La reyne d'EiCosse. — 2. Brantôme, La reyned Escosse
art si recherché alors et si compliqué, que les cours d'Ecosse et de France portaient si haut dans leur estime, et auquel elles accordaient une si large place dans l'emploi de leur temps.
Si on admirait sa beauté, sa grâce, ses talents, tout ce qui la distinguait dans une cour où se trouvaient réunies toutes les supériorités propres à éblouir et à charmer, on ne rendait pas moins hommage à sa piété. Autant elle était vive, impétueuse, pleine d'entrain dans les fêtes, autant elle se livrait avec une ardeur infatigable à la danse, autant lorsque l'heure de la prière était venue, elle se montrait calme, recueillie, absorbée dans la méditation, ou se répandait en effusions enflammées. Sa foi était éclairée. Il ne lui suffit pas de savoir ce qui est nécessaire à la femme et à la reine; elle voulut pénétrer dans le domaine de la théologie et se trouva ainsi armée pour le combat contre l'hérésie. Sa piété reposait sur une conviction profonde, sur une science certaine, et elle fut sa force contre tous les* dangers, elle fit sa fidélité contre les suggestions de l'intérêt et les menaces du fanatisme ; elle est sa gloire après tous ses malheurs.
Le cardinal de Lorraine écrivait à sa mère : <( Vostre fille est tellement creue et croisttous les jours en grandeur, bonté, sagesse et vertus, que c'est la plus parfaite et accomplie en toutes choses honnesteset vertueusesqu'ilest possible; et suis contraint vous dire, madame, que le roi y prend tel goût qu'il passe bien son temps à deviser avec elle l'espace d'une heure ; et le sait aussi bien entretenir de bons etsages propos, comme ferait une femme de vingt-cinq ans. »
Marie de Médicis qui ne devait pas lui montrer longtemps une grande tendresse, écrivait également à sa mère : « Je ne puis m'empêcher de vous dire combien vous êtes merveilleusement heureuse d'avoir une pareille fille, si belle, si sage, si excellente ; et moi aussi, depuis qu'il a plu à Dieu d'enrichir mon lot d'un tel bonheur, et de me réserver une si grande consolation pour mes vieux jours. »
Elle n'était jamais plus heureuse que lorsqu'elle pouvait faire plaisir aux autres. Il lui semblait qu'elle profitait de tout le bonheur qu'elle répandait autour d'elle. Par une attention, un mot, un regard, un sourire, eile doublait le prix de ce qu'elle donnait, et sa générosité fut toujours inépuisable. Elle était bonne jusqu'à la prodigalité, et tous ceux qui l'appro chaient, s'en retournaient satisfaits et charmés. Ce qui est la