoir. Le salut de mes jours Peut-être en ce moment dépend de mes discours. Que ce cœur ne soit pas comme un roc insensible Qu’en fuyant le naufrage on trouve inaccessible.

Tant que d’un œil sur moi sévèrement fixé Tombera ce regard immobile et glacé,

Comment pour vous prier .trouverai-je un langage?

Ne m’ôtez pas du moins cet horrible courage.

ÉLISABETH

Et que me direz-vous ? Je consens à vous voir; D’une indulgente sœur je remplis le devoir;

Je veux bien oublier que je suis offensée;

Je cède à la pitié dont je me sens pressée.

On m’en pourra blâmer; car vous n'ignorez pas Qui I on a vu trois fois conspirer mon trépas. <

( Elisabeth s'est rapprochée de Marie; les deux lords restent a l'écart. )

MARIE

Par où commencerai-je ? et comment à ma bouche Prêterai-je un discours qui vous plaise et vous touche ?

Accorde-moi, mon dieu* de ne point 1 offenser! Emousse tous les traits qui pourraient la blesser ! Toutefois , quand d’un mot mon destin peut dépendre, Sans me plaindre de vous , je ne puis me défendre. Oui , vous fûtes injuste et cruelle envers moi.

Seule, sans défiance, en vous mettant ma foi,

Comme une suppliante .enfin , j’étais venue ;

Et vous, entre vos mains vous m’avez retenue.

De tous les souverains blessant la majesté,

Malgré les saintes lois de l'hospitalité,

Malgré le droit des gens et la. foi réclamée,.

Dans les murs d’un cachot vous m’ayez enfermée. Dépouillée à-la-fois de toutes mes grandeurs,

Sans secours , sans amis, presque sans serviteurs,

Au plus vil dénuement dans ma prison réduite,, Devant un tribunal, moi reine, on m’a conduite; Enfin n’en parlons plus. Qu’en un profond oubli Tout ce que j’ai souffert demeure enseveli.

Je veux en accuser la seule destinée.

Contre moi , malgré vous , vous fûtes entraînée ; Vous n'êtes pas coupable, et je ne le suis pas;

Un esprit de l’abyme , envoyé sur nos pas ,

A jeté dans nos cœurs cette baine funeste ;

Et des hommes méchants ont achevé le reste.

La démence a du glaive armé contre vos jours Ceux dont on n’avait point invoqué le secours.

Tel est le sort des rois : leur haine en maux féconde Enfante la discorde , et divise le monde.

• J’ai tout dit. C’est à vous , ma sœur, de nous juger. Entre nous maintenant il n’est point d’étranger.

Nous nous voyons enfin. Si j’ai pu vous déplaire, Parlez; dites mes torts; je veux vous satisfaire.

Ah ! que ne m'avez-vous , dès l’abord , accordé L’entretien par mes vœux si long-temps demandé ! Nous n’aurions pas , ma sœur , en ce jour déplorable , Une telle entrevue, et dans un lieu semblable.

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