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lire cl ne fil que les raffermir dans leur résolution. Ce fut d'abord la nouvelle des progrès du prétendant en Ecosse et de sa marche rapide et triomphale vers Edimbourg; d'Argenson s'élait Halte, en apprenant ce succès (qui l'avait trouvé longtemps incrédule), que le départ, devenu nécessaire, du roi George d'Allemagne, affaiblirait le crédit et l'action de son représentant à la diète. Loin de là, George, toujours Autrichien dans lame, n'en fut que plus pressé de régler, avant de s'éloigner, une question qui lui tenait au cœur el qu'il considérait comme très importante pour la sécurité de ses possessions allemandes; il donna pour instructions a son envoyé, le baron de Miïnchhausen, de ne rien négliger pour que tout fût résolu le jour où il devait quitter le lerritoire germanique. Mûnchhausen lui-même, tout dévoué à Marie- Thérèse, s'acquitta de sa commission avec un tel déploiement de zèle, que Frédéric, informé de cet empressement et à qui tant de haie déplaisait, eu conçut un peu d'humeur el même quelque inquiétude sur la sincérité des engagements qu'on prenait
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envers lui à Hanovre au même moment '.
Un mécompte plus grand encore fut causé.
— sinon à Frédéric (qui n'avait jamais fait aucun fonds sur l'appui éventuel du roi de Pologne), — du moins aux agents français, par le changement subit qui survint, vers les derniers jours précédant l'élection, dans le langage et la conduite de l'envoyé de Saxe, le comte de Loos. A son arrivée, bien que sa manière d'être fût très louche et son langage peu rassurant, cet agent laissait pourtant encore planer quelque incertitude sur le vote qu'à la dernière heure il aurait à émettre. Il faisait entendre que, s'il s'était refusé à s'associer aux protestations de ses collègues prussiens et palatins, c'était pour garder son action dans la diète, afin de ralentir et au besoin d'entraver la marcho de l'opération électorale. Soudainement, il jeta le masque, et, ne se séparant plus de l'envoyé d'Autriche, il annonça tout
1. Droysen, t. II, p. 541-!>fc3. — Frédéric à Podewilg, 1 er septembre 1745. — Pol. Corr., t. IV, p. 275. — Note autographe de d'Argenson, 24 août 1745. [Correspondance d'Allemagne. — Ministère des affaires étrangères.)
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haut que sa voix était acquise au grand-duc.
C'était (il n'en fil pas. mystère) l'effet direct l'apparition menaçante du prince d'Anbalt "i .les tronpM prussiennes sur la frontière de S.ixo. Si Frédéric, par celle démonstration, avait pensé intimider son voisin, il était loin de compte. Auguste en prit occasion.au contraire, pour sortird'une situation indécise, qu'il n'avait prolongée que pour éviter d'être poussé àbout et exposé à des extrémités trop rigoureuses.
Puisqu'on ne le ménageait plus, dit-il, il n'avait plus lieu de garder lui-même aucune réserve.
C'est ce qu'il déclara en termes très nets au ministre de France, Vaulgrenant, ci l'annonce fut commentée avec une vivacité plus grande encore par le comte de ltriïlil, personnellement très irrité d'avoir été désigné dans le manifeste prussien par quelques-unes de ces qualifications injurieuses et piquantes dont Frédéric n'avait jamais le bon goût de se priver, même dans ses documenta officiels. Une explication très aigre eut même lieu à ce sujet entre Briihl et Vaulgrenant, cliez l'ambassadeur d'Espagne, el en présence d'une nombreuse réunion d'assistants.
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Bruhl se laissa aller à exhaler tout son dépit. — « Je tâchai, dit Vaulgrenant, de garder autant de sang-froid que l'autre montrait de fureur. — Vous entendez, ai-je dit au ministre d'Espagne, ce qu'on nous dit ? Vous voyez quel est le fruit de nos soins et quelle reconnaissance on nous témoigne?... Vous concevez que notre présence ici est déplacée, en même temps qu'elle devient inutile. Informons nos cours et attendons les ordres qu'elles jugeront convenables de nous donner. » — Bruhl se montra bien alors un peu ému de cette menace d'une rupture faite ainsi sur place et sans retour, et voulut courir après ses paroles. — « Il me prit la main, ajoute Vaulgrenant, et me dit: — Nous sommes, je l'avoue, vivement ulcérés, et il faudrait n'avoir pas d'entrailles pour ne pas ressentir les injures qu'on nous dit. Il nous faut quelques jours pour nous remettre, mais soyez sûr que nous ne précipiterons rien.» — Vaines assurances : l'instruction donnée au comte de Loos ne fut ni retirée ni atténuée *.
