‹ Marie StuartChapitre 69 sur 107 · CHAPITRE QUATORZIÈME. ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. ï

pas lieu. [1 n'eût rien terminé, même si Bothwell avait été tué.

Inquiète de l'indécision de ses troupes, Marie reprit les négociations. Le laird de Grange lui déclara qu'ils étaient prêts à la reconnaître et à la servir, si Bothwell se retirait, et si elle se confiait à eux. La reine accueillit ces propositions, contre lesquelles Bothwell la mit vainement en garde, en luj signalant les dangers qu'elle courait.Quand il la vit résolue,il la supplia de lui garder sa fidélité, ce qu'elle promit en lui tendant la main.et il s'éloigna rapidement avec quelques cavaliers.

« Je me rends à vous,» dit alors la reine au laird de Grange, et elle se dirigea vers le camp des rebelles. « Mylords, leur dit-elle, je me rends à vous, afin de gouverner d'après vos conseils, et avec la confiance que vous m'honorerez comme votre naturelle princesse et reine. >> Les témoignages de respect hypocrite ne lui manquèrent pas, jusqu'à ce que son armée se fut dissipée. Elle vit alors quelles étaient les dispositions véritables de ceux à qui elle venait de se rendre avec une si imprudente confiance.

Elle fut aussitôt exposée à toute sorte d'outrages. Les clameurs des soldats lui portaient de continuelles insultes, leur haine et leur brutalité outrageaient son honneur et menaçaient sa vie. Tout espoir de secours fut perdu pour elle, et sa fierté irritée, sa terreur imprudente, ses plaintes, ses menaces aggravèrent encore sa situation.

Son entrée à Edimbourg fut marquée par tant d'humiliations, qu'elle toucha les plus indifférents et ne laissa pas froids les plus hostiles. Elle fut l'objet de grossières invectives, et les cris de mort retentirent contre elle. Arrivée à ce degré extrême d'abaissement, outragée par le peuple, abandonnée par les lords, trahie par ceux à qui elle s'était confiée, elle se montra grande par sa résignation et sa dignité. Sa foi et sa piété lui donnèrent la force et les consolations que tous lui refusaient.

La nuit fut plus cruelle encore que cette terrible journée. Elle essaya de se montrer au peuple, mais elle était gardée.

Elle avait été placée dans la maison du prévôt, qui servait de prison. Ils décidèrent de l'enfermer dans le château de Lochleven, après s'être engagés par un bond dans lequel ils déclaraient n'avoir pris les armes que pour venger la mort du roi sur Bothwell et ses complices,et arracher la reine de ses mains.

Le soir, on la dirigea vers Holyrood. Elle y resta une heure. Elle en fut arrachée, lorsque les rebelles surent que les

Hamilton et les Gordon tenaient la campagne, jetée sur un cheval et entraînée vers les bords du Forth. Le fleuve traversé, la course continua, rapide, sans arrêt, tant on avait hâte de soustraire la prisonnière aux témoignages de l'affection populaire et d'échapper à toute tentative de délivrance. On

Chambre de la reine à Holyrood.

s'arrêta sur les bords du lac Lomond qu'entourent des montagnes, et au milieu duquel s'élève une île étroite qu'occupe un château-fort par sa position et par des travaux considérables de défense. Lochleven était habité par lady Douglas, mère de Murray, et c'est à sa garde qu'allait être confiée celle qu'elle avait toujours haïe, et dont elle aurait voulu le trône pour son fils.

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