‹ Marie Stuart, tragedie en cinq actesChapitre 58 sur 77 · M E L V IL · texte numérisé non relu

M E L V IL

Le ciel qui quatre fois a su la préserver

Des assassins encor saurait bien la sauver.

Madame, on vous abuse al^rs que de Marie ■ '

On vous fait redouter les complots et la vie C’est dans sa seide mort qu’est tout votre danger.

Vivante , on l’oubliait ^ morte , on va la venger.'

Les peuples désormais né vont plus voir en elle

,Celfe qui menaçait leur croyance nouvelle, , . - '

Mais une reine, enclave au mépris de ses drpits,

Mais le sang de Henri , la fille dé leurs rois.

Qemain entrez dans Lon dre , où naguère adorée »

Vous traversiez les flots dune Toule enivrée; *

•Au lieu de ces longs cris , de ces regards joyeux ,

Qui frappaient votre oreillq et qui suçaient vos yeux,

Vous trouverez par-tout cette crainte muette,

Dun peuple mécontent menaçante interprète,

Ce silence glacé, dont, terrible à son tour,. •

Il avertit les rois qu’ils n’ont plus son amour.

Vous n’acheverez pas. D’une tache éternelle £ '

Vous ne souillerez point une vie aussi belle,

Madame; vous craindrez que ^équitable voix Qui dicte après leur mort le jugement des rois,

Rangeant Stuart parmi les injustes victimes,

Ne place son trépas sur la liste des crimes.

Vous craindrez que la voix de vos accusateurs, ,

Couverte maintenant par le bruit des flatteurs,

N’aille un jour, soulevant ^inexorable histoire,

Devagt son tribunal citer votre mémoire.

Vous frémissez. Je tombe à vos sacrés genoux :

8o / MARIE STUART. „

Si ce n’est pour Stuarf , "race, grâce pour vous!

ELISABETH

Melvil! à quel tourment me vois-je réservée !

Du fer «les assassins pourquoi m‘a-t-on sauvée ? .

Que ne les laissait-on jusqu'à» moi parvenir P Ainsi par un 'seul coup tout aurait pu Ænir : ,

Ma vie en ce moment ne serait pas à plaindre :

Sans crimes à punir , sans reproches à craindre ,

D’un pouvoir qui me pèse oubliant le fardeau , le dormirais tranquille au fond de mon tombeau.

Je sais lasse, Melvil, du trône et de la vie.

Si mon salut dépend de la mort de Marie, ..

Si l'une de nous deux , ‘comme il semble certain ,

I Doit de l’autre en tombant , assurer le destin , . •

Pourquoi tombefeit-elle ? tÿ pourquoi , déjà lasse ,. Refuserais-je encor de lui céder ma place? . <*

Mon peuple peut choisir. Qu’il parle ; et dès demain, De mon premier exil reprenant le chemin ,

J'irai , loin d’un éclat si rempli de tristesse , »<

Au séjour où coûta ma paisible jeunesse ;

Où, loin des vanités d’un monde corrupteur,

Dans moi-même autrefois je trouvais ma grandeur. " A gouverner l’état, Melvil, j’ai pu prétendre.

Tant que j’eus seulement des bienfaits à répandre ; Mais avec mes bienfaits mon règne doit finir ;

Je ne sais plus régner alors qu’il faut punir.

, BDKLliGI.

Quand, j’entends ce discours , je ne saurais me taire Sans trahir mon devoir, vous-même, et l’Angleterre. Madame, est-ce bien vous ? Puis-je vous retrouver P

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