Chapitre quatrième
La chute.
E mariage n'était pour Bothwell qu'un moyen. Maître de la reine, il pouvait la faire servir à ses desseins, mais les droits de son fils restaient, et c'était l'obstacle qu'il fallait renverser.
Il est probable qu'il y travailla dès le premier jour, et la reine put s'apercevoir qu'elle n'était pas au bout de ses concessions et de ses sacrifices. On vit la trace de ses larmes, on entendit les manifestations violentes de son désespoir, et l'on put remarquer son rapide dépérissement.
Elle communiqua cependant à la cour de France son mariage. Elle s'excusait sans accuser. « L'événement est étrange assurément, disait-elle, mais puisque c'est un fait accompli, nous devons le prendre le mieux possible, et tous ceux qui nous aiment doivent faire de même par égard pour nous. »
Bothwell joignit sa communication à celle de Marie pour la France et pour l'Angleterre; il s'efforça de gagner l'Ecosse par des démonstrations de piété, et de la séduire en lui montrant sa reine à laquelle il témoignait le plus grand respect. Mais l'esprit de révolte vivait au sein de ces populations mobiles, et de nouvelles conspirations commençaient à se nouer. Les traîtres environnaient Marie; les hommes admis dans ses conseils la livraient à ses ennemis du dedans et du dehors, et un jour Bothwell faillit égorger sous ses yeux son secrétaire d'Etat Lethington, qui trahissait sa confiance au profit de l'Angleterre.
Après s'être concertés, les rebelles se donnèrent rendezvous, le 8 juin à Liberton, dans le Mid-Lothian. Ils avaient négocié avec Balfour la remise du château d'Edimbourg. Une proclamation de la reine ordonna à tous les citoyens de prendre les armes.
Cependant les confédérés purent entrer à Edimbourg sans éprouver de résistance, et le château ne les troubla pas.
Ils formèrent un gouvernement provisoire sous le nom de conseil secret, et déclarèrent que la reine captive ne pouvait
ni gouverner i'Écosse, ni punir les meurtriers. Ils demandèrent l'obéissance de toutes les villes et enjoignirent comme souverains à tous les magistrats de continuer à rendre la justice.
Marie ordonna au gouverneur du château d'Edimbourg de les combattre, mais il était d'accord avec eux. Ils décla-
Ghâteau d'Edimbourg.
rèrent alors qu'ils s'étaient réunis et qu'ils appelaient à eux tous les fidèles Écossais, pour délivrer la reine de sa captivité, poursuivre Bothwell, venger la mort du roi et empêcher l'exécution de projets criminels contre le jeune prince.
Ils ne purent recruter que deux cents arquebusiers fournis par la municipalité d'Edimbourg.
Le 11 juin, la reine quitta secrètement le château de
Borthwick à huit milles d'Edimbourg, où elle s'était réfugiée pour n'être pas surprise à Holyrood. Il était dix heures du soir. Elle rencontra Bothwell entouré d'une faible escorte, et arriva avec lui à Dunbar. Elle fit appel à ses sujets, et deux jours après, elle entrait en campagne, sans attendre l'effet de sa proclamation. A Seaton, le 14, elle était entourée de seize cents hommes à qui elle démasqua l'hypocrisie des rebelles qui avaient déclaré Bothwell innocent et l'accusaient, qui avaient approuvé le mariage, et lui en faisaient un crime.
Elle espérait surprendre les rebelles à Edimbourg, mais ils avaient eu connaissance de ses mouvements, et ils marchèrent contre elle. L'armée royale comptait deux mille hommes bien disposés, mais mal armés. Celle des rebelles s'élevait à deux mille six cents, parmi lesquels figuraient les seigneurs les plus puissants et ceux qui avaient occupé les plus hautes fonctions. Elle avait pour enseigne un tableau repiésentant un homme mort, et auprès un enfant à genoux, avec ces mots : « Juge et venge ma cause, Seigneur! »
Les deux armées étaient en présence sur des hauteurs et chacune voulait engager l'autre à quitter sa position. L'ambassadeur de France, du Croc, offrit sa médiation aux deux partis, sans parvenir à les rapprocher. Bothwell proposait un combat singulier contre un des lords, qui fût noble. Les rebelles déclaraient par la bouche de Morton, qu'ils n'avaient pas pris les armes contre la reine, mais contre le meurtrier du roi, et l'ambassadeur dut se retirer sans avoir rien obtenu.
Le combat semblait inévitable. La reine, à cheval, vêtue comme les femmes d'Edimbourg était pleine de courage et de confiance, mais nul ne voulait quitter son poste. Les soldats de la reine, moins disciplinés, commencèrent à se lasser de cette indécision et dirent à voix basse, puis tout haut, qu'il fallait chercher quelque accommodement. Le laird de Grange dit à la reine que tous étaient prêts a la reconnaître, si elle éloignait le meurtrier du roi. Bothwell irrité ordonna à un soldat de tirer sur lui, et la reine dut protéger celui qui était sacre en sa. qualité de parlementaire.
Bothwell défia de nouveau les hauts seigneurs soulevés contre lui. La reine ne voulut pas lui permettre de se mesurer avecTullibordine.qui n'était pas de qualité.et Bothwell désigna Morton que les lords ne voulaient pas laisser engager, sous prétextequ'il valait mieux que lui. On lui substitua Lindsay, et quoique les conditions eussent été réglées, le combat n'eut