1. La Noue à d'Argenson, 23 août. — Saint-Se vérin a Conti, 29 août, 3 et 10 septembre; — Vaulgrenant à d'Argenson,
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1» \rgenson fut tout de suite et exactement informé de ce revirement, qui, au fond, n'en «Hait pas un. Ses agents, qui en étaient plus contrariés que surpris, n'ayant jamais partagé se 1 * espérances, mirent même à le détromper un empressement qui n'était pas exempt de malice. — .' H fallait s'y attendre, écrivait l'un deux, car c'était une étrange manière pour ie roi de Prusse d'offrir au roi do Pologne la couronne impériale que de la lui présenter à la pointe de son épée. o — On peut s'imaginer, mais on peindrait difficilement, le chagrin que le ministre déçu éprouva en voyant s'évanouir les dernières fumées de ses espérances. — « Que faire, écrivait-il sur-Ic-champ à son envoyé, si la Saxo nous abandonne? Nous comprenons maintenant que les espérances dont elle a voulu nous flatter, sur le désir du roi de Pologne de devenir Empereur, n'étaient qu'un moyen dont elle se servait pour arrêter l'invasion qu'elle appréhendait de la part des troupes prussiennes* » — Puis, avec Chavigny dont il avait
:8 et 31 aoûl 17(3. (Corrttpondaacet d'Allemagne el de . — Ministère J«i affaire* t'irangèrei.)
deviné le blâme mal dissimulé au moment de la retraite de Conti, il entrait dans une sorte de justification plaintive. — « Nous ne pouvions, disait-il, que rester sur la défensive et non prendre l'offensive ; c'était aux Allemands à soutenir le système germanique et à montrer s'ils voulaient secouer le joug autrichien... Leur constitution, à cet égard, peut être comparée à celle de la Grande-Bretagne. C'est aux peuples du royaume à se donner un nouveau roi ; nous pouvons tout au plus les soutenir contre les fauteurs de la tyrannie. Ce n'était pas à nous à attaquer directement la tyrannie et l'usurpation. Ceux qui nous le demandent sont comme ces jacobites outrés qui ont perdu la cause qu'ils soutenaient. » — Mais en même temps, dans des confidences plus intimes, son irritation contre Auguste III s'exprimait avec toute l'amertume de l'affection trompée. — Ce prince naguère si droit, l'espoirdes bons patriotes, n'était plus que contraste et extravagance... « Atteint d'une sorte de stupidité, il se laisse ruiner, déshonorer : il va devenir esclave, quand il pourrait devenir maître ; il s'appuie
sur une liaison qui le perdra, bien loin de lui servir jamais à rien, et en lui s 'invétéré la haine pour ce qui serait propre à le sauver et à l'élever. » — D'Argenson n'en concluait pas moins qu'il fallait soutenir la gageure jusqu'au bout, bien qu'on pût prévoir qu'il faudrait céder à celte conduite monstrueuse, et, en guise de dernière ressource, il ouvrait à >;uril-Severin un crédit de 300 000 écus pour corrompre, s'il était possible, un des plénipotentiaires autrichiens'.
11 était trop tard, la date de l'élection était fixée ; on était maintenant si sur du résultai qu'on avait songé uninstantàattendre, pour le proclamer, le 4 octobre, jour de Saint-François et fête du grand-duc ; mais on craignit d'être surpris par quelque nouvel incident, el le 12 septembre fui enfin choisi, « el ce jour-là, écrit La Noue, l'élection du grand-duc de Toscane comme roi des Romains fut proclamée, entre une heure et
t. D'Argenson & Sainl-SeTeriii, 30 et 31 août; à Vauréal, ambassadeur eu Espagne, 1 septembre ; — a CUa»lgny, Il septembre 11(5. [Corrapondattca it'AItciiufjne.de Saxe et d'E4pagnt. — Ministère îles affaires étrangères.)
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deux heures de l'après-midi, au bruit de trois salves d'artillerie des remparts, au son de toutes les cloches de la ville et aux acclamations d'une populace effrénée, qui ne diminua rien de ses clameurs que fort avant dans la nuit. Les ambassadeurs de Bohême jetèrent de l'argent au peuple et illuminèrent le dehors de leurs hôtels, ce qui fut imité par les ambassadeurs de Hanovre ; mais entre les ministres étrangers, M. le nonce est le seul qui se soit piqué d'illuminations *. » Ainsi, après cinq ans de luttes sanglantes et au lendemain d'une grande victoire, toute l'œuvre de la France était détruite ; l'ancien vassal de Louis XV montait malgré lui au trône des césars ; le vœu de Charles VI était accompli : sa fille était impératrice.
