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CHAPITRE DEUXIÈME. IÇ

Elle exerçait déjà une séduction irrésistible. Gouverneurs, maîtres, gentilshommes, officiers de sa maison, bourgeois, pêcheurs, femmes de sa suite, enfants du voisinage, tous subissaient cet attrait et n'essayaient pas de s'y soustraire. Il était si doux d'aimer la jeune reine et d'en être aimé !

Marie de Lorraine qui sentait que tout accommodement était impossible avec l'Angleterre, tourna ses regards vers la France' où elle trouvait toutes ses affections, et d'où pouvait lui venir un secours efficace. Il lui fallait une alliance plus étroite et mieux définie que celle des anciens traités. Dans une assemblée convoquée à Stirling, le 8 février 1548, elle proposa d'envoyer la jeune reine en France et de la mettre sous la protection de Henri II, qui venait de succéder à François Ier. L'assemblée approuva ce projet, et le comte d'Arran, qui avait rêvé pour son fils la main de Marie Stuart, et qui voyait ainsi ses espérances éloignées,sinon entièrement perdues, fut créé duc de Chatellerault. C'était assez pour calmer son dépit, mais rien ne pouvait lui donner la fermeté et les lumières qui lui manquaient.

Le mécontentement de l'Angleterre se manifesta par l'envoi de nouvelles troupes. Sommerset poursuivit la guerre à outrance. Une flotte française,conduite par André de Montalembert, porta en Ecosse 6,000 hommes, de l'argent et des munitions. Le parlement, plein de confiance, décida.le 7 août 1548, que la reine épouserait le dauphin François, et qu'elle serait élevée en France: l'indépendance de l'Ecosse restait garantie, et cette condition était absolue.

Marie quitta Inchmahome pour Dumbarton, oh Villegaignon la reçut. Il conduisait quatre galiotes qui devaient lui faire une escorte royale. Le gouvernement anglais prévenu de son départ de France avait envoyé contre lui une flotte. On ne devait pas engager le combat, mais il fallait lui interdire la côte écossaise. Tout retard pouvait seconder les espérances du^oi et lui fournir une occasion favorable pour soulever l'Ecosse, faire enlever la reine ou priver la régente de son autorité. Villegaignon avait évité ce piège, grâce à sa décision, et était entré au port.

Le même danger le menaçait au retour, ce qui n'effraya pas la régente. Une suite brillante montait la galère royale. La France avait voulu montrer quel prix elle attachait à cette union, et la vanité écossaise en avait été flattée.

La traversée fut pénible et l'on craignit pour plusieurs vais-

seaux. Une tempête effroyable se déchaîna non loin des côtes de l'Angleterre, et c'est peut-être à sa violence que l'on dut d'échapper à la flotte chargée de surveiller, et s'il était possible, d'enlever la galère qui portait la jeune reine.

Parti le 7 août, Villegaignon arriva le 13 à Morlaix. La jeune reine y fut reçue avec tous les égards dus à sa haute dignité, et avec une curiosité qu'expliquent les récits faits en France de la beauté précoce et de la grâce parfaite de cette enfant de six ans.

« Le seigneur de Rohan accompagné de la noblesse du pays l'alla recevoir, et fust logée au couvent de Sainct-Dominique. Comme Sa Majesté, retournant de l'église de Nostre- Dame, où le Te Deum avoit esté chanté, eust passé la porte de la ville qu'on appelle de la prison, le pont-levis, trop chargé de cavalerie creva et tomba dans la rivière, toutesfois sans perte de personne. Les Écossois du train de la reyne restés dans la ville, jugeant mal de cest accident, commencèrent à crier : Trahison ! trahison ! Mais le seigneur de Rohan qui marchoit à pied près de la litière de Sa Majesté, leur cria à pleine teste : Jamais Breton ne fist trahison ! Et les deux jours que la reyne demoura pour se deslasser de la fatigue de la mer, il fist desgonter toutes les portes de la ville et rompre les chaisnes des ponts (T). »

Les esprits superstitieux n'en furent pas moins péniblement impressionnés.

Marie fut conduite au château de Saint-Germain en Laye, où l'accueillirent les témoignages de la plus vive admiration. On saluait en elle la future reine, et il pouvait sembler aux courtisans que les démonstrations du premier jour ne seraient jamais oubliées. Mais c'était aussi la femme que l'on allait saluer, et qui ravissait tout le monde. N'était-elle pas, en effet, « toute grâce et beauté » ?

1 RANTOME (x) explique ainsi l'arrivée de Marie Stuart en France : « Icelle, n'estant quasy, par manière de dire que née et estant aux mammelles tettant, les Anglois vindrent assaillir l'Escosse, et il fallut que sa mère l'allast cachant, pour crainte de ceste furie, de terre en terre d'Escosse, et, sans le bon secours que le roy Henry y envoya, à grand'peine eust elle esté sauvée ; et ce nonobstant, la fallust mettre sur les vaisseaux et l'exposer aux vagues, orages et aux vents de la mer, à la passer en France pour sa plus grande seureté : où ceste malle fortune n'ayant peu passer la mer avec elle, ou ne l'osant pour ce coup attaquer en France, la laissa si bien que la bonne la prist par la main. »

La cour qui reçut la jeune reine (août 1548) avait conservé l'éclat qu'elle tenait de François Ier. On y aimait les lettres, on y appréciait les arts, on y vivait dans le luxe. Les fêtes se succédaient sans interruption, et, aux plaisirs de l'esprit se joignait la frivolité voisine de la dissolution des mœurs. Tout y était brillant et de bon goût, mais ces apparences séduisantes couvraient des tendances dangereuses et des réalités qui compromettaient à la fois les intérêts religieux et les intérêts politiques. De la facilité des mœurs, on descendit vite à la facilité des croyances.

Marie fut élevée à Saint-Germain avec le roi, la reine, François à qui elle était fiancée, et ses trois jeunes sœurs, Elisabeth, Claude et Marguerite qui épousèrent Philippe II d'Espagne, le duc de Lorraine et le roi de France Henri IV. Sa grand'mère veillait sur elle et Catherine de Médicis ne la séparait pas alors, dans son affection, de ses enfants. Ses relations avec les jeunes princesses furent très différentes. Marguerite n'était née que quatre ans après son arrivée en France.

Elle parlait parfaitement le français, qui fut toujours sa

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