‹ Marie StuartChapitre 66 sur 107 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

d'agir ainsi pour se soustraire à la haine de ses ennemis.il avait besoin d'elle, et en cédant à sa volonté, elle sauverait sa personne et son royaume. Il serait accablé, s'il ne les prévenait, par des ambitieux dont il ne pouvait arrêter les coupables desseins qu'en prenant le pouvoir qu'il voulait tenir.

En même temps, il produisait l'engagement pris par presque toute la noblesse de soutenir ses prétentions. Entre l'hostilité des uns et les exigences des autres, il n'y avait pas place pour l'inaction. Les nobles qui commandaient sa conduite justifieraient aussi celle de la reine, puisqu'ils lui imposaient une solution qu'ils croyaient indispensable au bien général du royaume.

Elle essayait de résister,mais elle se sentait sans force.Elle n'avait à attendre aucun secours du dehors, et seule, en face de cet homme qui pouvait disposer d'elle, et obtenir, parce qu'il était le maître, le consentement qu'il sollicitait, elle fut amenée aux considérations suivantes : l'jicosse ne voulait pas d'un prince étranger, et elle ne lui permettrait pas de rester dans son état de veuvage. Le désordre était partout et l'Ecosse était perdue si une main ferme ne s'emparait du pouvoir et ne ramenait tout à l'ordre. Les services de Bothwell, ses qualités personnelles qui pouvaient cacher ses vices, sa valeur, son dévouement furent-ils pour quelque chose dans la détermination delà malheureuse reine ? Elle cédait à la nécessité, et rien n'autorise à penser qu'elle ait obéi à un penchant deson cœur. Ce que l'on a raconté pour établir sa complicité dans son enlèvement et dans ce qui le suivit, ne repose sur aucun fondement solide. Elle n'avait pas su, ni par conséquent autorisé le complot contre Darnley ; entourée de traîtres, elle n'avait pu, ni se rendre compte des mouvements de l'opinion, ni prendre les précautions propres à défendre son honneur et sa sécurité. Confiante en Bothwell dont elle ignorait l'ambition et les vices, elle n'avait pu soupçonner l'enlèvement dont elle allait être la victime, ni par conséquent s'y soustraire ou en conjurer les suites. Rien de sa part n'avait préparé le malheur de ce mariage, rien ne permet de supposer qu'elle s'y soit résolue par une autre raison que l'impossibilité absolue de faire autrement.

Non seulement Bothwell avait obtenu un consentement qu'on ne pouvait plus lui refuser, mais il exigeait que le mariage s'accomplît dans un bref délai. Marie avait espéré du moins que l'homme qui était maître d'elle laisserait écouler

Marie Smart.

assez de temps après la fatale nuit du 9 février, pour que la conscience publique ne fût pas soulevée, et pour qu'elle-même n'eût pas à rougir de cette hâte. Mais elle n'eut pas même dans son malheur cette consolation.

Bothwell se hâtait afin de ne pas laisser à ses ennemis le temps de se concerter. Il voulait les mettre promptement en présence d'un fait accompli.

« De même, dit la reine dans l'écrit adressé à l'évêque de Dumblane, que c'était par une bravade qu'il avait en commençant, gagné le premier point, de même il ne cessa pas qu'il ne nous eut amenée à force de persuation et d'obsessions importunes, accompagnées de violence, à achever l'œuvre qu'il avait commencée, et cela dans le temps et dans la forme qu'il croyait le mieux servir ses intérêts. »

Bothwell n'avait rien négligé de ce qui pouvait rendre le mariage nécessaire, et les ennemis de la reine l'ont dit euxmêmes.Certainement la résistance jusqu'à la mort eût mieux valu pour sa gloire, mais si on admire l'héroïsme, on ne peut le commander. Marie dut cruellement souffrir avant d'accepter ce qu'elle regardait comme un déshonneur ; sa vie, tant qu'elle fut au pouvoir de Bothwell dut être un supplice ; son passé, la hauteur de son esprit, la délicatesse de son cœur en répondent, et c'est ce qui la rend plus digne de pitié que de mépris ; la pensée de son fils dont elle pouvait du moins défendre les droits, lui commandait le même sacrifice. Elle ne fut donc pas la complice de Bothwell, mais sa victime. C'est dans sa vie d'ailleurs si belle et pure, si troublée et si malheureuse, une faiblesse et non pas un crime.

Le 9 mai 1567, les bans furent publiés à l'église de Saint- Gilles par le ministre Craig. Il avait exigé, après un premier refus, la signature de la reine qui lui fut apportée accompagnée de l'assurance qu'elle n'était plus en captivité. Le ministre, malgré les menaces de Bothwell, n'en déclara pas moins que ce mariage était un scandale pour le monde entier.

Elle quitta le château d'Edimbourg et fut transférée sous bonne garde à Holyrood. Le 12 mai, elle dit à la haute cour de justice convoquée dans le Tolbooth, qu'elle continuât à rendre des arrêts, car, « quoiqu'elle eût été fort irritée au moment où Bothwell l'avait enlevée, depuis, à cause de ses services passés, et plus encore des services qu'elle attendait de lui, elle lui avait pardonné ainsi qu'à tous ses complices. »

Bothwell fut créé duc d'Orkney.

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