‹ Marie Stuart, tragedie en cinq actesChapitre 41 sur 77 · ACTE III, SCENE IV. 5 p · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV. 5 p

• I ÉLISABETH

Madame , à ma rigueur c’est vous en prendre à tort; De vos malheurs en vain vous accusez le sort N’en accusez que vous , votre jalouse haine ,

Et peut-être avant tout la maison de Lorraine. f Vous le savez, en paix nous vivions toutes deux, Quand Guise, ce vieillard, ce pontife orgueilleux , ' Non content du pouvoir que la France lui donne , D’un œil ambitieux regarda ma couronne.

C’est lui qui de la guerre arbora le signal ;

C’est lui dfe t qui l’orgueil à sa nièce fatal,

. De ce trône à vos yeux faisant briller les charmes y Vous fit prendre imprudente et mon titre et mes armes. Pour ine perdre, en effet, que n’a-t-il point tenté! N’a-t-il point, par vous même en secret excité,

Armé le continent, et ses rois, et ses prêtres,

Pour m’arracher un droit , reçu de mes ancêtres, Qu’un règne glorieux affermit à son tour,

Et que du peuple anglaisa consacré l’amour?

Naguère, gouverné par vos sourdes pratiques ,

Sixte a lancé sur moi les foudres catholiques, Philippe préparait des foudres plus puissants ;

Mais l’Espagne, épuisée en apprêts menaçants.

De sa flotte en espoir inondant mes rivages ,

Avait, dans ses calculs, oublié les orages.

J’ai triomphé. Le ciel a montré hautement Que vos rois de son nom s'armaient injustement.

Mes sujets sont heureux; mes provinces, tranquilles; Je vois par-tout mes champs pleins de moissons fertiles ; Mes cités, de trésors; d’armes, mes arsenaux ;

6o MARIE STUART.

Et mes camps , de soldats ; et mes ports, de vaisseaux.

De l'Océan du Nord je marche souveraine.

Sans doute je comprends qu’une semblable reine,

Aux yeüx de Sixte-Quint , ne saurait gouverner.

Je ne lui promets point, certes , de ramener

Ces jours où le roi Jean , lâche autant que barbare, ,

Rendait le sceptre anglais vassal de la tiare ;

Je ne le flatte point de ramper sous ses lois

Comme y rampent Philippe et les faibles Valois; - ,

Fille de Henri huit, j’ose imiter mon père.

C’est donc une autre reine en qui l’église espère.

Il faut s’armer. Vos droits deviennent les plus saints. • La guerre est impuissante ? Il faut des assassins.

On prêche à des sujets dans la chaire perfide ,

Le meurtre, le parjure, enfin le régicide!

De pièges, de poignards, on entoure mes pas;

Mais l’orgueilleux Lorrain ne triomphera pas ;

Il tendait vers un but : il en atteint un autre;

Il menaçait ma tête; et va frapper la vôtre.

‘ MAKI* y

Je suis soumise à Dieu : mais j’en garde l’espoir ,

Vous n’abuserez pas d’un semblable pouvoir.

( Ici Leicester et Melvil se rapprochent des deux reines . )

ÉLISAB ETH.

Qui m’en empêchera ? Qui le défend ? personne. Nexécuté-je pas ce que l’église ordonne?

Et Guise et Charles neuf ne m’ont-ils pas appris Quelle paix on doit faire avec ses ennemis ?

Libre, de votre foi que m’offrez-vous pour gage ?

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