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CHAPITRE DEUXIÈME

Les seigneurs coalisés s'emparèrent du pouvoir, déposèrent le comte d'Arran et remirent la régence à Marie de Lorraine. La guerre civile ensanglanta l'Ecosse. Chaque parti eut son parlement. L'armée anglaise s'empressa de profiter de l'occasion et ravagea d'une manière cruelle les frontières. La trahison lui assura quelques succès, mais elle fut battue à Ancram-Moor, et tout ce qu'elle avait rapidement conquis revînt rapidement à sa situation antérieure.

Henri VIII proposa la paix. Le cardinal Beaton la fit repousser, et, enhardis par un secours de 3,000 fantassins et de 500 chevaux que de Lorges avait amenés de France, les Écossais portèrent la guerre sur le territoire anglais. La trahison du comte d'Angus fit échouer cette tentative qui pouvait faire courir à l'Angleterre de graves dangers, et le roi ne la pardonna pas au cardinal.

Le 29 mai 1546, de petites bandes d'hommes résolus commandés par Norman Lesley, qui avait eu avec Beaton un différend d'argent, se dirigèrent vers le palais de Saint- André, résidence du primat, siège du président de la cour criminelle et prison. Elles y pénétrèrent par une porte ouverte pour des ouvriers qui travaillaient aux fortifications.arrivèrent jusqu'au cardinal, qui, séparé de ses serviteurs, s'était barricadé dans sa chambre, le saisirent, le percèrent de coups et le pendirent à un balcon, d'où il avait assisté peu de temps auparavant au supplice de Wishart, prédicant hérétique.

Ce crime fut accompli sous la triple inspiration du roi d'Angleterre, d'une vengeance personnelle et du fanatisme religieux. On racontait que Wishart, au moment où le feu du bûcher montait jusqu'à lui, avait dit : « Voyez- vous cet homme superbe qui est venu jouir de mon supplice? Encore quelques jours, et il sera suspendu sanglant à ce balcon où il se montre avec un orgueil si insolent. » (Janvier 1546.) On vit dans la mort du cardinal l'accomplissement de cette prophétie, qui ne fut connue qu'après l'événement.

Les conjurés, après avoir pillé le château, s'y enfermèrent et y passèrent leur temps à rire, à boire et à jouer. Parmi eux était Knox, l'apôtre du protestantisme en Ecosse. Il leur reprocha une conduite qui contrastait avec ses austères enseignements, et dont il prévoyait les conséquences.

En effet, Marie de Lorraine envoya attaquer le château par le comte d'Arran que les malheurs publics avaient rapproché d'elle. L'Angleterre secourut les assiégés. Mais une

flotte française eut bientôt raison, par sa puissante artillerie des murs et des défenseurs. La capitulation fut signée le 30 juillet 1547. Presque toute la garnison composée de nobles écossais, partisans du protestantisme, fut transportée en France, internée en diverses provinces, ou envoyée au bagne. On trouva dans le château des pièces établissant, par la signature de plus de deux cents gentilshommes, qu'ils étaient engagés au service « de leurs bons maîtres d'Angleterre »,et on connut le prix de leur dévouement.

Edouard VI avait succédé à Henri VIII, sous la tutelle du duc de Sommerset. Le régent poursuivit aussitôt le mariage du jeune roi avec Marie et l'union des deux royaumes. Il envahit l'Ecosse à la tête de 40,000 hommes, et vainquit les Écossais à Pinkie. Mais il ne put profiter de sa victoire, et rappelé en Angleterre par les intrigues de ses ennemis, il laissa à Marie de Lorraine le temps de prendre les mesures propres à relever les courages et à pourvoir aux nécessités présentes.

Elle le fit avec une rapide et intelligente décision. La jeune reine fut conduite au prieuré d'Inchmahome, au milieu du lac de Monteith, où elle parut plus en sûreté qu'à Stirling.

Elle avait un peu plus de cinq ans et montrait déjà ce qu'elle devait être. Sa taille était svelte et souple, son teint frais, sa peau d'une blancheur éclatante. Ses traits réguliers étaient éclairés par le plus franc et le plus charmant des sourires. Elle avait une vivacité qui ne se tourna jamais en brusquerie, et une bonne grâce qui donnait à ses attentions, à ses paroles, à ses actes, à son sourire, un prix infini. Levée avec le jour,elle courait au milieu des bruyères et des rochers, plus hardie qu'aucune de ses compagnes, plus sûre dans les pas difficiles et plus invincible à la fatigue. Aucune des quatre Marie attachées à sa personne, Marie Levingston, Marie Fleming, Marie Seaton et Marie Beaton, qu'elle aimait d'une affection si expansive et si durable, n'aurait osé se mesurer avec elle pour affronter les intempéries, braver les dangers et se jouei des obstacles.

Elle apprenait l'anglais et le français et montrait pour la musique et la danse une vive ardeur. Les vieilles ballades la charmaient et elle aimait aies répéter, se nourrissant ainsi des souvenirs d'une poésie patriotique, et se retrempant dans les scènes naïves, touchantes ou terribles auxquelles se complaît l'imagination septentrionale.

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