CHAPITRE TREIZIÈME
Le jour même, huit prélats et vingt-huit des plus grands seigneurs d'Ecosse signaient un bond dans lequel ils affirmaient l'innocence de Bothwell et engageaient la reine, en considération de sa fidélité, de sa position et des services qu'il avait rendus, à le prendre pour époux de préférence à tous les princes étrangers. Ils y ajoutaientle sermentde poursuivre tous ceux qui s'opposeraient à ce projet.
Appuyé sur un pareil concours, Bothwell crut que rien ne pourrait désormais arrêter son ambition. Il osa s'ouvrir à la reine, sans lui dire cependant jusqu'où allaient ses espérances et ses prétentions. La reine avait vu jusqu'alors en lui un sujet fidèle dont l'épée devait lui être utile. Elle comptait que son influence pourrait prévenir des complots, ou son courage les réprimer. Aussi ne s'attendait-elle pas à voir réclamer le prix de ce dévouement. Elle laissa peu d'espoir de se prêter à des combinaisons qui n'étaient d'accord ni avec ses sentiments ni avec ses desseins. C'est ce qui explique le changement subit d'attitude de Bothwell.
Il rassembla ses amis les plus dévoués et réunit dans le château de Dunbar tout ce qui pouvait être nécessaire pendant un long siège, et attendit la première occasion. Elle se présenta bientôt.
Le 22 avril, Marie avait quitté Seaton pour aller voir son fils à Stirïing. Elle en partit le lendemam et coucha à Linlithgow. Le 24, elle se mit en route pour Edimbourg avec une petite escorte. Huntley, Lethington et James Melvil sur lesquels elle croyait pouvoir compter, et qui avaient trempé dans plusieurs des conspirations précédentes, l'accompagnaient.A un mille d'Edimbourg, Bothwell parut à la tête d'un corps de cavaliers. Il saisit la bride de son cheval, en lui disant qu'un grand danger la menaçait. En même temps son escorte était dissipée, et les gens de Bothwell l'environnaient. Elle fut entraînée dans la direction du château de Dunbar où elle arriva à la nuit, après une course longue et rapide, au milieu d'hommes armés.
Elle y fut traitée en prisonnière, ce qui éloigne toute pensée de connivence de sa part, malgré ce que dirent à Edimbourg les amis de Bothwell, pour calmer l'irritation populaire, et ce que colportèrent les Anglais pour la déshonorer.
En arrivant au château, Bothwell avait dit qu'il épouserait sa captive, qu'on le voulût ou qu'on ne le voulût pas, qu'elle y consentît ou s'y opposât. Il la priva de ses femmes et éloigna
tous les serviteurs dont il connaissait le fidèle dévouement. Personne du dehors ne put arriver jusqu'à elle, et toute tentative pour lui apporter des conseils ou s'efforcer de la délivrer, aurait été impuissante ou fatale. A Edimbourg, elle était entourée de traîtres, et la plus grande partie de la noblesse, sous l'inspiration de l'esprit féodal, de l'ambition ou du fanatisme, ne poursuivait que l'abaissement de la royauté. A Dunbar , elle était aux mains d'un homme dont tout le monde connaissait l'audace et redoutait la brutalité. Le château était fort, la garnison dévouée, et Bothwell était capable de tenir tête aux plus habiles et aux plus courageux.
Et cependant sa situation était de celles qui inspirent la pitié et provoquent les dévouements. C'était peu d'avoir été enlevée et de rester prisonnière. Elle allait être soumise à une épreuve inattendue, douloureuse, terrible, dans laquelle eût succombé son honneur, si une nécessité cruelle n'expliquait sa conduite.
Bothwell ne s'était emparé de la reine que pour la contraindre à l'épouser et recevoir ainsi d'elle ce pouvoir, objet de ses vœux et cause de ses crimes. Il se sépara par un divorce, sous prétexte de parenté, de lady Gordon qu'il avait épousée quatorze mois auparavant, et qui se résigna sans peine. Il lui restait à vaincre la résistance de Marie.
Le 6 mai, elle fut transportée au château d'Edimbourg avec une apparence de liberté. Elle croyait aller à Holyrood. Elle fut placée sous la garde d'hommes dévoués à Bothwell, liés à lui par des conventions secrètes, condamnés à suivre sa fortune par la communauté du crime, et prêts à tout.
Du 24 avril au 6 mai, à Dunbar, comme du 8 mai au 15, jour de son mariage à Edimbourg, elle fut entièrement à la disposition de son ravisseur. Elle a raconté elle-même dans ses instructions à l'évêque de Dumblane (I), ce qu'il lui était possible de dire sous la surveillance et le regard de Bothwell, et dans ce récit, nécessairement atténué, puisqu'elle n'était pas libre de tout dire, on soupçonne tout ce qui s'est passé dans le secret de Dunbar et d'Edimbourg.
Ce furent d'abord des protestations, des plaintes, des reproches, des menaces, puis des supplications. Cet enlèvement était un outrage à sa dignité de femme et de reine. Bothwell essaya de la calmer, rejeta tout sur la nécessité où il était