CHAPITRE TROISIÈME
sujet : « Et pour celle (la beauté) de l'âme elle estoit toute pareille (à celle de son corps), car elle s'estoit faicte fort sçavante en latin (*). »
Elle réussit moins dans le grec, qu'elle entendait cependant. Elle apprit l'histoire, la géographie et la versification. « Et tans qu'elle a esté en France, elle se réservoit toujours deux heures dujourpourestudieretlire : aussi.il n'yavoit guères de sciences humaines qu'elle n'en discourut bien. Surtout elle aimoit la poésie et les poètes, mais sur tous, M. de Ronsard, M. du Belay et M. de Maisonfleur qui ont faict de belles poésies et élégies pour elle,... Elle se mesloit d'estre poète et composoitdes vers, dont j'en ay veu aucuns de beaux et très bien faicts,... et promptement, comme je l'ay veu souvent, qu'elle se retiroit en son cabinet, et sortoit aussitost pour nous en montrer aucuns, honnestes gens que nous estions là. De plus, elle escrivoit fort bien en prose et surtout en lettres que jay veues très belles et très éloquentes et hautes. Toutesfois, quand elle devisoit avec aucuns, elle usoit de fort doux, mignard et fort agréable parler, et avec une bonne majesté meslée avec une fort discrette et modesteprivauté, et surtout avec une fort bellegrâce; mesmes que sa langue naturelle.quide soy estfort rurale, barbare, mal sonnante et scéante, elle la parloit de si bonne grâce, et la façonnait de telle sorte, qu'elle la faisoit trouver très belle et très agréable en elle, mais non en autres. »
Elle avait étudié avec succès la musique, chantait avec agrément d'une voix juste et mélodieuse « accordant sa voix avec le luth qu'elle touchoit bien joliment de cette belle main blanche et de ses doigts si bien façonnés (2). »
Elle excellait dans les travaux d'aiguille qu'elle faisait rapidement et avec beaucoup de goût. Ils furent une charmante occupation dans ses premières aLinées,et plus tard, une distraction utile au milieu des ennuis d'un pouvoir toujours traversé, et enfin une consolation dans une longue et douloureuse captivité.
Elle se livrait avec entraînement auxexercices du corps qui plaisaient tant à son père. Elle montait à cheval, et se laissait entraîner à des courses rapides, dans lesquelles elle montrait autant de vigueur que d'adresse. Elle suivait la chasse avec une ardeur que la fatigue ne domptait pas, et acquit de bonne heure une connaissance parfaite de toutes les parties de cet