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CHAPITRE V

La diète électorale se réunit à Francfort pour faire cesser la vacance de l'Empire. — Attitude réservée des envoyés prussiens à la diète. — Efforts inutiles du cabinet français pour empêcher l'élection du grand-duc, époux de Marie- Thérèse. — Les envoyés d'Auguste III se déclarent pour le grand-duc, qui est élu le 4 octobre 1745, sous le nom de François I er . — Réception à la même date de la marquise de Pompadour a Versailles.

Marie-Thérèse apprend en même temps que l'élection de son époux, la nouvelle de la convention conclue entre la Prusse et l'Angleterre. — Son irritation. —Elle fait proposer a Louis XV, par l'intermédiaire des ministres de France en Sbxe et en Bavière, de traiter avec elle. — Hésitation du cabinet français. — Répugnance de d'Argenson à se séparer de la Prusse. — La négociation est engagée par l'intermédiaire d'Auguste III. — Embarras dans lequel Frédéric se trouve placé par le refus de Marie-Thérèse d'accéder à la convention de Hanovre. -

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Il livre bataille aux Autrichiens à Sohr. — Résultat incertain et contesté de la journée. — Couronnement de l'empereur François & Francfort. — Suite de la négociation engagée avec la France, qui traîne en longueur sans aboutir, par suite de la mauvaise volonté de d'Argenson. — Frédéric fait connaître à la France la convention de Hanovre, en la justifiant.

Pendant qu'au nord de l'Allemagne le traité conclu entre la Prusse et l'Angleterre, laissant la France dans un complet isolement, allait avoir pour effet d'interdire à ses armées l'entrée du territoire germanique, au sud, à Francfort, sous de tout autres influences, un but analogue était poursuivi. La diète électorale était réunie dès le 4 août, et les opérations, ou, comme on disait dans le langage des chancelleries du temps, le négoce de l'élection était poussé avec une vigueur et une rapidité inaccoutumées, dans le dessein d'arriver sans délai, en posant la couronne de Charlemagne sur la tête de l'époux de Marie-Thérèse, à mettre le

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rit-Empire tout enlier sous la puissance de notre ennemie.

En réalité, du jour où le prince de Conti avait pris le parti de faire repasser le Rhin à ses Iroupes, tandis que l'armée autrichienne restait campée autour du siège de la diète, l'élection de François de Lorraine était faite d'avance, et [n-isiinttf ne s'y méprenait. La moindre intelligence aurait snfïi au cabinet français pour comprendre que le résultat élait inévitable, et la dignité lui commandait, sinon de s'y résigner de bonne -r/nv rr qui ('■luit difficile après une par! lu si imprudemment engagée), au moins de s'y préparer avec calme. Dans la politique comme dans la vie privée, rien ne compromet et ne prête à rire comme des efforts tardifs et désespérés faits pour courir après un succès, quand on s'est enlevé à soi-même tout moyen de l'atteindre. Se retirer de la lullo électorale, puisqu'on s'était éloigné du champ de bataille ; — rappeler ses ambassadeurs à la suite de ses ds; — puis, l'élection faite, prolester au nom des libertés germaniques, dont la garantie était toujours confiée à la France par le traité

de Westphalie ; — mettre en avant quelqu'une des mille difficultés légales que la complication des chartes impériales tenait toujours au service des juristes de bonne volonté; — entre temps, achever d'écraser les armées et les alliés du nouvel Empereur partout où on continuait à les rencontrer, et de conquérir ceux de ses États qu'on était à portée d'envahir, — c'était l'unique procédé à mettre en usage pour supporter sans trop de dommage le mécompte présent et en réserver la réparation à l'avenir. Le jour ne tarderait pas à arriver (on pouvait du moins l'espérer) où l'élu de Francfort serait heureux d acheter, au prix de quelque concession importante, la confirmation d'une grandeur qui ne lui paraîtrait pas à lui-même solidement acquise tant qu'un voisin puissant et victorieux se refuserait à la reconnaître. Du moment où on ne pouvait ni s'opposer ni s'associer à un choix devenu nécessaire, le bon sens indiquait de tenir l'adhésion de la France tranquillement en suspens, pour en faire, au moment propice, le précieux élément d'une négociation future.

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Ce fut lit précisément l'altitude que le roi de Prusse-, avec le sens politique qui ne lui faisait jamais défaut, eut soin d'adopter tout de suite, bien qu'il fût plus intéressé encore que la France dans le choix de l'empereur futur, puisqu'il avait à y prendre part en qualité d'électeur de Brandebourg. On sait, du reste, que, dès le lendemain de la vacance de l'Empire, il avait prévu que la chance tournerait d'une façon à peu près irrésistible eu faveur du candidat autrichien, et que, ne se faisant à cet égard aucune illusion, il n'avait jamais formé sérieusement l'intentiond'y faire obstacle. Il demandait seulement avec son cynisme de langage habituel que quelque bon morceau lui fût assuré en échange de son consentement, et, à la date même où la diète s'ouvrait, le marché, repris et poussé avec vivacité par le cabinet anglais, était, nous venons de Le TOIT, i la veille même d'être conclu. Tant que l'affaire pourtant n'était pas faite — tant que les répugnances de l'Autriche n'étaient pas vaincues — le prudent monarque n'avait sarde de lâcher le gage avant d'en tenir la valeur, et de se dessaisir du pris avant d'avoir la

chose. Aussi donna-t-il à ses plénipotentiaires à Francfort l'instruction de protester dès le premier jour contre l'irrégularité même de la réunion, en s'abstenant d'y participer. Le motif de leur retraite dut être tiré des dispositions de la fameuse bulle connue sous le nom de Bulle d'Or, qui imposait pour la validité d'une élection impériale les conditions suivantes:

1° légitimité des pouvoirs de tous les électeurs; 2° pleine indépendance de la diète électorale ; 3° de la part des votants eux-mêmes, absence de tout engagement préalable qui pût enchaîner la liberté de leurs suffrages. — Or, suivant l'instruction prussienne, aucune de ces exigences de la Bulle d'Or n'allait recevoir satisfaction. En premier lieu, on annonçait l'intention d'accorder à Marie-Thérèse la représentation de la voix électorale de Bohême, contrairement au droit reconnu et pratiqué dans l'élection précédente. — De plus, la seule présence des troupes de Francfort exerçait une pression matérielle indue. — Enfin, tout le monde savait que, par un article additionnel du traité de Fuessen, l'électeur de

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