Au même moment, par une singulière coïncidence, un autre avènement avait lieu à Versailles, presque royal aussi, bien que d'une nature différente, mais qui devait avoir à peu près autant d'importance pour la suite des évé-
1. La Noue à d'Argenson, 13 septembre 1745. (Correspondance d'Allemagne. — Ministère des affaires étrangères.)
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Déments du siècle. Le roi de France, après avoir célébré la SaiiU-Louis dans la cathédrale d'Oslende (comme Maurice le lui avait promis), était rentré dans sa capitale ; bien qu'il revint couvert de nouveaux lauriers, l'accueil qui lui fut fait, cette fois, fut assez froid. Avec l'humeur mobile des Parisiens, ou ne rallume pas aisément l'enthousiasme quand on l'a laissé s'éteindre. Puis, en l'absence du véritable vainqueur, qui était resté à tôle de sou armée pour achever les opérations de la campagne, des commentaires et des critiques avaient recommencé à circuler. De tristes nouvelles arrivaient des succès de la marine anglaise dans les parages lointains de l'Atlantique, et le résultat prévu de l'élection de Francfort faisait juger assez sévèrement la conduite de l'armée du Rhin. Euliu, on savait que, dès que la cuur sérail rétablie à Versailles, aurait lieu la présentation officielle de la nouvelle marquise de Pompadour à la reine '.
EïTecti veruent, ce fut au jour indiqué que
l. Gharabrier a Frédéric, 10 septembre 1715. — Ministère dti affaire! étrangères.
celle qui remplaçait madame de Châteauroux dans le cœur du roi pour y régner tant d'années en souveraine, paraissant dans tout l'éclat de sa beauté, fut introduite dans ce cercle royal, d'où la tenaient éloignée sa condition comme sa naissance. Elle était amenée par la princesse de Conti, mère du général de l'armée du Rhin, qui s'était chargée de cette commission, dans l'espoir d'assurer à son fils la succession, toujours prête à s'ouvrir, du maréchal de Saxe... — « Il y avait un monde prodigieux, dit Luynes, dans l'antichambre et la chambre du roi, mais assez peu dans le cabinet... Tout Paris était occupé de savoir ce que la reine dirait à madame de Pompadour. On avait conclu quelle ne pouvait lui parler que de son habit, ce qui est un sujet de conversation fort ordinaire aux dames quand elles n ont rien à dire. La reine, instruite que Paris avait déjà arrangé sa conversation, crut par cette raison même devoir lui parler d'autre chose... Je ne sais si madame de Pompadour entendit ce qu'elle disait, car la reine parla assez bas ; mais elle profita de ce moment pour assurer la reine de son respect et
du désir qu'elle avait de lui plaire. La reine parut UMl contente du discours de madame de Pompadour, elle public, attentif jusqu'aux moindres circonstances de cet entretien, a prétendu qu'il avait été fort long et qu'il avait été de douze phrases. M. le dauphin parla à madame de Pompadour de son habit. Ce qu'il y a dfl singulier dans le chois de madame la princesse de Conti, c'est qu'elle ne counait pas du tout madame de Pompadour ; je crois même qu'elle ne l'avait jamais vue avant ce momenl. » — Puis madame de Pompadour fut installée dans l'appartement qu'avaient occupé avant elle mesdames de Chateauroux et de Maîlly. Cette suite de cérémonies, aussi tristes que piquantes, cul lieu pendant cette première semaine de septembre, qui voyait couronner à Francfort ibition de Marie-Thérèse. Ainsi se trouvaient présence, par le jeu le plus étrangement combiné du hasard et des passions bamaïnea ces deux femmes, la veille encore •i ipvéea par toute la distance que peuvent ttre entre des créatures humaines le rang et vertu, et dont la rencontre allait, moins de
scple l'uni
dis ans après, concourir à changer Taxe de la politique européenne '.
L'annonce de l'élection de Francfort, rapidement portée à Vienne, y fut reçue sans surprise et presque sans émotion. La nouvelle impératrice s'y attendait si bien et avec tant d'assurance, que tout était déjà réglé (je l'ai dit) pour son départ, jusqu'aux moindres détails du cortège et de la dépense. Aussi la joie de l'affection et de l'ambition satisfaites faisait déjà place, dans sou àme, à un autre sentiment qu'elle avait peine à dominer.
Peu de jours en effet auparavant, elle avait reçu de son beau-frère le prince de Lorraine un courrier lui apportant une communication si étrange qu'elle avait eu peine à en croire ses yeux. Le prince, qui campait toujours sur la